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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #26

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Colonel EMG Patrick Hofstetter, enseignant conduite et communication à l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #26

Adversaire

Adversaire dans la zone d’intérêt

Les forces ont déjà entamé leur combat défensif dans la région de WIETZENDORF (à 35 km plus au sud) et occupent désormais, avec les effectifs restants, leur dernière position défensive. Les bataillons de front, les bataillons mécanisés 431 et 432, ont déjà été complètement anéantis et n’ont pas rempli leurs missions.

Forces restantes du régiment mécanisé 43 (ROUGE):

• Empêcher toute percée ennemie sur la ligne de défense AMELINGHAUSEN-WRIEDEL pendant 6 heures, afin de permettre au régiment mécanisé 44 de mener une contre-attaque via le canal ELBESEITENKANAL et de continuer à le tenir.

Ennemi dans la zone de responsabilité

Intention présumée du bataillon mécanisé 433 (ROUGE) :

• Défend AMELINGHAUSEN avec 2 sections de grenadiers blindés (puissance de combat encore d’environ 75 %).

• Défend les contreforts sud d’AMELINGHAUSEN avec 1 section blindée (puissance de combat encore de 2 x T80).

Si l’ennemi ne parvient pas à tenir AMELINGHAUSEN, BLEU peut percer jusqu’au ELBESEITENKANAL, le 43e régiment mécanisé sera alors complètement anéanti et la mission des forces ennemies ne sera pas accomplie. Dans cette ligne de défense, c’est tout ou rien pour l’armée de Wislanie.

Moyens propres

Vous êtes chef de la section CHARLIE [Remarque : dans la Bundeswehr, il s’agit de la 3e section de la compagnie, contrairement à la Suisse, où CHARLIE désigne la 3e compagnie du bataillon] au sein de la 4e compagnie de grenadiers blindés du 132e bataillon :

  • Vous disposez de 4 véhicules de combat de grenadiers PUMA, avec un effectif de 24 grenadiers blindés.
  • Le véhicule de combat de grenadiers PUMA est équipé d’un MELLS (missile antichar guidé d’une portée maximale de 4 km) et d’un canon embarqué de 30 mm. Voir brève explication PUMA : https://www.youtube.com/watch?v=YSCaAJTSeQ016.67%
  • Votre section est pleinement opérationnelle, bien approvisionnée en munitions et, malgré 35 km de combat en profondeur, elle est la seule section de la compagnie à n’avoir subi aucune perte.
  • Le moral est au beau fixe ; selon votre commandant, l’objectif d’attaque du bataillon, AMELINGHAUSEN, ainsi que la victoire sont imminents.
  • La compagnie dispose de 2 chars de pont LEGUAN (un en configuration 14 m et un en configuration 26 m). Voir brève explication LEGUAN : https://www.youtube.com/watch?v=XWYnKV-J6oU

Ils roulent à 30 km/h et se trouvent actuellement à 500 m à l’ouest du DRUMBERG ; ils constituent la tête de la compagnie (voir carte).

Mission

Lors de la transmission des ordres par votre commandant de compagnie pendant l’opération en cours, vous avez reçu la mission suivante :

Prendre et tenir ouverts deux points de passage à REHLINGEN.

(Les chars de pont sont disponibles sur appel et seront envoyés par le commandant de compagnie vers d’éventuels points de franchissement dès que ceux-ci seront sécurisés.)

Environnement

Concernant la situation à REHLINGEN, on sait seulement qu’il existe deux passages à grande capacité au-dessus de la LOPAU. Au nord se trouve une installation de biogaz le long de la route principale (route départementale 19).

Conditions temporelles

Il est actuellement 21 h 07 – en Basse-Saxe, il fait déjà nuit depuis une heure à cette période de l’année. Le chef de compagnie attend de vous un rapport de mission dans les 45 prochaines minutes.

Nous venons de recevoir un message du chef de la section de reconnaissance : Chef de la patrouille de reconnaissance 4 sur le réseau de commandement de la compagnie : ici Œil 4, position actuelle à M-12+2. Reconnaissance par drone : deux explosions à REHLINGEN aux coordonnées 817 847 et colonnes de fumée s’élevant. 2 BMP en mouvement de contournement vers le nord. Poursuivez la reconnaissance. (Heure 2107Z)

Questions

  • Analysez brièvement le terrain à l’aide des moyens dont vous disposez (cartes, sources ouvertes, etc.). Pour ce type d’analyses OSINT, Swisstopo (tant que nous analysons le terrain suisse) et Google Earth Pro (dans le monde entier) sont particulièrement adaptés ; ce dernier offre davantage de fonctionnalités que Google Maps, telles que la mesure de distances, la mesure de rayons, des images satellites historiques, etc. Google Earth Pro peut être installé gratuitement, tandis que Swisstopo est accessible directement dans le navigateur.
  • Quelle est votre décision en tant que chef de section ? (Un croquis et un odre « orientation – intention – missions »)
  • Justifiez votre décision en trois phrases.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #26

Le Decision Game consacré à REHLINGEN plaçait le chef de la section CHARLIE devant une mission qui pouvait paraître simple au premier abord : prendre et tenir ouverts deux points de passage à REHLINGEN. En réalité, la difficulté ne résidait pas dans la prise isolée d’un village ou de quelques points de franchissement, mais dans la combinaison de plusieurs facteurs : l’obscurité, la pression du temps, deux explosions signalées, des BMP ennemis en mouvement de repli, la mission propre en tant que section de tête de la compagnie et la disponibilité de deux chars de pont LEGUAN, qui ne pouvaient être engagés par le commandant de compagnie vers d’éventuels points de pose qu’après l’annonce de leur sécurisation.

Comme d’habitude, nous ne proposons pas ici une solution exemplaire, mais une discussion à partir des trois meilleures réponses. La question centrale n’était pas seulement de savoir si une décision avait été formulée, mais si la situation avait été correctement comprise, si la décision était réalisable sur le plan tactique et si l’engagement des chars de pont avait été intégré dans un ordre cohérent au niveau de la section.

Un problème commun à presque toutes les réponses est apparu : la destruction annoncée des ponts n’a pas été prise en compte de manière suffisamment conséquente. Plusieurs solutions supposaient implicitement qu’il serait possible de poser simplement un pont sur les ponts détruits. C’est problématique. L’effet des décombres après une destruction de pont n’est pas un détail secondaire ; il doit être compris par tout officier comme un problème tactique et technique. Quiconque observe des images actuelles de ponts détruits, par exemple en Ukraine, constate rapidement qu’il n’est pas possible de poser une passerelle ou un pont de remplacement n’importe où sur la structure détruite ou immédiatement à côté. C’est précisément là que commençait la véritable appréciation du terrain : non pas « où se trouvaient les ponts auparavant ? », mais « où un char de pont peut-il réellement poser son pont dans les conditions données ? ».

Le deuxième point récurrent concerne le LEGUAN. Pour une section de grenadiers blindés, un char de pont est un moyen qui n’appartient pas organiquement à son système d’action habituel. C’est justement pour cette raison que le chef de section doit intégrer activement son emploi dans sa décision. Il ne suffit pas de mentionner le LEGUAN ou de présupposer qu’il apparaîtra d’une manière ou d’une autre au bon moment. L’ordre doit préciser qui accueille le char de pont, qui le guide, qui le protège pendant la pose, qui franchit en premier et quel comportement est attendu une fois le pont établi. Plusieurs contributions sont restées trop générales sur ce point.

Troisièmement, la phase après la pose du pont manquait dans de nombreuses solutions. La mission ne s’achève pas avec le message « le pont est posé ». Il faut ensuite établir et sécuriser la tête de pont. Au niveau de la section, cela signifie par exemple : sécuriser en profondeur avec les PUMA, observer et battre la prochaine chambre de terrain, orienter le feu et l’observation contre d’éventuelles contre-attaques et permettre le passage du reste de la compagnie. Celui qui ne pense que jusqu’à la pose du pont ne pense pas la mission jusqu’au bout.

Quatrièmement, le cadre d’ensemble de la compagnie a été trop peu exploité. Dans beaucoup de solutions, les chefs de section combattaient de facto seuls. C’était pourtant précisément le point central de cette mission. La section CHARLIE est la section de tête de la compagnie, et non un groupe de combat isolé. Cela soulève plusieurs questions : où vont les sections voisines ? À partir de quel moment une protection de flanc peut-elle être reprise par les sections qui suivent ? De quelles informations supplémentaires ai-je besoin de la part de la reconnaissance ? Que dois-je demander au commandant de compagnie ? Une demande — par exemple d’aveuglement, d’appui-feu ou de conduite plus précise de la reconnaissance — peut aussi faire partie d’une bonne décision, si elle est tactiquement justifiée.

L’installation de biogaz au nord a été fortement pondérée dans certaines solutions. Elle constitue certes une infrastructure et sa destruction peut provoquer un incendie, une explosion ou une perte de visibilité. Mais elle n’est pas automatiquement le terrain clé de la mission de la section. Celui qui fait de l’installation de biogaz le centre de sa décision risque de fixer des forces sur un objet qui n’apporte qu’une valeur limitée pour le maintien ouvert des points de passage.

Le premier rang revient au Capitaine Pugin. Sa contribution était globalement la plus solide. Ce qui a été déterminant, c’est surtout la qualité de l’analyse du terrain. Il a reconnu le problème des ponts détruits, apprécié de manière réaliste les possibilités de pose et intégré la protection des chars de pont dans sa réflexion. Son intention était claire, tactiquement réalisable et cohérente. L’ordre était également précis et conduisible au niveau de la section. Le potentiel d’amélioration se situait surtout dans la phase suivant la pose : la sécurisation de la tête de pont en profondeur aurait dû être réglée plus clairement. En outre, avec une section mécanisée, il faut toujours examiner de manière critique jusqu’où l’on peut étirer ses propres forces et à partir de quel moment les éléments suivants de la compagnie peuvent reprendre certaines tâches de sûreté. Dans l’ensemble, il s’agissait toutefois de la solution globale la plus convaincante.

Le deuxième rang revient au Lieutenant Rinderknecht. Il faut relever positivement qu’il a appliqué appréciation de la situation et qu’il s’est manifestement efforcé d’appréhender de manière structurée l’ennemi, le terrain et ses propres possibilités d’action. Sa solution contient plusieurs réflexions justes et montre un véritable travail tactique. En même temps, la formulation de la décision manque de force et de cohérence. Certaines mesures, en particulier le poste d’observation ou d’alarme au nord, fixent des forces sans contribuer de manière substantielle à l’accomplissement de la mission. La focalisation importante sur l’installation de biogaz détourne également l’attention du problème central. Le manque de réflexion dans le cadre global de la compagnie apparaît ici de manière particulièrement nette : si les sections suivantes progressent derrière la section de tête, celle-ci ne doit pas nécessairement assurer durablement une protection de flanc étendue au nord. Malgré ces faiblesses, la contribution était suffisamment substantielle pour mériter le deuxième rang.

Le troisième rang revient au Capitaine Petkoski. Sa solution était courte, simple et compréhensible. Le croquis était utilisable, l’ordre au niveau de la section était approprié, et l’emploi de patrouilles correspondait mieux au cadre d’une section de grenadiers blindés qu’une fragmentation excessive en groupes débarqués isolés. Il faut également relever positivement que l’attaque de nuit a été intégrée dans la justification. Il reste toutefois discutable que deux groupes engagés à deux endroits différents suffisent pour prendre deux points de passage, les sécuriser et accueillir correctement les chars de pont. Chez lui aussi, il aurait fallu ordonner plus clairement qui guide les LEGUAN, qui les protège et qui sécurise la tête de pont après la pose. Précisément parce que la solution était courte et claire, quelques phrases supplémentaires auraient permis de gagner beaucoup en qualité.

La principale leçon de ce Decision Game n’est donc pas une solution tactique particulière, mais un principe de conduite : le chef de section ne doit pas considérer sa mission de manière isolée. Il doit intégrer le terrain, l’ennemi, ses propres moyens, la pression du temps, les sections voisines, les prestations d’appui et les moyens non organiques dans une décision conduisible. Prendre REHLINGEN n’était que la première partie. L’élément décisif consistait, dans les conditions créées par la destruction des points de passage, à permettre l’engagement des LEGUAN, à les protéger et à établir ensuite une tête de pont viable pour la compagnie.

Les trois premiers rangs reçoivent à nouveau des prix offerts par tacsymbols.ch. Le premier rang reçoit en plus le livre du mois d’avril, Leadership is Language: The Hidden Power of What You Say – and What You Don’t de L. David Marquet, avec la signature de l’auteur.

Pour terminer, une correction de notre part : lors de l’évaluation du mois dernier, une erreur nous a échappé. Le Capitaine Bryan Morisod avait obtenu le même nombre de points que le premier classé. Il recevra donc lui aussi, à titre rétroactif, un exemplaire du livre du mois de mars.

On ne peut pas simplement poser un pont provisoire au-dessus d’un pont détruit. Photo : 2022, Irpin, Ukraine.

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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #24

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; lt col EMG Patrick Hofstetter et Maj EMG Florian Schweizer désigneront ensuite les recommandations les plus pertinentes.

Jeu de décision de Leader’s Digest #24

Adversaire dans la zone d’intérêt

Intention présumée du régiment mécanisé 43 (ROUGE) :

  • Défend, sous couverture de combat avec des postes de campagne de la force d’une section sur la ligne WROGE (ND 61 61) – HÄTELER BERG (ND 67 62) – MÜDEN (ND 75 59 en dehors de la carte à l’EST),
  • avec deux bataillons mécanisés côte à côte, le bataillon mécanisé 431 à droite (notre fuseau d’attaque) et le bataillon mécanisé 432 à gauche, ici l’axe principal, en position 1, au nord de la ligne WIETZENDORF -FASSBERG, et deux bataillons en profondeur, le bataillon mécanisé 433 à droite en position 2 et le bataillon blindé 434 à gauche, au nord de la ligne WILDE BERGE (ND 62 69) – SUROIDE (ND 65 68) – OERREL (hors de la carte à l’est),
  • à partir de 020600Z nov xx pendant au moins 84 heures
  • afin de stopper l’attaque de la brigade blindée 13 (BLEU) – condition préalable pour garder ouverts les passages ELBESEITENKANAL (loin au nord-est).

Adversaire dans la zone de responsabilité

Intention présumée du bataillon mécanisé 431 (potentiel de combat restant 35 %, total 8 VCI BMP-2) :

  • Défend avec deux compagnies mécanisées réduites, effort principal à droite, en position 1 du régiment mécanisé 43, dans le secteur de part et d’autre de WIETZENDORF, sous sûreté de combat assurée par des postes avancés près de WROGE et HÄTELER BERG, afin de stopper l’attaque de la brigade de grenadiers mécanisés 13.

Moyens propres

4e compagnie de grenadiers de chars 132

  • 3 sections de grenadiers de chars avec véhicule de combat d’infanterie PUMA et MELLS (MELLS = missile antichar guidé, portée jusqu’à 5 km)
  • Effectif débarqué de 24 militaires par section de grenadiers de chars (le chef de section débarqué commande l’ensemble de la section)

La compagnie est entièrement apte au combat, ravitaillée en munitions, et vient de franchir la ligne de départ.

Mission

4e compagnie du bataillon de grenadiers de chars 132 (à l’EST)

  • Marche d’approche en empruntant l’itinéraire d’approche B.
  • Attaque en tête, effort principal à droite.
  • Perce les éléments de sûreté dans le secteur de HÄTELER BERG.
  • S’empare des franchissements WIETZE.
  • S’empare de l’objectif intermédiaire 1 du bataillon à l’EST de WIETZENDORF.
  • Est ensuite suivie par la 2e compagnie du bataillon de chars 133, effort principal à droite, le long de la ligne HAUSMANNSHÖHE (69/69) – ILSTER (au NORD, hors carte) – EHLBEK (au NORD, hors carte) – REHLINGEN (au NORD, hors carte).
  • Se prépare à arrêter, dans le secteur HAUSMANNSHÖHE, une contre-attaque du régiment mécanisé 43, en coordination avec des feux à trajectoire courbe et des barrages de mines dispersées.
  • S’empare de l’objectif d’attaque du bataillon.
  • Se prépare, sur l’objectif d’attaque du bataillon (AMELINGHAUSEN, loin au NORD), à occuper les positions 3.1 à 3.4.

Environnement

Le secteur au sud de WIETZENDORF est divisé en deux par le WIETZENDORFER MOOR et le GROSSES MOOR. Un axe d’attaque sur routes revêtues n’est possible à l’OUEST que par la B3 (route fédérale 3) et à l’EST que par la K12 (route de district 12) ou la K43 (route de district 43). Deux ponts porteurs se trouvent à l’EST de WIETZENDORF, l’un sur la K12 et l’autre sur la K43, tous deux MLC 100 (classe de charge militaire 100 tonnes). En novembre, en NIEDERSACHSEN, la météo apporte beaucoup de pluie et de brouillard. Le sol est détrempé et les forêts autour du HÄRTELER BERG sont difficilement praticables pour les matériels lourds.

Conditions temporelles

Le commandant de bataillon attend de vous que, dans les 90 prochaines minutes, vous ayez établi les franchissements de la WIETZE et engagé l’attaque sur l’objectif intermédiaire du bataillon.

Question

Quelle est votre décision en tant que commandant de compagnie ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #24

Le Decision Game #24 a reçu un nombre record de huit réponses, même si le sujet était un peu plus compliqué que d’habitude pour beaucoup de lecteurs à cause du terrain allemand et de la terminologie allemande. On n’aurait pas pu faire l’appréciation de toutes les réponses à temps sans l’appui de l’auteur, le Maj EMG Florian Schweizer, qu’on remercie encore une fois.

Comme d’habitude, nous ne donnons pas de « solution d’école », mais nous discutons des trois meilleures réponses. On a divisé la question « Quelle est votre décision ? » en trois parties : la situation a-t-elle été bien comprise ? La décision est-elle faisable sur le plan tactique ? L’intention formulée peut-elle être transformée en un ordre cohérent ?

La première place revient au Cap Damien Bordier. Sa réponse était globalement la plus solide. Ce ne sont pas seulement la concision et la précision qui ont été déterminantes, mais surtout l’appréciation tactique. Il évalue correctement le rapport de forces, tient compte de la capacité de l’adversaire à poser des mines et réfléchit au combat dynamique de l’avant-poste. Son intention est réalisable, compréhensible et cohérente :

Je veux:

  • dans une 1ère phase, avec une section, prendre les hauteurs de HÄTELER BERG et préparer un appui feu sur les ponts 01 et 02
  • Dans une 2ème phase, avec 2 sections en même temps, prendre les ponts 01 et 02
  • Dans une 3ème phase, avec 2 sections, attaquer l’objectif intermédiaire WIETZENDORF depuis l’est en passant le pont 02
  • Dans une dernière phase, laisser passer BRAVO, réorganiser et me préparer à bar-rer à la hauteur de HAUSMANNS HÖHE (nouvelle donnée d’ordre).

Ce qui est particulièrement convaincant, c’est qu’il ne se concentre pas seulement sur la prise des ponts, mais garde aussi à l’esprit la poursuite du combat.

Ses ordres à la compagnie sont aussi clairs et concis. La structure des phases est compréhensible, les ordres et les intentions sont cohérents, le langage tactique est précis. Nous voyons principalement deux points à améliorer : premièrement, l’artillerie aurait pu être mieux intégrée dans sa réflexion. Deuxièmement, il faut noter que prendre deux ponts en même temps avec deux sections représente un défi. Cela ne change toutefois rien au fait qu’il s’agissait de la solution globale la plus convaincante.

Le lieutenant Maxime Rinderknecht arrive en deuxième position. Sa proposition était super courte, presque trop parfois, mais elle a convaincu sur plusieurs points. Les points clés de l’appréciation sont bien compris, et la volonté de développer différentes variantes mérite aussi d’être soulignée. Il faut aussi souligner la créativité de l’approche, le baptême du terrain avec une valeur ajoutée évidente pour les subordonnés et le dialogue tactique intégré à la fin.

En même temps, on voit aussi des limites claires. L’approche d’infiltration choisie peut sembler intéressante à première vue, mais elle ne tient pas assez compte de la pression du temps du commandant de bataillon. Quand on dispose d’environ 90 minutes maximum pour franchir les passages, on ne peut pas se permettre une infiltration à pied qui prend du temps. À cela s’ajoute une analyse insuffisante du terrain. Le combat debarqué proposé sur le terrain ouvert est peu approprié dans ce secteur, c’est pourquoi la division de la compagnie en éléments montés et débarqués n’est guère efficace. Dans l’ensemble, il s’agit d’une contribution intéressante et complète, avec de bonnes idées, mais sans la rigueur tactique du premier classé.

La troisième place revient au capitaine Raphael Iselin. Son travail était très détaillé et il a pris la peine de développer trois variantes et d’étudier activement le terrain. Le point fort choisi est aussi en gros le bon, et certains éléments, comme la demande à l’artillerie, sont bien pensés en soi.

Mais ce qui fait qu’il est moins bien classé, c’est une erreur de base dans l’évaluation de l’adversaire. Il surestime clairement les forces adverses dans le secteur d’engagement. Le bataillon mécanisé ne défend plus WIETZENDORF avec quatre sections, mais seulement avec environ deux sections et demie, selon les pertes supposées. L’avant-poste devrait aussi faire l’objet d’une appréciation plus petite. Cette erreur de départ se retrouve dans toute la solution et ne peut plus être rattrapée par la suite. En plus, le langage tactique reste souvent imprécis et l’intention n’est pas clairement définie. Sa contribution montre un travail de réflexion, mais reste clairement en retrait par rapport aux deux premiers en termes de densité tactique.

Juste derrière le podium, à la quatrième place, on retrouve d’ailleurs un officier de la Bundeswehr qui a travaillé de manière rigoureuse, avec une grande précision linguistique et, dans l’ensemble, de manière très claire. Selon nous, seule l’absence d’ordre complet l’a empêché de remporter ce jeu de décision.

Comme d’habitude, le gagnant remporte le livre du mois, «La règle ? Pas de règles ! Netflix et la culture de la réinvention» de Reed Hastings et Erin Meyer. La première place est également récompensée par un ensemble de symboles tactiques (compagnie de grenadiers de chars). La deuxième place est récompensée par un set de symboles tactiques représentant une section de grenadiers de chars, et la troisième place par un set de véhicules pour la représentation de la situation (section de grenadiers de chars bleue). Les trois prix supplémentaires ont été sponsorisés par TACSYMBOLS.CH – merci beaucoup.

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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #22

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, lt-col EMG Patrick Hofstetter en études conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #22

Adversaire

GARONNIA dispose d’une division mécanisée comportant trois brigades mécanisées, chacune constituée de deux bataillons mécanisés, d’un bataillon de chars et d’un bataillon d’infanterie.
Son intention est de prendre en gage GENÈVE, avec une première brigade depuis sa base d’attaque COLLONGE – PÉRON – THOIRY – SERGY en direction de GENÈVE, en passant par l’axe ST-GENIS-POUILLY, ainsi que d’une poussée secondaire en passant par l’axe CHANCY-BERNEX-LANCY-GENÈVE.

Ressources propres

Bien que les rassemblements de GARONNIA à la frontière laissent présager le pire depuis plusieurs jours, le Conseil fédéral n’a toujours pas autorisé le franchissement de la frontière par des propres troupes. Il faut s’attendre à ce que cela ne soit autorisé qu’après le début de l’attaque adversaire.
La formation d’engagement régiment d’infanterie 8 dispose de trois bataillons d’infanterie, de deux compagnies mécanisées, d’une compagnie du génie, d’une compagnie de sauvetage, d’une section de drones, d’une section d’anti-drones et d’une compagnie d’état-major.
Elle a reçu pour mission d’empêcher la prise de GENÈVE (AÉROPORT exclu) par GARONNIA.
Vous êtes commandant de la compagnie d’infanterie antichars 19/3 (renforcée). Elle comprend
• Une section d’infanterie RGW (arme antichars, portée 200m) ;
• Deux sections d’infanterie NLAW (arme antichars, portée 600m);
• Une section de mortier 8.1cm (portée 5km) ;
• Une section d’éclaireurs (portée du fusil de précision : 1km).
Votre commandant de bataillon vient de faire sa donnée d’ordres. Son intention est simple : il veut barrer avec deux compagnies côte à côte et tenir la plaque tournante sortie Vernier / sortie Meyrin avec une compagnie (voir carte).

Mission

Vous avez reçu pour mission de barrer à BOURDIGNY, au Nord de MEYRIN.

Environnement

Le canton de Genève comporte une importante densité de population en son centre, lequel comprend la Ville de Genève et les communes suburbaines qui l’entourent à la manière d’une couronne (Carouge, Chêne-Bourg, Chêne-Bougeries, Lancy, Meyrin, Onex, Thônex, Vernier). Ce centre urbain comporte une importante région agricole et viticole, le Mandement au Nord-Ouest, la Champagne au Sud-Ouest.
Analysez le milieu au moyen de l’outil www.geo.admin.ch ou d’une carte géographique 1:25’000 ou 1:50’000.

Rapports de temps

Vous n’avez pas besoin de formuler une décision définitive, une intention ou des ordres pour envoyer votre réponse. Répondez simplement aux quatre questions du dialogue tactique.
Analysez le milieu en 5 minutes et après, essayez de répondre à ces quatre questions en 5 minutes (c’est ce qui a été demandé lors d’une inspection de l’état-major général).

Questions

Dans le cadre du dialogue tactique, il vous demande de répondre aux questions suivantes :

  • Quelles infrastructures critiques dans votre secteur devez-vous impérativement prendre en compte dans la conduite de l’action ?
  • Quelles variantes de base envisagez-vous pour le positionnement de vos cinq sections ?
  • Quel est selon vous le terrain-clé ROUGE le long de l’axe ST-GENIS-POUILLY – GENÈVE ?
  • Dans le cadre des préparatifs aux combat, quels appuis demandez-vous de la part des niveaux bataillon et régiment dans l’immédiat pour être en mesure de remplir votre mission?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #22

Pour une fois, le Tactical Decision Game #22 n’exigeait pas une décision tactique, mais la réponse à quatre questions dans le cadre d’un dialogue tactique. Cette forme d’échange est essentielle pour la mise en œuvre de la conduite par objectifs : les missions tactiques ne sont pas une transmission unilatérale. L’implication des subordonnés par le commandant permet la synchronisation des différents échelons. La motivation à cet égard est moins une approche participative de la conduite que la nécessité d’assurer une synchronisation efficace dans des situations complexes. Dans la conduite par ordres (au niveau international : detailed command), cela passe par une planification minutieusement coordonnée, tandis que dans la conduite par objectifs (au niveau international : mission command), cela passe par une compréhension commune de la situation et de la mission. L’histoire de la guerre regorge d’exemples montrant que cette approche est nettement plus prometteuse dans les aléas du combat.

Cinq propositions ont été reçues, dont deux se distinguent et sont très similaires. La discussion se limite à ces deux propositions afin de retracer le débat entre le Maj EMG Schweizer et le Cap Iselin, même si les trois autres propositions présentent également de nombreux éléments similaires.

La première question – quelles sont les variantes fondamentales – revient à déterminer où placer l’effort principal de la troupe. Avant même la question de la réserve (oui/non ; où/quoi) et de l’organisation (articulation), c’est le critère principal qui distingue des variantes. Le secteur d’engagement, très vaste pour une compagnie, peut être divisé en deux parties : la zone étroite et bâti le long de la route principale 101, avec les infrastructures du CERN et la commune de MEYRIN comme agglomération de GENÈVE, et la zone beaucoup plus vaste à l’ouest, caractérisée par la viticulture. Le niveau supérieur (veut dire, le bataillon) s’attend à ce que l’attaque principale ait lieu le long de la route principale 101, et il a de bonnes raisons pour cela : une attaque à travers les vignobles est certes possible, mais seule la route principale 101 offre un axe performant pour l’approvisionnement ultérieur d’une attaque réussie. Le Maj EMG Schweizer décrit les deux variantes comme suit : « 2 sections à l’avant (CHOULLY et CERN) – 1 section à l’arrière (MEYRIN) » ou « un point d’appui dans la zone du CERN ». Le Cap Iselin envisage les mêmes variantes et ajoute la variante « 1 section à l’avant, deux section à l’arrière ». Dans les deux cas et dans toutes les variantes, l’effort principal est, avec au moins 2 sections, clairement mis sur la route principale 101 – la seule question est de savoir s’il faut placer un élément de combat sur la colline de CHOULLY. Égalité des points pour les deux.

La deuxième question – quel est le terrain-clé rouge – reçoit des réponses différentes. Le Maj EMG Schweizer ne mentionne que le CERN, ce qui est compréhensible compte tenu de sa position le long de la route principale. Le Cap Iselin voit non seulement le CERN, mais aussi la colline de CHOULLY, et argue que « les deux, la route principale et la colline, lui [à l’adversaire] permettent de mener à bien son action. Mais l’un des deux suffit, c’est pourquoi il n’y a pas ici de terrain-clé rouge ». Cette réponse est cohérente et dépend sans doute de l’importance que le commandant supérieur accorde à la zone occidentale (d’où le dialogue). Je penche ici pour l’interprétation du Maj EMG Schweizer : si l’adversaire s’empare du secteur CERN, cela est décisif pour le succès de l’opération ; le critère de « terrain-clé » est donc pour moi rempli.

La troisième question – demande d’appui au niveau supérieur – reçoit une réponse exhaustive de la part des deux. Tous deux demandent d’appui de renforcements de terrain le long de la route principale 101 et un appui pour l’évacuation des civils dans la zone de MEYRIN. Le Maj EMG Schweizer mentionne en outre des « ROE claires » concernant les opérations de combat dans la région du CERN, le Cap Iselin des filets anti-drones le long des routes principales et secondaires pour protéger le ravitaillement logistique et, si disponibles, des mines antichars (espérons que la Suisse pourra encore les se procurer ou les produire à temps). Même si je suis d’accord avec les deux, ce point revient au Cap Iselin.

La quatrième question porte enfin sur les infrastructures critiques : ici aussi, les deux contributions mentionnent le CERN et l’hôpital De La Tour à MEYRIN (d’autres contributions ont également mentionné le château de CHOLLY ; il s’agit en effet d’un bien culturel protégé, mais je ne lui attribuerais pas le statut d’infrastructure critique). Le score reste donc à égalité.

On peut me reprocher mon manque de « joie de décision » si je ne vois pas de vainqueur clair dans le TDG#22. Cependant, en référence à la boucle OODA et à John Boyd, je maintiens que l’orientation (Orient) est encore plus importante que la décision (Decide) ; Boyd a ainsi justifié la supériorité de la conduite par objectifs par rapport à la conduite par ordres. À cet égard, je m’exerce aujourd’hui à la « joie d’orientation » : je remercie tous les fidèles lectrices et lecteurs, mais aussi les participantes et participants actifs, et j’espère que l’effet d’apprentissage tactique – la compréhension commune – a été atteint même sans vainqueur explicite. Ainsi, en cette période de l’Avent, le Maj EMG Schweizer et le Cap Iselin recevront en cadeau le livre « Qu’est-ce qu’un chef ? » du Général d’armée Pierre de Villiers. Je vous souhaite une bonne lecture et un joyeux Noël !

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Leader's Digest Leader's Digest #20 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #19

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Lt-col EMG Patrick Hofstetter à la chaire de conduite et de communication de l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #19

Contexte:

Votre unité fait partie d’une opération plus large visant à reprendre une ville stratégique occupée par une force ennemie bien retranchée. Le quartier que vous devez sécuriser est vital pour contrôler les voies de communication dans la ville. L’ennemi, composé de combattants irréguliers et d’unités spécialisées, utilise des tactiques de guérilla urbaine, incluant des embuscades et des pièges explosifs. En outre, le quartier est densément peuplé, et des civils sont encore présents dans de nombreux bâtiments, certains étant utilisés comme boucliers humains par les forces ennemies.

Objectif de la mission:

Sécuriser le quartier urbain tout en minimisant les pertes civiles et les dommages aux infrastructures critiques.

Briefing

  • Localisation: quartier urbain avec un mélange de bâtiments résidentiels, commerciaux, et industriels.
  • Forces ennemies: estimées à environ 200 combattants, armés d’armes légères, de lance-roquettes, et de mortiers. L’ennemi a également posé des mines et des IED (engins explosifs improvisés) dans plusieurs rues clés.
  • Forces amies: votre unité se compose de 150 soldats d’infanterie, soutenus par deux véhicules blindés légers et une équipe de démineurs.
  • Civils: environ 500 civils sont encore présents, avec certains bâtiments abritant des familles, des hôpitaux de fortune, et des réfugiés.
  • Ressources: munitions limitées. Appui de l’artillerie disponible.
  • Contraintes logistiques: routes principales minées ou bloquées par des débris, rendant difficile l’approvisionnement et le mouvement rapide des troupes.

Considérations supplémentaires

Règles d’engagement et éthique: respect des règles d’engagement, qui interdisent les attaques délibérées contre les civils ou les infrastructures civiles, et ils doivent constamment évaluer les choix en fonction des considérations éthiques et humanitaires.

Conséquences à long terme: Les décisions affecteront non seulement la situation tactique immédiate, mais aussi les relations avec la population locale, la perception internationale, et la dynamique stratégique globale.

Options de décision

Option A: Assaut rapide et frontal

Lancez une attaque frontale immédiate avec toute la force disponible, en utilisant les véhicules blindés pour percer les défenses ennemies. Les démineurs déploient des équipes pour dégager les routes principales sous la couverture de tirs.

Avantages: l’attaque rapide pourrait prendre l’ennemi par surprise et permettre de sécuriser rapidement le quartier, limitant ainsi le temps d’exposition aux tirs ennemis.

Inconvénients: risque élevé de pertes parmi les troupes et les civils. Potentiel de destruction massive des infrastructures en raison des combats intenses. Les pièges explosifs non neutralisés pourraient causer des pertes supplémentaires.

Conséquences possibles: la prise rapide du quartier, mais avec des pertes civiles et militaires significatives, et des dégâts importants aux infrastructures. Possibilité de générer de la haine parmi les civils, pouvant conduire à une résistance accrue ou à une perte de soutien populaire.

Option B: Frappes d’artillerie ciblées

Utilisez des frappes d’artillerie ciblées pour neutraliser les positions ennemies connues et dégager les principales zones d’approche avant de lancer une avance au sol.

Avantages: réduction des risques pour les forces au sol. Peut désorganiser l’ennemi et éliminer des positions clés sans engager directement les troupes au sol.

Inconvénients: risque élevé de pertes civiles si l’ennemi utilise des boucliers humains. Destruction potentielle de bâtiments critiques tels que des hôpitaux ou des écoles. Risque de réduire la mobilité des troupes si des débris bloquent les routes.

Conséquences possibles: neutralisation initiale des défenses ennemies, mais augmentation potentielle de la haine civile contre les forces amies, pouvant entraîner des tensions politiques et des complications humanitaires.

Option C: Approche discrète et infiltration

Utilisez des formations pour infiltrer le quartier, identifier les positions ennemies, et organiser des assauts ciblés avec de petits éléments pour minimiser les pertes civiles et les destructions.

Avantages: minimisation des pertes civiles et des dommages aux infrastructures. Possibilité de capturer des combattants ennemis et de recueillir des renseignements précieux.

Inconvénients: opération lente, risquant de donner à l’ennemi le temps de se renforcer ou d’évacuer les civils en otage. Augmentation des risques pour les petites équipes de en cas de découverte par l’ennemi.

Conséquences possibles: prise progressive du quartier avec des pertes limitées, mais risque de prolongation de l’opération et d’escalade de la situation, rendant le quartier plus difficile à contrôler à long terme.

Questions

  • Analyser les 3 options et ensuite choisissez l’une d’elle en la justifiant.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #19

Ce Decision Game était en quelque sorte inhabituel : l’énoncé de la problematique est resté générique, ni la mission n’était formulée de manière précise ni la situation tactique détaillée. Or, cette incertitude correspond souvent à la réalité du commandement militaire : les décisions doivent être prises sous pression temporelle et avec des informations incomplètes. C’est pourquoi les trois options proposées pouvaient néanmoins être évaluées de manière pertinente.

Option A – Attaque frontale a été rejetée par toutes les contributions. Une telle approche, dans un environnement urbain contre un adversaire préparé et numériquement supérieur, a été jugée suicidaire, avec un risque élevé pour les troupes, la population civile et les infrastructures.

Option B – Emploi de l’artillerie n’a été envisagée comme approche principale que par une seule contribution. Certes, elle aurait permis de protéger davantage les propres forces, mais le risque de pertes massives parmi les civils, ainsi que son caractère politiquement et éthiquement problematique, ont été jugés déterminants contre cette option.

Option C – Infiltration s’est finalement imposée comme le choix le plus convaincant. Quatre des cinq contributions se sont prononcées en sa faveur – avec des nuances différentes : d’une approche méthodique de type bite and hold jusqu’à un déroulement prudent et progressif avec une attention particulière portée à la population civile.

Nous constatons que toutes les contributions ont fait preuve d’une bonne à très bonne profondeur analytique : les auteurs ont pris en compte des dimensions tactiques, éthiques et politico-stratégiques – un signe réjouissant du niveau élevé de la réflexion.

La solution de premier-lieutenant Damien Bordier s’est cependant distinguée. Sa recommandation se résumait ainsi : faire l’un sans négliger l’autre. Il ne s’est pas dérobé à la tâche, mais a clairement opté pour l’option C – tout en y intégrant des éléments des options A et B. Par l’intégration de l’option A, il a suivi le principe tactique de la « Procéder de manière ouverte et discrète » (Conduite tactique 17, chiffre 5069), qui accroît la sécurité d’une action. Par l’emploi ciblé de l’option B, il a tenu compte du principe « feu et mouvement » (chiffres 5057–5059), qui constitue la clé du succès lors de l’attaque.

Nous adressons toutes nos félicitations au plt Damien Bordier et lui souhaitons beaucoup de plaisir à la lecture de Urban Warfare in the 21st Century d’Anthony King.

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Leader's Digest Leader's Digest #18 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #17

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Lt-col EMG Patrick Hofstetter à la chaire de conduite et de communication de l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #17

Scénario

Adversaire

En approche du Checkpoint 37, vous (1) avez eu un contact avec un poste d’observation adverse qui a fuit immédiatement vers le Nord-Ouest.

Peu de temps après cette rencontre, il est clair que le gros de votre bataillon, à l’est de vous (2), est engagé et a été stoppé dans son avance vers NARROW PASS. Depuis votre position, vous pouvez observer plusieurs positions mitrailleuses adverses au Nord-Est. Toutefois, les transmissions sur le réseau de conduite du bataillon ne sont pas claires et ne vous permettent pas d’avoir une vision complète de l’adversaire. Vous estimez toutefois que le principal engagement se déroule vers le pont qui enjambe la rivière.

Dans votre secteur, vous n’avez pas d’autre contact adverse.

Ressources propres

Vous êtes le commandant de la 1e section, 1e compagnie du 3e bataillon de Marines. (1) En plus de vos 3 groupes d’infanterie, vous avez reçu 2 groupes de mitrailleuses et 3 groupes d’engins filoguidés antichar de la compagnie d’appui du bataillon.

Mission

Votre bataillon doit détruire les forces adverses à SANCTUARY PLAIN, la plaine proche de SANCTUARY CITY, et y a déjà héliporté une compagnie. Cette dernière étant assiégée, le bataillon a décidé de lancer une attaque de secours en forçant le passage par la plaine.

Dans ce cadre, votre section a reçu la mission de suivre l’avance du bataillon par un sentier pédestre étroit afin de garder ce flanc.

Comme le bataillon est engagé, possiblement que la situation a changé, nécessitant donc une adaptation de vos plans. Les communications radios vous amènent à penser que le bataillon va tenter un mouvement d’enveloppement de l’adversaire par la droite.

Environnement

Il est 2015 et la nuit est tombée. Le ciel est clair et c’est un soir de pleine lune. Le terrain au sud de SANCTUARY RIDGE est accidenté et peu développé, avec une végétation épaisse et un relief prononcé. Le ravin que vous venez de traverser est sec et rocailleux, d’environ 1.20m de profondeur et 20m de large.

Rapports de temps

Voir le graphique ci-dessous. Vous avez 10 minutes pour analyser la situation et développer un ordre en 5 points inclus l’utilisation de vos armes d’appui et un croquis des positions que vous allez occuper. Préparez également les communications que vous envisagez d’échanger avec votre échelon supérieur.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #17

Nous avons reçu cinq solutions bien élaborées pour le Tactical Decision Game #17 de la newsletter de juin, ce qui nous réjouit beaucoup. Cela montre qu’une situation pas trop complexe peut également constituer une bonne occasion d’entraîner la sécurité opérationnelle (commandement) et la sécurité procédurale (management).

Une telle procédure est le schéma de rapport OBAMA (inventé spontanément en 2008 dans le cadre d’un exercice de l’école d’officiers d’infanterie), qui se répand de manière remarquable : trois des cinq solutions ont formulé le rapport requis au niveau supérieur selon le schéma « Forces Opposées – Forces Bleues – Accomplissement de la mission (oui/non/pour combien de temps) – Mesures – Demandes » (en allemand, avec un peu moins de tricherie, mais tout de même). Les procédures favorisent la clarté et la simplicité, ce qui nous permet de concentrer notre attention cognitive sur le contenu pertinent, à savoir nos opérations.

En termes de contenu, les cinq contributions partagent le constat fondamental suivant : la mission principale de la section, à savoir assurer la protection du flanc ouest du bataillon, reste inchangée. Le commandement ne se limite toutefois pas à l’accomplissement optimal de la mission, mais consiste également à saisir les opportunités qui peuvent se présenter au-delà de la mission, en particulier lorsque la situation a changé. C’est le cas ici, puisque le reste de notre bataillon est au combat. Depuis notre position, nous pouvons ainsi soulager efficacement l’échelon supérieur en attaquant les positions de mitrailleuses identifiées de l’adversaire et d’autres éléments de son offensive sur le Narrow Pass.

La mission initiale reste toutefois inchangée. Comme plusieurs contributions le mentionnent explicitement, le retrait de l’élément de reconnaissance adverse indique précisément que l’adversaire pourrait toujours passer par le Western Narrow Pass – et nous sommes les seules forces en mesure de l’en empêcher.

D’où le dilemme : combien de forces dois-je laisser pour ma mission initiale et combien dois-je en affecter pour saisir cette opportunité ? Il convient également de décider à quel hauteur cette opportunité doit être exploitée : en profondeur, le long de Sanctuary Ridge en direction du Narrow Pass, plus près de la tranchée, en direction des positions de mitrailleuses adverses, voire dans la tranchée elle-même, dans l’espace du pont ?

Parmi les cinq solutions, trois sont plutôt conservatrices, c’est-à-dire qu’elles consistent principalement à tenir et à sécuriser la zone ouest, à explorer l’avant-terrain et à se tenir prêt avec un ou deux groupes pour une attaque sur les flancs. Pour rappel ou explication à l’intention des lecteurs moins familiarisés avec la tactique, « se tenir prêt » signifie préparer une action, mais sans la déclencher. Cela se fait généralement sur ordre du supérieur, mais peut également être effectué de manière indépendante ou à la suite d’un événement convenu.

Deux solutions prévoient une approche proactive, dont l’une avec une concentration rapide des forces et un risque plus élevé (seulement un groupe d’infanterie et une équipe de mitrailleurs pour la mission initiale, le reste étant réservé dès le début pour l’attaque de flanc), et l’autre avec un échelonnement dans le temps (d’abord prendre et boucler la colline à l’ouest de Sanctuary Ridge avec le gros des troupes, puis lancer la contre-attaque de flanc avec le gros des troupes). Comme, selon la description, les deux positions de mitrailleuses sont visibles depuis notre position et qu’un flanc rapide devrait renforcer considérablement l’effet de surprise, je préconiserais personnellement la concentration rapide des forces avec un risque plus élevé.

Cette solution est également illustrée dans la figure. Elle a été proposée par le sergent Lucien Stoessel – nous le félicitons pour sa victoire et lui souhaitons une bonne lecture de « Organizational Culture and Leadership » d’Edgar H. Schein.

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Leader's Digest Leader's Digest #16 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #15

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Lt-col Patrick Hofstetter à la chaire de conduite et de communication de l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #15

Scénario

Cela fait maintenant quelques semaines que la situation se dégrade dans la région. Il y a deux semaines de cela, les forces paramilitaires de l’adversaire ont pris le contrôle de plusieurs villages le long de la frontière suisse et ont positionné deux divisions lourdes de manière dispersée à distance de notre artillerie (>20km). La pression est palpable. Le premier échelon des forces mises à disposition pour le service actif (Task Force JOMINI), mobilisées depuis deux mois, est entré en action il y a quatre jours et a ratissé la frontière, afin de couper les forces paramilitaires de tout lien logistique avec l’étranger.

Adversaire

Une demie-section (<20 personnels) s’est retranchée dans le principal village du secteur. Ils sont armés d’armes d’infanterie et antichars, ils ont eu en outre le temps pendant les trois derniers jours de renforcer leurs positions de manière significative. Il semblerait que l’adversaire puisse prendre avantage des sous-sols et du réseau de canalisation qui longe les routes principales, il n’est pas possible de détruire ce réseau avec de l’artillerie. De plus, avec le temps de préparation, l’adversaire a très probablement piégé les bâtiments là où il souhaite nous ralentir et renforcé la structure des bâtiments qu’il souhaite tenir.

Forces Propres

La compagnie ALFA fait partie des bataillons du second échelon des forces mises à disposition pour le service actif (Task Force JOMINI), mobilisés il y a un mois. L’ambiance était amicale durant l’entrée en service, car les militaires revoyaient leurs camarades pour la première fois depuis une année. Toutefois, les esprits étaient marqués par la sérosité de la situation. Une guerre, vraiment ? Chacun a encore de la peine à y croire. Et bien que personne n’ait jamais expérimenté la guerre, cela en a tout l’air. Le service actif a finalement bien été décrété.

En raison des grandes distances entre les différents secteurs d’engagement, du manque de forces à disposition et de la nécessité d’éviter les grands amassements de troupes (menace aérienne des drones), l’engagement des bataillons de second échelon se fait de manière décentralisée. Les forces du premier échelon assurent la frontière et sont en train de planifier les prochaines actions. La compagnie FOXTROT a bouclé les accès et sorties du village dans notre secteur.

La compagnie ALFA fait partie des éléments de second échelon qui ont été désignés pour nettoyer les poches de résistance adverses. La compagnie a terminé son instruction et se tient prête à planifier son premier engagement.

Mission

Vous êtes le commandant de la compagnie de grenadiers de chars ALFA et vous venez de recevoir la mission de prendre et de nettoyer le village dans votre secteur d’engagement. L’action doit être terminée dans 72h. La compagnie ALFA doit se tenir prête pour un nouvel engagement à l’horizon J+6 jours. Vous pouvez proposer au commandant du bataillon la direction de l’attaque dans le cadre du dialogue tactique. 

Environnement

Le village est constitué de bâtiments en construction massive, comme on en trouve en Suisse. Tous les bâtiments sont connus, leur degré de fortification cependant n’est pas connu. La population civile a quitté le village dans sa majorité, des éléments isolés peuvent encore s’y trouver. Les réfugiés sont disponibles pour vous fournir des informations sur le village.

Temps

La mission doit être emplie au plus tard dans 72h. Il faut déclencher les mesures d’urgence dans 30min et ensuite planifier l’action avec les chefs section, l’horaire est de la responsabilité du commandant de compagnie.

Questions

  • Quels sont les mesures d’urgence ?
  • Quelle est l’intention générale pour mener cet assaut ?
  • Comment est-ce que je prépare ma compagnie à l’engagement ?
  • Comment est-ce que j’utilise le feu indirecte et les spécialistes EOD ?
  • Comment est-ce que je manoeuvre en surface et en sous-terrain ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #15

Le dernier TDG a tout d’un exercice scolaire – je ne connais en tout cas aucun village nommé A-Dorf présentant la structure locale décrite. Les exercices scolaires servent souvent à discuter de questions fondamentales. Cinq questions me viennent à l’esprit, auxquelles je vais tenter de répondre en me basant sur les trois solutions proposées.

Les principes d’engagement (CT 17, chiffre 5008) peuvent aider à déterminer la forme d’attaque, c’est-à-dire ici à choisir entre une attaque linéaire et une attaque concentrique. Les trois solutions proposées suivent une approche linéaire. Je suis d’accord avec cela. Le principe de « simplicité » plaide particulièrement en faveur de cette approche, mais aussi celui d’« orientation vers l’objectif » : nous ne voulons pas nous emparer d’un bâtiment particulier sur lequel nous nous concentrons de manière concentrique ou que nous voulons nous baser sur la « surprise » venant de différents côtés. Notre mission est de nettoyer tout le village.

Dans le cas d’une attaque linéaire, la question de la direction de l’attaque se pose. Le règlement prévoit une attaque sur un côté étroit, ce qui rend plus difficile pour le défenseur de « disloquer les moyens et synchroniser les effets » et facilite pour l’attaquant de « verrouiller et fractionner » (CT 17, chiffre 5046). Ici, les solutions sont hétérogènes : une proposition attaque par le sud puis pivote vers la droite, ce que je qualifierais de non conventionnel. Cela ne doit pas nécessairement être un inconvénient tactique, car il s’agit de procédures auxquelles un adversaire ne s’est guère préparé. Dans le même temps, cependant, la coordination et, en particulier, la prévention des tirs amis peuvent s’avérer difficiles. Une solution consiste à attaquer depuis le nord-est. L’approche couverte à l’abri de la forêt semble attrayante, mais il faut également traverser la rivière, ce que j’éviterais personnellement. Enfin, la troisième attaque le long de la route depuis l’est, avec une section au sud et une autre au nord de la route. C’est certainement la variante la plus simple et la plus rapide, c’est pourquoi je la préfère. Cependant, une attaque depuis l’ouest aurait probablement rendu la défense encore plus difficile.

En ce qui concerne les égouts, toutes les propositions recommandent de les éviter. Il semble évident, et pas seulement au regard de Gaza, que le défenseur dispose ici d’un avantage considérable. Deux des trois propositions suggèrent toutefois d’inonder les égouts, par exemple en faisant appel aux pompiers civils. Cela me semble être une solution créative qui pourrait limiter efficacement l’adversaire. D’un point de vue technique, la faisabilité devrait être discutée avec un expert en incendie, mais même une immersion partielle devrait déjà gêner l’adversaire.

L’utilisation proposée des moyens de soutien peut être utilisée pour dissiper un malentendu courant. Une contribution remarque : « Mais dès que la première section est dans le village, la distance minimale de 600 m ne peut pratiquement plus être respectée ». Cela doit être clairement rejeté ; ces distances de sécurité s’appliquent aux tirs de combat. En cas de guerre, l’utilisation du mortier de 8,1 cm doit toutefois être acceptée à une distance nettement plus proche de ses propres troupes, en particulier si celles-ci sont protégées contre les éclats. Dans ce cas, il convient de tirer avec des tirs indirects jusqu’à ce que les mitrailleuses de 12,7 mm puissent agir directement, conformément au principe « le feu sur l’objectif d’attaque ne doit jamais cesser ». Il est urgent de reconnaître les prescriptions de sécurité en temps de paix comme telles et d’indiquer dans les règlements des distances de référence réalistes pour les décisions tactiques.

De nombreuses propositions ont été faites sur les autres points, en particulier les mesures d’urgence. Il me semble par exemple intéressant de consulter au préalable des personnes connaissant bien les lieux, d’appeler la population à fuir et l’ennemi à se rendre, d’interroger les fuyards (ce terme désigne notre propre population, par opposition aux réfugiés) et de se procurer les plans des bâtiments auprès des administrations.

J’ai pu trouver des éléments positifs dans chacune des trois contributions, mais je ne suis pas d’accord avec tous les points. En cas de doute, c’est la décision de base qui est déterminante pour moi et, à cet égard, je préfère l’approche du capitaine Robin Wehrle, qui consiste à envoyer une section au nord et une section au sud de la route depuis l’est. S’il accepte, en tant qu’officier d’appui-feu, de ne pas respecter les règles de sécurité pour les tirs de combat en situation de guerre, je suis entièrement d’accord avec lui. Je le félicite d’ores et déjà pour avoir remporté le livre « Combattre et vaincre en ville » de Frédéric Chamaud et Pierre Santoni.

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Leader's Digest Leader's Digest #13 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #13

Les jeux de décision de Leader’s Digest doivent inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous commençons par répéter le scénario présenté la dernière fois ; ensuite, nous présentons une appréciation des points les plus importants à discuter. Les recommandations d’action sont présentées par le lt col EMG Patrick Hofstetter, professeur de conduite et de communication, en accord avec son équipe de recherche de l’Académie militaire de l’EPF de Zurich.

Jeu de décision de Leader’s Digest #13

Scénario

C’est la guerre en EUROPE. Il y a quelques jours, l’adversaire a fait valoir des revendications territoriales pour la région de PETIT-BÂLE – RIEHEN. Actuellement, une manœuvre (déploiement) d’une division mécanisée ennemie a lieu entre ALTKIRCH – LÖRRACH – WEHR.

Ces derniers jours, des forces irrégulières ont mené plusieurs actions de sabotage ciblées sur des installations de recherche et de services à BASEL (peu de dommages collatéraux). En outre, elles ont attaqué des infrastructures civiles critiques (centre de distribution Coop PRATTELN, EW RHEINFELDEN) ainsi que le poste de commandement du bataillon d’infanterie 65 à MAISPRACH avec des armes d’infanterie et des armes antichars (RPG).

Les postes de douane de ST. LOUIS, WEIL, RHEINFELDEN et BAD SÄCKINGEN sont fermés. On constate une forte augmentation des passages illégaux de la frontière par le RHIN (1000 par semaine). L’OFAC soutient l’armée.

L’augmentation des réfugiés pousse à la violence des groupes d’autodéfense et alimente l’attitude négative des citoyens suisses à l’égard des réfugiés.

Adversaire

Possibilité d’évolution de la situation déterminante

L’adversaire peut, après avoir atteint l’objectif intermédiaire de la brigade RHEINFELDEN, pousser en 1h avec un bataillon mécanisé, une compagnie, 1 section de front en direction de MAGDEN et ensuite avec deux compagnies l’une à côté de l’autre 2 sections de front à travers MAGDEN, afin de décharger en 3 à 6h sa poussée principale le long de l’A2.

Autres possibilités de développement de la situation

L’adversaire peut, après avoir atteint l’objectif d’attaque AUGST, pousser en 2h avec un bataillon mécanisé, une compagnie, une section en front sur OLSBERG vers MAGDEN, afin de décharger en 1–2h sa poussée principale le long de l’A3.

Dans tous les cas, l’adversaire peut
  • (forces armées régulières) Préparer son assaut avec l’artillerie sans tenir compte de l’occupation civile ou des biens culturels;
  • (forces armées irrégulières, forces d’opérations spéciales) Au moyen de la propagande et/ou de la guerre psychologique, diriger les flux de réfugiés de manière à ce qu’ils évitent l’offensive principale et protègent son flanc, limitant ainsi notre mobilité;
  • (défense civile CH) Marquer sa présence dans la zone frontalière de RHEINFELDEN au moyen de patrouilles et de checkpoints.

Moyens propres

Vous commandez la 2e compagnie du bataillon d’infanterie 65 et avez subordonné les moyens suivants pour l’accomplissement de la mission :

  • 3 sections d’infanterie avec 4 groupes chacun. Celles-ci disposent chacune d’un char de grenadiers à roues (y compris 12,7 mitrailleuse distance d’engagement jusqu’à 1000m), 2 mini-mitrailleuses (distance d’engagement 600m), 4 RGW (arme antichar 200-300m) ;
  • 1 section de mortiers (y compris 4 mortiers 8,1cm distance d’engagement 4000m) ;
  • 2 équipes d’éclaireurs (4 éclaireurs par équipe, un fusil tireur d’élite 20+accessoires, distance d’engagement 800m et un appareil de conduite de tir à arc mortier 8,1cm).

En outre, vous recevez les moyens suivants :

  • 6 charges explosives cratère 88 ;
  • 10 NLAW (arme guidée antichar 400-600m) ;
  • 2 moyens mini UAV avec une durée d’engagement de 15′ par charge.

Votre compagnie est en service depuis des semaines. Depuis le secteur d’attente de LIESTAL, vous avez jusqu’à présent rempli des missions de stabilisation et terminé l’instruction liée à l’engagement. L’engagement à MAGDEN est donc le premier engagement de combat de la compagnie.

Mission

Vous venez de recevoir les ordres du commandant de bataillon et vous avez reçu la mission suivante :

  • La cp inf 65/2 tient le chaudron MAGDEN et empêche une poussée ennemie à travers MAGDEN, direction A2.

Les formations voisines ont reçu les missions suivantes :

  • La cp inf 65/1 bloque à RHEINFELDEN-EST et se tient prête à accueillir la cp 65/3.
  • La cp inf 65/3 exploite l’ennemi dans le secteur de RHEINFELDEN-OUEST, bloque le pont dans la vieille ville de RHEIFELDEN et se tient prête à détruire l’ennemi qui a fait une percée dans le RÖTIHOF ainsi qu’à protéger le flanc MÖHLIN en faveur du Bataillon mécanisé 14.
  • La cp inf appui 65 empêche l’ouverture du pont EW SALINE et EW RIBURG et appuie les compagnies d’infanterie avec des tirs d’arc.

Enivronnement

Délais de temps

Au cours des 12 prochaines heures, vous devez explorer le secteur d’engagement et présenter une première décision au commandant de bataillon dans le cadre du dialogue tactique. Les préparatifs de combat doivent être terminés dès la fin du dialogue tactique dans les 72 h suivantes et la compagnie doit être prête au combat.

Questions

  • Mettez-vous à la place de l’adversaire : comment prendriez-vous MAGDEN et le garderiez-vous ouvert pour les forces suivantes ?
  • Quelle est votre décision pour tenir MAGDEN et empêcher une poussée ennemie à travers MAGDEN en direction de l’A2 ?
  • Où et comment déployez-vous vos moyens antichars (articulation, espaces de feu, espaces de position) ?
  • Où et avec quels moyens canalisez-vous l’adversaire ?
  • Où planifiez-vous les espaces de feu pour le tir à l’arc et leurs espaces de mouvement ?

Une esquisse de décision est souhaitée et suffisante.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #13

Deux solutions nous sont parvenues pour le Tactical Decision Game #13 ; il est probable que certains tacticiens soient encore en hibernation ou paralysés par les développements géopolitiques. Une chose est sûre : le bat méch 14 n’est apparemment pas concerné, car les deux solutions nous sont parvenues de cette formation. La question se pose maintenant de savoir si l’officier d’appui-feu ou le S2 de cette formation remportera le prix ? Les deux contributions sont d’ailleurs accompagnées de représentations impeccables, l’une d’entre elles ayant même été soumise sous forme de layer .milxlyz. Pour tous ceux qui ont encore un potentiel de développement tactique pendant leur temps libre : sur https://www.map.army/, chacun peut dessiner, enregistrer et partager ses layers. Idéal pour la préparation des cours de répétition et plus encore. Mais venons-en aux choses essentielles :

Tout d’abord, les deux solutions sont évaluées en fonction de leur complexité. La solution du S2 comprend sept pages, dont six illustrations (un layer rouge, une analyse du terrain, un layer décision de base, trois layers sur les trois phases de la décision). C’est un travail consciencieux et compréhensible. Cependant, la simplicité a aussi son importance. La solution de of AF comprend deux pages et un layer et répond également à toutes les questions, c’est pourquoi il remporte le premier point : 1:0.

L’analyse du terrain par l’of AF est également un argument en sa faveur, comme le montre la concentration des forces à l’ouest de la route principale. Il divise le terrain en quatre phases (LPh), bien que je recommande de parler de lignes de coordination (LC) en défense. En attaque, nous nous attendons à ce que les LPh soient traitées l’une après l’autre, phase par phase. En défense, nous devons cependant avoir une compréhension plus dynamique : nous pouvons peut-être retirer une section vers une LC, pour la réutiliser plus tard deux LC plus loin pour une contre-attaque. Les tirs de mortier ou l’exploration peuvent également être coordonnés à l’aide des LC, sans qu’elles soient traitées de manière séquentielle. Il convient de souligner que le S2 s’est procuré des cartes des bunkers historiques près d’ÄNGI, ce qui permet de visualiser non seulement la barrière antichar dans le fond de la vallée, mais aussi le fort d’infanterie et son contrefort sur les flancs. Il va sans dire que nous utiliserons ce type d’infrastructure de combat même lorsqu’elle aura été mise hors service. Pour cette idée, le S2 égalise à 1:1.

Ensuite, j’évalue la représentation ROUGE, qui est fondamentalement la même (depuis la région de RHEINFELDEN, avec au maximum une section en première ligne, avançant dans le chaudron de MAGDEN) : l’orientation de l’of AF concernant l’adversaire est claire en termes de forces, mais j’utiliserais le terme populaire de changement d’échelon avec plus de parcimonie. Deux changements d’échelons sur 2 km me semblent un peu trop de micro-management – de plus, une formation qui dépasse une autre n’est pas forcément un changement d’échelon (bien que le terme ou la différence puisse être défini à l’occasion). Le S2 souligne également dans sa présentation la menace sur les flancs (est-ce que j’ai entendu S2 ?), c’est pourquoi ce point lui revient également : 1:2.

Dans son intention même, l’of AF prévoit un déroulement simple : dans une première phase, une section use l’adversaire dans l’avant-terrain d’ÄNGI et deux sections se tiennent prêtes à bloquer côte à côte la périphérie de MAGDEN. Dans une deuxième phase, la section de l’avant-terrain se retire et bloque MAGDEN Est, de sorte que trois sections finissent par bloquer côte à côte. Les deux sections extérieures se tiennent également prêtes à lancer des contre-attaques par les flancs. La solution S2 prévoit également une section dans l’avant-terrain, en utilisant l’infrastructure de combat décrite ci-dessus. Le point d’appui centrale est alors effectué par une section sur la route principale, sur laquelle l’adversaire doit être canalisé. Il reste ainsi une troisième section derrière le point d’appui prête à effectuer des contre-attaques de flanc des deux côtés. Il n’est pas facile d’attribuer des points ici ; dans tous les cas, un total de 3 points doit être attribué pour la décision. En effet, la disposition du S2 d’une section dans l’avant-terrain me semble plus efficace (en exploitant les positions historiques), ce qui lui vaut un point supplémentaire ; 1:3. Cependant, l’utilisation en terrain urbain me semble plus appropriée dans la solution de l’of AF. La mise en place de deux sections côte à côte – et même de trois après le retrait de la section depuit l’avant-terrain – correspond au principe de « disloquer les moyens et synchroniser les effets ». De plus, il me semble plus facile d’effectuer des contre-attaques dans le cadre d’une demi-section avec les moyens de l’infanterie sur un terrain bâti que de les coordonner au niveau de la compagnie, comme prévu dans la solution du S2. Le rapport est donc de 2:3. Je donne un troisième point pour le choix d’un Killing Ground déterminé. Dans la solution de l’of AF, à partir de la périphérie de MAGDEN, un tel terrain n’est pas immédiatement évident pour moi. Il en va autrement pour le S2, où le point d’appui de MAGDEN n’est prévu qu’après 200 mètres dans le village ; une condition idéale pour bloquer l’adversaire sur la route principale – et cela correspond également à l’intention de canaliser l’adversaire sur cette route. Cela semble séduisant sur le plan psychologique et permet également d’accueillir un nombre suffisant d’adversaire. Je lui accorde un point supplémentaire, ce qui porte le score final à 2:4. Cette fois, le vainqueur aux points est le S2, le capitaine Raphael Iselin. The winner takes it all, mais il est prié d’emprunter le livre « Call Sign CHAOS – learning to lead » de Jim Mattis et Bing West à son camarade, le capitaine Robin Wehrle, lors du prochain service. Félicitations !

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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #12

Les jeux de décision de Leader’s Digest doivent inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous commençons par répéter le scénario présenté la dernière fois ; ensuite, nous présentons une appréciation des points les plus importants à discuter. Les recommandations d’action sont présentées par le lt col EMG Patrick Hofstetter, professeur de conduite et de communication, en accord avec son équipe de recherche de l’Académie militaire de l’EPF de Zurich.

Jeu de décision de Leader’s Digest #12

Scénario

La SUISSE est en guerre depuis plusieurs mois. Les combats ouverts se limitent à l’EST de la SUISSE, mais l’ensemble du territoire national est la cible d’actions d’espionnage et d’attentats. Ce sont surtout l’administration fédérale, les organisations internationales et les services publics qui sont touchés.

La situation est également instable en SUISSE ROMANDE. L’armée a pris la responsabilité de la zone dans les régions particulièrement menacées. C’est notamment le cas là où l’adversaire tente de nous entraver dans nos secteurs d’attente.

Dans la région de CHANCY, suite à un attentat avec un camion chargé d’explosifs, plusieurs bâtiments ont été endommagés et partiellement détruits, entre autres le poste de commandement de la compagnie d’infanterie 65/2 et la gare d’EPEISSES.

La principale conduite d’eau de la région a été endommagée lors de l’attentat et a inondé un parking souterrain, mettant en danger les moyens de transport réservés aux formations mécanisées.

Le poste de commandement du bataillon d’infanterie 65 à EPEISSES a été attaqué par les troupes d’un groupe terroriste, les ELTI, dans le chaos qui s’en est suivi. Le dépôt de munitions avancé a été touché et le bâtiment s’est effondré à l’ouest. Certaines routes ont été partiellement bloquées.

En réaction aux activités de l’ELTI, l’HeBü, une milice locale organisée de manière indépendante, a renforcé sa présence dans la région.

Adversaire

ELTI (ELBONIAN Tigers): Groupe terroriste

  • Arme de poing, quelques armes antichars
  • MANPAD
  • Charges explosives improvisées
  • Capacité à commettre des attentats, vol de matériel militaire

Irréguliers

ViHe (Vigilance Helvétique): Organisation paramilitaire comptant environ 200 membres dans la région

  • Armes de poing, notamment anciennes armes de l’armée (fusil d’assaut 90, fusil d’assaut 57, divers pistolets)
  • Gilets de protection achetés à titre privé
  • Matériel de barrage, en partie propriété privée, en partie des communes
  • Camions, camionnettes, minibus
  • Capacité à la recherche de renseignements auprès de la population en raison de l’ancrage local

Moyens propres

Vous commandez une compagnie de sauvetage :

  • 1 section de commandement
  • 3 sections de sauvetage
  • 1 section d’appui

La compagnie de sauvetage est équipée d’armes personnelles (fusils d’assaut et pistolets). Elles disposent d’un équipement technique composé de :

  • 3 assortiments de sections de sauvetage avec du petit matériel pour le sauvetage en décombres,
  • 2 assortiments d’intervention en décombres avec des moyens spécifiques pour le sauvetage en décombres,
  • 2 transporteurs d’eau et
  • 3 assortiments d’intervention en cas d’incendie avec un kilomètre de tuyau chacun.

Mission

La compagnie de sauvetage intervient dans le village d’EPEISSES (sauvetage de débris), protège et maintient (transport d’eau et lutte contre l’incendie) le mode de transport réservé.

Enivronnement

Le village d’EPEISSES est situé dans une cuvette de terrain. Il comprend une gare avec transport de marchandises, un dépôt de carburant (une citerne), un centre commercial ainsi que diverses infrastructures commerciales et résidentielles. Le village abrite également le poste de commandement du bataillon d’infanterie 65 ainsi que le poste de commandement de la compagnie d’infanterie 65/2.

Rapports de temps

Début de mission immédiat, durée prévue de la mission 48 heures

Questions

  • Comment procéderiez-vous pour le sauvetage ? Quels sont vos ordres ?
  • Quelles mesures prenez-vous contre l’ELTI ?
  • Comment réagissez-vous face à la ViHe ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #12

Deux propositions de solution ont été reçues pour le TMD#12, qui se distinguent sur un point essentiel, à savoir le traitement de la « HeBü ». Cette organisation fictive a été introduite dans le cadre méthodologique « LU-17 » et décrit des forces irrégulières qui ont tendance à être amicales envers la Suisse et donc envers l’armée. Dans le cadre d’exercices, la HeBü est décrite afin de sensibiliser la troupe au fait que chaque irrégulier ne représente pas automatiquement un adversaire. Compte tenu de l’importance des formations de volontaires dans la défense de l’Ukraine, la question se pose également pour la Suisse de savoir comment traiter les forces amicales mais irrégulières. Les deux solutions proposées avancent chacune des arguments crédibles, mais aboutissent à des conclusions différentes.

Le cap I. résume sa position en un paragraphe : « La collaboration devrait être réglée par la guerre déjà en cours dans les Rules of Behavior (RdB) et être connue du cdt cp. En Ukraine, les ‹ bataillons de volontaires › initiaux sont devenus une partie officielle des forces armées ukrainiennes en tant que ‹ Territorial Defense Forces ›. Après des mois de guerre, la Suisse aura elle aussi du mal à se passer de milliers de volontaires. C’est pourquoi je pars très fortement du principe qu’une collaboration sera autorisée. Pour une première et une deuxième phase, je ne veux dans la zone sinistrée que des militaires et des personnes directement concernées. Ainsi, la situation chaotique ne sera pas encore plus confuse et une éventuelle infiltration par ELTI sera plus difficile ». Il s’agit d’une utilisation différenciée de la ressource « HeBü ».

Le Lt M. exprime des préoccupations plus détaillées sur la question « Comment gérez-vous la HeBü ? »: « Leur attitude émotionnelle et énergétique est difficile à contrôler. […]. Une intégration des membres de la HeBü dans des activités d’aide civile en dehors de la zone centrale serait cependant à mon avis supportable. Autres justifications pour une prise de distance opérationnelle : l’armée a le monopole de la violence étatique, […] la HeBü est une organisation autoproclamée sans légitimation officielle […]. De plus, la HeBü a une structure de commandement peu claire, pas de procédures d’engagement standardisées et pas de communication sécurisée […]. Un niveau de formation inconnu […] ainsi qu’un risque potentiel de mise en danger de soi-même […] des loyautés peu claires de certains membres de la HeBü […] danger dans une fuite d’informations non souhaitée […] ».

Les deux auteurs abordent cette question de manière spécifique et différenciée. Il faut espérer que ces questions seront tranchées par le niveau de commandement stratégique avant une guerre en Suisse, afin que les commandants d’unité n’aient pas à se poser cette question.

Sur le fond, je partage la perspective du cap I. ; je considère qu’il est exclu de défendre la Suisse avec l’effectif actuel de l’armée sans intégrer des volontaires ou coopérer avec eux – la Suisse connaît de par son histoire des conceptions de ce type, il suffit de penser par exemple aux corps de défense locaux. Dans la réponse au TDG, j’accorde toutefois une plus grande valeur à la solution du lieutenant M., car il développe de manière très différenciée les problèmes liés à la gestion des irréguliers. Même ceux qui sont prêts à considérer la Hebü comme partenaire potentiel de l’armée ne peuvent pas éviter de prendre en compte les risques correspondants. De plus, le lieutenant M. a fait d’autres réflexions habiles dans sa solution, comme la demande de spécialistes et une décision claire sous forme de carte. Nous n’aborderons pas ces deux points ici, mais ils sont suffisants pour que le Lt Ralph Meier reçoive le livre « Positive Leadership » du Dr Markus Ebner, présenté dans la newsletter #12. Nous le félicitons chaleureusement.

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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #10

Les jeux de décision de Leader’s Digest doivent inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous commençons par répéter le scénario présenté la dernière fois ; ensuite, nous présentons une appréciation des points les plus importants à discuter. Les recommandations d’action sont présentées par le lt col EMG Patrick Hofstetter, enseignant de conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich.

Jeu de décision de Leader’s Digest #10

Scénario

La guerre fait rage en Europe. La Suisse s’est préparée depuis des semaines à une invasion imminente et est restée pour l’instant indifférente, mais il y a quelques jours, l’offensive ennemie sur BÂLE est devenue réalité. Des points d’appui proches de la frontière, au nord de notre bataillon, ont déjà pu infliger de lourdes pertes à l’ennemi. Il s’agit maintenant d’empêcher l’adversaire de poursuivre son avancée.

Adversaire

Après la défaite de l’attaque au nord, l’ennemi se réorganise et tentera dans quelques jours une nouvelle offensive avec des forces fraîches. Nous attendons pour notre région un bataillon mécanisé ROUGE (3x groupement tactique mécanisé) comme élément de pointe.

1 groupement tactique mécanisé ROUGE

  • 1 section de chars de grenadiers à roues + 1 moyen de déblaiement
  • 1 section de grenadiers de chars + 1 moyen de déblaiement
  • 1 section de commandement + 2 chars de grenadiers
  • 1 section de chars de combat + 1 moyen de déblaiement
  • 1 section d’éclaireurs

Moyens propres

Le moral des troupes est bon et elles sont confiantes grâce aux succès remportés dans le nord. Le bataillon d’infanterie de montagne 91 a maintenant été mis à contribution pour former un poids lourd dans la région de BÂLE. Il ne reste que quelques jours pour effectuer les préparatifs de combat et mettre en place le dispositif de défense.

La compagnie d’infanterie de montagne 91/2 est renforcée à cet effet avec une section lance-mines 8,1 cm et une section d’éclaireurs.

Les formations voisines, les compagnies 1 et 3, ont pour mission de canaliser l’adversaire en direction du carrefour 9123 et d’empêcher un flanquement par leur secteur respectif.

Mission

La cp inf mont 91/2 (+) empêche une poussée à travers son secteur.

Enivronnement

La population du centre de la ville de BÂLE a été évacuée en grande partie. Utilisez éventuellement www.map.geo.admin.ch pour vous faire une idée plus précise ; le carrefour central est la BURGFELDERPLATZ.

Rapports de temps

La plupart des carrefours sont reliés par une canalisation marchable. Le temps de déplacement sur 500m est d’environ 10 min.

Questions

  • Comment avez-vous positionné vos sections ?
  • Quelle mission avez-vous donnée à vos sections ?
  • Comment assurez-vous la résistance de vos troupes ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #10

Nous avons reçu quatre réponses au jeu de décision du mois d’octobre – un formidable retour sur un problème tactique, avec un résultat réjouissant : quatre solutions compréhensibles avec de vraies variantes.

Toutes les solutions ont en commun diverses considérations sur le repositionnement de la section de lance-mines, l’utilisation des canalisations, l’entraînement de contre-assauts, la création de dépôts de munitions, etc. Même si ces aspects créent des conditions favorables importantes, ils ne seront pas discutés ici. Il s’agit tout simplement de mettre en œuvre les anciens standards de l’Armée 95 ou les connaissances acquises au cours des deux dernières années. C’est pourquoi je me concentre dans l’évaluation sur la répartition des trois sections d’infanterie.

Pour mieux comparer les différences, il convient de formuler leur disposition spatiale du nord au sud et l’idée de combat correspondante.

La première solution « ALFA » (dans l’ordre de la soumission) présente un schéma 1 – 2 : Une section use l’adversaire à l’avant-terrain jusqu’au carrefour 9123 et se retire ensuite en tant que réserve de compagnie ; au sud du carrefour, deux sections usent l’adversaire l’une à côté de l’autre et ne l’arrêtent que relativement profondément dans notre propre secteur, à la hauteur de BRAUSEBAD–SPALENTOR.

La deuxième solution « BRAVO » prévoit 1 – 1 – 1, les trois sections l’un derrière l’autre menant la chasse dans l’espace qui leur est attribué.

La troisième solution « CHARLIE » prévoit 2 – 1 avec deux sections formant deux points d’appui côte à côte en première ligne et une troisième section en réserve de compagnie pour la conduite de combat mobile.

La quatrième solution « DELTA » est un 1 – 1 – 1 côte à côte, avec la section centrale qui barre le carrefour 9123 et une section sur chaque flanc (dont celle de droite avec responsabilité spatiale pour l’usure sur l’avant-terrain).

Parmi les quatre variantes, je me prononce personnellement pour ALFA. Je partage l’avis que les conditions sont meilleures dans la profondeur de notre propre espace que dans l’espace du carrefour 9123. Si j’y prévoyais mon point d’appui central, il serait relativement facile pour l’adversaire de l’attaquer de manière concentrique : De ce point de vue, la protection des flancs de la solution DELTA est compréhensible et j’aime particulièrement le fait que l’adversaire se voit présenter trois sections côte à côte. Ainsi, il est obligé de se disperser ou de négliger des sections à partir desquelles je peux mener des contre-assauts. Cependant, le risque me semble trop élevé si loin devant. Là, l’adversaire a la possibilité de se disperser et d’agir ensemble le long d’au moins deux et jusqu’à quatre axes sur le carrefour principal. La solution CHARLIE présente à mon avis un problème similaire. La juxtaposition de deux points d’appui me semble très efficace – mais ici aussi trop en avant. BRAVO est certainement innovante en ce sens qu’au lieu de la solution des points d’appui prévue par la doctrine de l’infanterie, elle mise sur le combat de chasse avec responsabilité spatiale pour les trois sections. Côte à côte, je donnerais encore une certaine chance à cela, mais en les plaçant l’un derrière l’autre, je permets à l’adversaire de concentrer sa force sur une seule section à la fois – je transforme ma propre compagnie en salami. En revanche, ALFA utilise d’une part la profondeur de son propre espace. L’étalement des routes vers le sud à partir du carrefour 9123 entraîne automatiquement un étalement des forces de l’adversaire – ou, s’il se concentre, un espace de mouvement pour mes contre-assauts et même contre-attaques. Dans les deux cas, je peux en tirer des avantages, soit pour un combat plus statique, soit pour un combat plus dynamique. Cependant, je ferais cela de manière encore plus cohérente et j’alignerais les trois mouvements l’un à côté de l’autre, par exemple sur la ligne ALLSCHWILERPLATZ–POINT 276 (ou BRAUSEBAD)–SPALENTOR. Le propre avant-terrain peut être laissé en toute confiance à la section d’éclaireurs qui, avec ses six groupes, reconnaît dans une première phase l’effort principal de l’adversaire et, dans une deuxième phase, dès que l’adversaire est arrivé sur la ligne des points d’appui, use l’adversaire et dirige les tirs de lance-mines sur l’adversaire stoppé et donc forcé de débarquer.

La solution ALFA me semble tenir compte en grande partie de ces points de vue. En outre, il est tout à fait possible d’argumenter que l’adversaire limite son action aux axes principaux en direction de BRAUSEBAD et de SPALENTOR, ce qui permet à la troisième section d’utiliser le secteur ALLSCHWILERPLATZ pour les contre-attaques, ce qui correspond alors parfaitement à la solution ALFA. Dans tous les cas, l’auteur, le cap Robin Wehrle, a bien mérité son prix : Nous le félicitons pour sa victoire et un exemplaire de « How to Think Like an Officer » de Reed Robert Bonadonna.

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Leader's Digest Leader's Digest #8 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #8

Les jeux de décision de Leader’s Digest doivent inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous commençons par répéter le scénario présenté la dernière fois; ensuite, nous présentons une appréciation des points les plus importants à discuter. Les recommandations d’action sont présentées par le lt col EMG Patrick Hofstetter, enseignant de conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich.

Jeu de décision de Leader’s Digest #8

Scénario

Vers 1100 : à peine arrivée à 30′ dans le secteur d’attente de BERN-BETHLEHEM, votre compagnie (cp gren pz 14/3) reçoit du commandement du bat méc 14 l’annonce que l’ennemi a percé la ligne de front dans le JURA à plusieurs endroits et qu’il a déjà atteint avec ses pointes de reconnaissance le PIED SUD DU JURA à NEUCHATEL il y a 2h.

Ainsi, la pire des possibilités de développement de l’adversaire s’est produite. Manifestement, l’adversaire a l’intention, par une poussée rapide à travers le SEELAND, de pousser d’une part par le FOSSÉ DE LA SARINE avec 2 à 3 bataillons de combat côte à côte en direction de BERN et, d’autre part, de franchir l’AARE en force égale à AARBERG et de pousser par la LYSSBACHTAL en direction de MOOSEEDORF afin d’englober le centre politique de BERN par le nord et le sud.

Le bataillon mécanisé 14 a récemment atteint le secteur d’attente de BERN en tant que formation de première ligne, tandis que le reste des forces de la brigade a terminé l’instruction opérationnelle dans le secteur de BERNER OBERLAND et est en train de préparer la marche. En raison de l’évolution récente de la situation, le bataillon mécanisé 14 a reçu pour mission de retarder l’avance ennemie en direction de BERN pendant 5-7h et d’empêcher la sortie des forces ennemies par THÖHRISHAUS en direction de BELPMOOS, afin de créer ainsi des conditions favorables pour les forces suivantes de la brigade et d’empêcher en même temps le regroupement des forces ennemies SE de BERN et donc l’encerclement de la capitale.

Vers 1110 : Selon les dernières informations, l’ennemi se trouve dans la région de MORAT – SEELAND avec des pointes de 2 compagnies d’infanterie mécanisée. On s’attend à ce que l’adversaire rejoigne la SARINE dans l’heure qui suit, avec 1 à 2 compagnies en tête, en passant par CORMONDES. Après une préparation au feu, il franchira la SARINE d’une part à LAUPEN et d’autre part au nord via VIADUC DE LA SARINE (A1) et à CORMONDES, puis continuera vers BERN-BRÜNNEN et l’A12 dans les 2 heures qui suivent.

Vous êtes le chef de section AMBOS de la compagnie grenadiers chars 14/3 CHARLIE. Votre section a été mise en marche en tant que formation de pointe il y a 5′ (le déclenchement a eu lieu vers 1125).

Pour l’instant, vous marchez en tant que section de pointe de BERN BETHLEHEM en direction du sud-ouest sur l’A12 à NIEDERWANGEN et d’empêcher l’adversaire de franchir la SARINE à LAUPEN en tant que partie de la compagnie CHARLIE pendant au moins 4 heures (selon le commandant de la compagnie, des ordres plus détaillés seront donnés sur place).

Vers 1130 : L’adversaire a franchi la SARINE à GUMINE avec des forces de reconnaissance en nombre de sections. L’échelon supérieur reconnaît un déplacement du centre de gravité de la poussée adverse le long de l’axe MÜHLEBERG – FRAUENKAPPELEN.

L’adversaire a également rassemblé de l’infanterie mécanisée dans la zone à l’ouest de la FOSSÉ DE LA SARINE près de GUMINE. On peut s’attendre à ce qu’il donne l’assaut dans l’heure qui suit avec au moins 1 compagnie d’infanterie mécanisée en direction de BERN via MÜHLEBERG.

Pour la compagnie CHARLIE, il s’agit de retarder l’adversaire entre MÜHLEBERG et FRAUENKAPPELEN pendant 4-5h afin que notre bataillon puisse s’installer en défense dans la région de BERN BETHLEHEM ainsi que le long de l’A12.

Adversaire

2 compagnies d’infanterie mécanisée ; les moyens exacts de l’adversaire sont encore inconnus.

Forces propres

En tant que chef de section AMBOS dans la compagnie CHARLIE, vous disposez des moyens suivants :

2 patrouilles de grenadiers de chars, soit 4 groupes de grenadiers de chars avec chacun :

  • 1 chars de grenadiers CV 90
  • 2 RGW
  • 2 mini mi ainsi que
  • 3x charges cratère 88

En outre, vous disposez en tant que chef de section de l’équipe des drones de 3 mini-drones ayant chacun une autonomie de 15′.

Mission

Vous recevez par radio l’ordre suivant – vous êtes encore en approche :

Section AMBOS

  • barre dans le secteur entre ALLENLÜFTEN et HEGGIDORN dans l’heure qui suit et empêche une poussée adversaire le long de la route nationale au sud de STOCKERE pendant au moins 1h-2h sans vous imbriquer avec l’adversaire.
  • se tient prêt à se déplacer ensuite dans le secteur de NIEDERBOTTIGEN et à se tenir prêt à intervenir dans le secteur de BERN-BRÜNNEN.

Dispositions particulières :

La compagnie CHARLIE reçoit pour les 2 heures à venir la priorité de feu de l’appui de feu immédiat par la compagnie de mortiers 12cm 14/5. Comme aucun concept de conduite de feu n’a été établi pour cette évolution de la situation, les zones de feu doivent être délimitées au niveau de la section et conduites au moyen du processus ARTUS (indiquez but – intention – temps).

Environment

L’extrait de carte ALLENLÜFTEN – HEGGIDORN est suffisant pour votre sortie d’ordre. Pour une compréhension globale, il vaut toutefois la peine de jeter un coup d’œil à la carte nationale 1:50’000 (https://map.geo.admin.ch/#/map?lang=fr&center=2587119.13,1200345.31&z=6.2).

Questions

  • Prenez une décision pour le barrage ALLENLÜFTEN.
  • Tenez-vous prêt à ordonner à votre section de grenadiers de chars pendant la marche.
  • Veillez à ne pas vous imbriquer avec l’adversaire afin de pouvoir débarquer à l’Est.
  • Prévoyez efficacement le tir à l’arc dont vous disposez.

Vous pouvez déposer votre réponse sous forme de croquis – basé sur l’extrait de carte – ou dans le texte du message radio envoyé à vos chefs de groupes subordonnés.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #8

Nous avons reçu quatre réponses au jeu de décision d’août- le meilleur retour sur un problème tactique à ce jour, avec un résultat réjouissant : il s’agit de quatre solutions avec des missions compréhensibles et compactes – en plus, chacune visualisée avec des extraits de carte.

Ce qui est impressionnant cette fois-ci, c’est que les quatre solutions se ressemblent énormément. Toutes les solutions prévoient l’utilisation de postes alarme-chars dans l’avant-terrain, que ce soit par une patrouille ou par un drone ; ici, le métier a été compris et c’est ce qui fera la différence entre la victoire et la défaite.

Les quatre solutions prévoient un échelonnement de plusieurs barrages, le premier au plus tôt à la hauteur de ALLENLÜFTEN, au plus tard à la hauteur de l’entrée de la route principale dans la forêt, le dernier au plus tôt au point 673 et au plus tard à la périphérie de HEGGIDORN. L’espace entre les deux est utilisé par trois soumissions pour un troisième barrage, la quatrième utilise l’espace OBERE LEDI comme secteur de mouvement pour une contre-attaque.

Les tirs de mortier sont gérés de manière différente, une soumission indique trois espaces de tir, un autre quatre, une autre définit 11 tirs de plan, dont le « Niederhalten » comme objectif de ligne – manifestement, la formation aux nouvelles procédures de tir a déjà eu lieu ici. Les autres différences sont marginales, les messages radio sont tous compacts, des mesures d’urgence sont ordonnées – avec ces quatre auteurs, les quatre compagnies de combat d’un bataillon pourraient être conduites.

Lösungsskizze Decision Game #8

Il n’y a que sur le terrain que l’on peut juger de la pertinence des approches, mais il s’agit d’une décision cartographique – et donc d’un jugement cartographique. Parmi les quatre propositions, je préfère la variante qui a planifié tous les barrages plus à l’est que les autres. J’y vois plusieurs avantages : le danger d’un enchevêtrement ou même d’un encerclement dans ALLENLÜFTEN est réduit et le potentiel du « sac de feu » avec l’espace de bouchon (Stauraum) naturel dans la forêt devrait se développer beaucoup plus si l’adversaire est d’abord autorisé à entrer dans l’espace. Le prix pour cette solution va donc à nouveau au cap Raphael Iselin, qui s’était déjà distingué en juin avec sa recommandation d’action. Il recevra l’exemplaire de « Stratégie – La logique de la guerre et de la paix » d’Edward Luttwak. Le principe du sac à feu peut d’ailleurs être pensé encore plus loin, comme le montre la solution dans l’image ci-dessus. Celle-ci provient toutefois de l’auteur et ne sera donc pas primée.