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Leader's Digest Leader's Digest #27 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Mai 2026

Georg Häsler über Neutralität, Sicherheit und die Idee einer Alpenallianz

[YouTube, 13.02.2026, Georg Häsler, Mathias Müller]

Was bedeutet Neutralität in einer zunehmend unsicheren Welt? Welche sicherheitspolitischen Herausforderungen kommen auf die Schweiz zu? Und wie kann Zusammenarbeit im Alpenraum zur Stabilität Europas beitragen? Im offiziellen Podcast der Schweizer Armee spricht NZZ-Redaktor, Sicherheitsexperte und Oberst Georg Häsler mit Gastgeber Oberst i Gst Mathias Müller über strategisches Denken, militärische Realität und die Verantwortung eines neutralen Staates. Dabei erläutert er auch die Grundidee seines Buches «Alpenallianz», das den Alpenraum als gemeinsamen sicherheitspolitischen Raum betrachtet. Ein interessantes Gespräch über Geopolitik, Landesverteidigung und die Bedeutung klarer Analyse in komplexen Zeiten.

Link: https://www.youtube.com/watch?v=KnohnbkakgU

Strategic Trends 2026

[CSS ETH, 12.03.2026, Gorana Grgić, Daniel Möckli et al]

In der diesjährigen Ausgabe des jährlichen Reports des Center for Security Studies an der ETH Zürich identifizieren und analysieren die Autoren strategische Trends, welche ihrer Ansicht nach die Weltpolitik der nächsten Jahre prägen werden. Im Detail behandelt werden dabei der sich wandelnde Charakter des Krieges, die Militarisierung des Weltraums, sowie die zunehmend multipolare Weltordnung.

Link (De): https://css.ethz.ch/ueber-uns/CSS-news/2026/03/strategic-trends-2026.html

Link (Eng): https://css.ethz.ch/en/center/CSS-news/2026/03/strategic-trends-2026.html

2023 Ukrainian Counteroffensive – Animated Analysis

[YouTube: War Archive, 16.02.2024]

In this video, War Archive analyses the 2023 Ukrainian counteroffensive, which allows viewers to study how Russian forces defended the frontline and which weaknesses in Ukrainian strategy they exploited. The counteroffensive was shaped by NATO training and hence Western assumptions on how a war involving NATO would unfold. Early Ukrainian attempts at breaching Russian lines through mechanized assaults proved costly, as Ukraine lacked air superiority, strong air support, and was faced with strong Russian reconnaissance and defences. The failed 2023 counteroffensive can therefore serve as a cautionary tale on how no war is the same, and how military planners need to account for the context in which a war unfolds. Apart from this analysis, War Archive post other videos where he analyses specific battles of the Russian War in Ukraine in detail. Highly recommended is his video on the Battle of Kharkiv.

Link Counteroffensive: https://www.youtube.com/watch?v=vuw14h4WIsc

Link Kharkiv: https://www.youtube.com/watch?v=_H8KF3i2iBU

Innere Führung 4/25

[Bundeswehr, 08.11.2025]

Diese Ausgabe des Bundeswehrmagazins «Innere Führung» beschäftigt sich mit zeitgemässer Menschenführung (16), innerer Führung (30), sowie der nun 70-jährigen Geschichte der Bundeswehr (24).

Link: https://www.bundeswehr.de/de/organisation/zentrum-innere-fuehrung/unsere-angebote/if-zeitschrift-fuer-innere-fuehrung

The Dawn of the A.I. Drone

[The New York Times Magazine, 31.12.2025, C.J. Chivers]

Whereas early-on in the war Ukraine’s drones could operate freely, the Russian Armed Forces later deployed strong electronic warfare systems. As EW systems were mounted on potential targets such as tanks, many Ukrainian drones did not reach their targets as the drone operator lost control over his or her drone as the drone was jammed. To avoid this failure in the last stage of an attack, A.I. plays an increasingly important role as it helps drones successfully reach their targets even as they are exposed to jamming. Chivers reports from Ukraine’s “fast-feedback” drone ecosystem, where the need to overcome Russian EW leads to increasingly autonomous drone missions. He shows how terminal guidance modules, GPS-free navigation (visual positioning), and early swarm management concepts are already in combat use, often built from commercial components and iterated through rapid frontline feedback loops. The article highlights a certain interconnectedness, where not only the efforts of combat units matter, but where successful strike operations under jamming conditions are also the collective product of the work of venture capital, government procurement and engineers. Chivers notes how armed forces which do not prepare for (partially) autonomous warfare will fall behind.

Link: https://www.nytimes.com/2025/12/31/magazine/ukraine-ai-drones-war-russia.html

Defending the City: An Overview of Defensive Tactics from the Modern History of Urban Warfare

[Modern War Institute, 14.02.2022, John Spencer, Jayson Geroux]

In this intriguing piece, Spencer and Geroux use historic examples from WWII and contemporary wars to extract lessons for urban warfare. Amongst others, they use the Battle of Stalingrad (1942-1943), the Defence of Mosul (2016-2017) and the First Battle of Grozny (1994-1995) as case studies.

Link: https://mwi.westpoint.edu/defending-the-city-an-overview-of-defensive-tactics-from-the-modern-history-of-urban-warfare/


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par leadersdigest@leadershipcampus.ch.

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Leader's Digest Leader's Digest #27 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois: «Adaptation under Fire: How Militaries Change in Wartime»

Quel est le message clé du livre ?

Aujourd’hui, tout le monde parle d’innovation et d’adaptation. Une compréhension approfondie du sujet fournit un appui à ses propres arguments. La première partie met en évidence les influences de la doctrine, de la technologie et du leadership. La deuxième partie montre, sur la base d’expériences et d’exemples concrets tirés des guerres en Irak et en Afghanistan, quelles influences la doctrine, la technologie et le leadership ont eues sur les possibilités/limites de l’adaptation. La troisième partie se tourne vers l’avenir, ou plutôt vers le présent. Comment les forces armées américaines peuvent-elles s’améliorer en tirant les leçons de leurs expériences ? Que pouvons-nous apprendre de ces développements en Europe ou en Suisse ?

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Malheureusement, l’adaptation ou l’innovation sont souvent considérées comme étant presque exclusivement liées à la technologie. Le rôle important joué par la doctrine, qui permet de tels développements, et en particulier par le leadership, qui apporte son appui et renforce ces développements, n’est pas ou peu pris en compte. Sans ces deux facteurs, l’innovation se perd dans les discussions techniques. La doctrine et le leadership sont entre nos mains. Nous avons le pouvoir de stimuler l’innovation et l’adaptation. C’est précisément sur ce point que le livre fournit d’excellentes informations de fond.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Les exemples historiques tirés des guerres en Irak et en Afghanistan sont parfois un peu longs à lire.

À qui s’adresse votre recommandation ?

À tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’adaptation dans la pratique et qui veulent exploiter les opportunités qu’elle offre dans l’armée suisse.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Le leadership est partout. Sans cette compréhension ou sans un leadership qui apporte son appui et est stimulant, même l’idée la plus innovante reste lettre morte.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Le leadership, car c’est l’être humain qui déclenche la doctrine et la technologie.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Utiliser de manière optimale les ressources limitées pour augmenter la capacité de défense et expliquer de manière crédible à la population et aux responsables politiques l’urgence de renforcer la capacité de défense.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Nous disposons d’excellents militaires qui, grâce à leur formation, leur compréhension technologique, leur pragmatisme et leurs compétences en matière de leadership, sont à la hauteur de ces défis. Si nous laissons à chaque niveau une marge de manœuvre, si nous faisons preuve de confiance et si nous autorisons également des approches non conventionnelles et intelligentes, alors nous serons prêts pour l’avenir.

« Ce qui importe le plus, c’est la capacité à s’adapter avec succès à des circonstances imprévues lorsqu’elles surviennent. »


À propos de l’auteur de la recension

Le brigadier Dan Aeschbach est commandant de la brigade logistique 1 depuis le 1er février 2026. Auparavant, il était commandant du centre de compétences du service vétérinaire et des animaux de l’armée, ainsi que sous-chef d’état-major logistique de la division territoriale 4.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #27 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #26

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Colonel EMG Patrick Hofstetter, enseignant conduite et communication à l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #26

Adversaire

Adversaire dans la zone d’intérêt

Les forces ont déjà entamé leur combat défensif dans la région de WIETZENDORF (à 35 km plus au sud) et occupent désormais, avec les effectifs restants, leur dernière position défensive. Les bataillons de front, les bataillons mécanisés 431 et 432, ont déjà été complètement anéantis et n’ont pas rempli leurs missions.

Forces restantes du régiment mécanisé 43 (ROUGE):

• Empêcher toute percée ennemie sur la ligne de défense AMELINGHAUSEN-WRIEDEL pendant 6 heures, afin de permettre au régiment mécanisé 44 de mener une contre-attaque via le canal ELBESEITENKANAL et de continuer à le tenir.

Ennemi dans la zone de responsabilité

Intention présumée du bataillon mécanisé 433 (ROUGE) :

• Défend AMELINGHAUSEN avec 2 sections de grenadiers blindés (puissance de combat encore d’environ 75 %).

• Défend les contreforts sud d’AMELINGHAUSEN avec 1 section blindée (puissance de combat encore de 2 x T80).

Si l’ennemi ne parvient pas à tenir AMELINGHAUSEN, BLEU peut percer jusqu’au ELBESEITENKANAL, le 43e régiment mécanisé sera alors complètement anéanti et la mission des forces ennemies ne sera pas accomplie. Dans cette ligne de défense, c’est tout ou rien pour l’armée de Wislanie.

Moyens propres

Vous êtes chef de la section CHARLIE [Remarque : dans la Bundeswehr, il s’agit de la 3e section de la compagnie, contrairement à la Suisse, où CHARLIE désigne la 3e compagnie du bataillon] au sein de la 4e compagnie de grenadiers blindés du 132e bataillon :

  • Vous disposez de 4 véhicules de combat de grenadiers PUMA, avec un effectif de 24 grenadiers blindés.
  • Le véhicule de combat de grenadiers PUMA est équipé d’un MELLS (missile antichar guidé d’une portée maximale de 4 km) et d’un canon embarqué de 30 mm. Voir brève explication PUMA : https://www.youtube.com/watch?v=YSCaAJTSeQ016.67%
  • Votre section est pleinement opérationnelle, bien approvisionnée en munitions et, malgré 35 km de combat en profondeur, elle est la seule section de la compagnie à n’avoir subi aucune perte.
  • Le moral est au beau fixe ; selon votre commandant, l’objectif d’attaque du bataillon, AMELINGHAUSEN, ainsi que la victoire sont imminents.
  • La compagnie dispose de 2 chars de pont LEGUAN (un en configuration 14 m et un en configuration 26 m). Voir brève explication LEGUAN : https://www.youtube.com/watch?v=XWYnKV-J6oU

Ils roulent à 30 km/h et se trouvent actuellement à 500 m à l’ouest du DRUMBERG ; ils constituent la tête de la compagnie (voir carte).

Mission

Lors de la transmission des ordres par votre commandant de compagnie pendant l’opération en cours, vous avez reçu la mission suivante :

Prendre et tenir ouverts deux points de passage à REHLINGEN.

(Les chars de pont sont disponibles sur appel et seront envoyés par le commandant de compagnie vers d’éventuels points de franchissement dès que ceux-ci seront sécurisés.)

Environnement

Concernant la situation à REHLINGEN, on sait seulement qu’il existe deux passages à grande capacité au-dessus de la LOPAU. Au nord se trouve une installation de biogaz le long de la route principale (route départementale 19).

Conditions temporelles

Il est actuellement 21 h 07 – en Basse-Saxe, il fait déjà nuit depuis une heure à cette période de l’année. Le chef de compagnie attend de vous un rapport de mission dans les 45 prochaines minutes.

Nous venons de recevoir un message du chef de la section de reconnaissance : Chef de la patrouille de reconnaissance 4 sur le réseau de commandement de la compagnie : ici Œil 4, position actuelle à M-12+2. Reconnaissance par drone : deux explosions à REHLINGEN aux coordonnées 817 847 et colonnes de fumée s’élevant. 2 BMP en mouvement de contournement vers le nord. Poursuivez la reconnaissance. (Heure 2107Z)

Questions

  • Analysez brièvement le terrain à l’aide des moyens dont vous disposez (cartes, sources ouvertes, etc.). Pour ce type d’analyses OSINT, Swisstopo (tant que nous analysons le terrain suisse) et Google Earth Pro (dans le monde entier) sont particulièrement adaptés ; ce dernier offre davantage de fonctionnalités que Google Maps, telles que la mesure de distances, la mesure de rayons, des images satellites historiques, etc. Google Earth Pro peut être installé gratuitement, tandis que Swisstopo est accessible directement dans le navigateur.
  • Quelle est votre décision en tant que chef de section ? (Un croquis et un odre « orientation – intention – missions »)
  • Justifiez votre décision en trois phrases.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #26

Le Decision Game consacré à REHLINGEN plaçait le chef de la section CHARLIE devant une mission qui pouvait paraître simple au premier abord : prendre et tenir ouverts deux points de passage à REHLINGEN. En réalité, la difficulté ne résidait pas dans la prise isolée d’un village ou de quelques points de franchissement, mais dans la combinaison de plusieurs facteurs : l’obscurité, la pression du temps, deux explosions signalées, des BMP ennemis en mouvement de repli, la mission propre en tant que section de tête de la compagnie et la disponibilité de deux chars de pont LEGUAN, qui ne pouvaient être engagés par le commandant de compagnie vers d’éventuels points de pose qu’après l’annonce de leur sécurisation.

Comme d’habitude, nous ne proposons pas ici une solution exemplaire, mais une discussion à partir des trois meilleures réponses. La question centrale n’était pas seulement de savoir si une décision avait été formulée, mais si la situation avait été correctement comprise, si la décision était réalisable sur le plan tactique et si l’engagement des chars de pont avait été intégré dans un ordre cohérent au niveau de la section.

Un problème commun à presque toutes les réponses est apparu : la destruction annoncée des ponts n’a pas été prise en compte de manière suffisamment conséquente. Plusieurs solutions supposaient implicitement qu’il serait possible de poser simplement un pont sur les ponts détruits. C’est problématique. L’effet des décombres après une destruction de pont n’est pas un détail secondaire ; il doit être compris par tout officier comme un problème tactique et technique. Quiconque observe des images actuelles de ponts détruits, par exemple en Ukraine, constate rapidement qu’il n’est pas possible de poser une passerelle ou un pont de remplacement n’importe où sur la structure détruite ou immédiatement à côté. C’est précisément là que commençait la véritable appréciation du terrain : non pas « où se trouvaient les ponts auparavant ? », mais « où un char de pont peut-il réellement poser son pont dans les conditions données ? ».

Le deuxième point récurrent concerne le LEGUAN. Pour une section de grenadiers blindés, un char de pont est un moyen qui n’appartient pas organiquement à son système d’action habituel. C’est justement pour cette raison que le chef de section doit intégrer activement son emploi dans sa décision. Il ne suffit pas de mentionner le LEGUAN ou de présupposer qu’il apparaîtra d’une manière ou d’une autre au bon moment. L’ordre doit préciser qui accueille le char de pont, qui le guide, qui le protège pendant la pose, qui franchit en premier et quel comportement est attendu une fois le pont établi. Plusieurs contributions sont restées trop générales sur ce point.

Troisièmement, la phase après la pose du pont manquait dans de nombreuses solutions. La mission ne s’achève pas avec le message « le pont est posé ». Il faut ensuite établir et sécuriser la tête de pont. Au niveau de la section, cela signifie par exemple : sécuriser en profondeur avec les PUMA, observer et battre la prochaine chambre de terrain, orienter le feu et l’observation contre d’éventuelles contre-attaques et permettre le passage du reste de la compagnie. Celui qui ne pense que jusqu’à la pose du pont ne pense pas la mission jusqu’au bout.

Quatrièmement, le cadre d’ensemble de la compagnie a été trop peu exploité. Dans beaucoup de solutions, les chefs de section combattaient de facto seuls. C’était pourtant précisément le point central de cette mission. La section CHARLIE est la section de tête de la compagnie, et non un groupe de combat isolé. Cela soulève plusieurs questions : où vont les sections voisines ? À partir de quel moment une protection de flanc peut-elle être reprise par les sections qui suivent ? De quelles informations supplémentaires ai-je besoin de la part de la reconnaissance ? Que dois-je demander au commandant de compagnie ? Une demande — par exemple d’aveuglement, d’appui-feu ou de conduite plus précise de la reconnaissance — peut aussi faire partie d’une bonne décision, si elle est tactiquement justifiée.

L’installation de biogaz au nord a été fortement pondérée dans certaines solutions. Elle constitue certes une infrastructure et sa destruction peut provoquer un incendie, une explosion ou une perte de visibilité. Mais elle n’est pas automatiquement le terrain clé de la mission de la section. Celui qui fait de l’installation de biogaz le centre de sa décision risque de fixer des forces sur un objet qui n’apporte qu’une valeur limitée pour le maintien ouvert des points de passage.

Le premier rang revient au Capitaine Pugin. Sa contribution était globalement la plus solide. Ce qui a été déterminant, c’est surtout la qualité de l’analyse du terrain. Il a reconnu le problème des ponts détruits, apprécié de manière réaliste les possibilités de pose et intégré la protection des chars de pont dans sa réflexion. Son intention était claire, tactiquement réalisable et cohérente. L’ordre était également précis et conduisible au niveau de la section. Le potentiel d’amélioration se situait surtout dans la phase suivant la pose : la sécurisation de la tête de pont en profondeur aurait dû être réglée plus clairement. En outre, avec une section mécanisée, il faut toujours examiner de manière critique jusqu’où l’on peut étirer ses propres forces et à partir de quel moment les éléments suivants de la compagnie peuvent reprendre certaines tâches de sûreté. Dans l’ensemble, il s’agissait toutefois de la solution globale la plus convaincante.

Le deuxième rang revient au Lieutenant Rinderknecht. Il faut relever positivement qu’il a appliqué appréciation de la situation et qu’il s’est manifestement efforcé d’appréhender de manière structurée l’ennemi, le terrain et ses propres possibilités d’action. Sa solution contient plusieurs réflexions justes et montre un véritable travail tactique. En même temps, la formulation de la décision manque de force et de cohérence. Certaines mesures, en particulier le poste d’observation ou d’alarme au nord, fixent des forces sans contribuer de manière substantielle à l’accomplissement de la mission. La focalisation importante sur l’installation de biogaz détourne également l’attention du problème central. Le manque de réflexion dans le cadre global de la compagnie apparaît ici de manière particulièrement nette : si les sections suivantes progressent derrière la section de tête, celle-ci ne doit pas nécessairement assurer durablement une protection de flanc étendue au nord. Malgré ces faiblesses, la contribution était suffisamment substantielle pour mériter le deuxième rang.

Le troisième rang revient au Capitaine Petkoski. Sa solution était courte, simple et compréhensible. Le croquis était utilisable, l’ordre au niveau de la section était approprié, et l’emploi de patrouilles correspondait mieux au cadre d’une section de grenadiers blindés qu’une fragmentation excessive en groupes débarqués isolés. Il faut également relever positivement que l’attaque de nuit a été intégrée dans la justification. Il reste toutefois discutable que deux groupes engagés à deux endroits différents suffisent pour prendre deux points de passage, les sécuriser et accueillir correctement les chars de pont. Chez lui aussi, il aurait fallu ordonner plus clairement qui guide les LEGUAN, qui les protège et qui sécurise la tête de pont après la pose. Précisément parce que la solution était courte et claire, quelques phrases supplémentaires auraient permis de gagner beaucoup en qualité.

La principale leçon de ce Decision Game n’est donc pas une solution tactique particulière, mais un principe de conduite : le chef de section ne doit pas considérer sa mission de manière isolée. Il doit intégrer le terrain, l’ennemi, ses propres moyens, la pression du temps, les sections voisines, les prestations d’appui et les moyens non organiques dans une décision conduisible. Prendre REHLINGEN n’était que la première partie. L’élément décisif consistait, dans les conditions créées par la destruction des points de passage, à permettre l’engagement des LEGUAN, à les protéger et à établir ensuite une tête de pont viable pour la compagnie.

Les trois premiers rangs reçoivent à nouveau des prix offerts par tacsymbols.ch. Le premier rang reçoit en plus le livre du mois d’avril, Leadership is Language: The Hidden Power of What You Say – and What You Don’t de L. David Marquet, avec la signature de l’auteur.

Pour terminer, une correction de notre part : lors de l’évaluation du mois dernier, une erreur nous a échappé. Le Capitaine Bryan Morisod avait obtenu le même nombre de points que le premier classé. Il recevra donc lui aussi, à titre rétroactif, un exemplaire du livre du mois de mars.

On ne peut pas simplement poser un pont provisoire au-dessus d’un pont détruit. Photo : 2022, Irpin, Ukraine.

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Leader's Digest Leader's Digest #26 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Avril 2026

Command – Leadership – Management: Ein integratives Führungsmodell für militärische und zivile Organisationen

[Gruppe. Interaktion. Organisation. Zeitschrift für Angewandte Organisationspsychologie (GIO), 12.03.2026, Patrick Hofstetter, Florian Demont et Sarah von Felten]

Le modèle de conduite Commandement – Leadership – Management, développé en 2023 et officialisé en janvier 2025 dans la stratégie du Groupe Défense, est désormais présenté de manière systématique et replacé dans son contexte théorique pour la première fois dans un article de journal scientifique évalué par des pairs. Cet article ne se limite toutefois pas à une simple présentation du modèle. Sous la forme d’une étude de cas inductive et conceptuelle, il explique explicitement pourquoi et comment cette approche issue du contexte militaire peut être transposée aux organisations civiles. Ce qui semble souvent aller de soi en Suisse en raison de l’ancrage social profond de l’armée doit d’abord être rendu plausible et justifié dans les pays voisins. C’est précisément ce que le présent article tente de démontrer.

Link (open access): https://link.springer.com/article/10.1007/s11612-026-00870-3

Evolution of Russian Tactics

[YouTube: War Archive, 26.12.2025]

By breaking down the Russian invasion of Ukraine into five phases, War Archive shows how the Russian Armed Forces adapted over time. In the beginning they attempted a decapitation strike aimed mainly at the capital Kyiv in what War Archive calls a “Modernized Blitzkrieg”. As this failed due to unexpected Ukrainian resistance and a lack of air superiority, in May 2022 the Russian armed forces shifted their approach to rely less on manoeuvre and more on an artillery “Wall of Fire”. These artillery-enabled advances then ground to a halt as Ukrainian deep-strikes (such as with HIMARS) targeted the logistics needed for such high artillery firing rates. Having attempted to outmanoeuvre and outgun their opponent, in late 2022 the Russians then shifted their focus to relying on infantry assaults mostly constituted by Wagner troops. As Wagner was disbanded, the regular Russian Armed Forces incorporated Wagner’s infantry-heavy approach and added limited mechanised elements to it. Since mid-2024, they now rely on infiltrating Ukrainian-held positions in small teams. Whereas most teams are quickly eliminated, sheer numbers mean that some are inevitably successful in eroding Ukrainian defences over time, as seen in Russia’s capture of the centre of Pokrovsk in December 2025. Apart from this analysis, War Archive posts other videos where he analyses specific battles of the War in Ukraine in detail. Most notably, his video about the Battle for Hostomel Airport allows the viewers to study how Russian forces attacked and why their plan of enabling an air bridge to Hostomel ultimately failed.

Link Tactics: https://www.youtube.com/watch?v=A6MfjV2vsdg

Link: Hostomel: https://www.youtube.com/watch?v=r0Ji7KqqEqg

From Relic to Relevance: Why Obsolete Weapons Still Win Modern Wars

[Modern War Institute, 13.11.2025, Lukáš Dyčka]

The Bundeswehr retired its Gepard air defence systems in 2010. 12 years later Germany exported Gepard systems to Ukraine, where they proved very capable of defending against Russian Shahed/Geran drones. This article highlights how « obsolete » platforms « may be one adversary or one type of terrain away from renewed relevance. » With European armed forces facing the possibility of a long war and hence being in need of redundancies and deep stockpiles, the author wants armed forces to stop calling weapon systems obsolete and to « Start asking what problems they can still solve ».

Link: https://mwi.westpoint.edu/from-relic-to-relevance-why-obsolete-weapons-still-win-modern-wars/

Le Polemarque

[La Chouette Librairie]

Une librairie en ligne française moins connue, la Chouette Librairie, propose une sélection ciblée d’ouvrages en études stratégiques, histoire militaire, éthique militaire et leadership. Son catalogue comprend des œuvres influentes de figures telles que Guisan, Rommel et Fuller, entièrement en français.

Link: https://www.lachouettelibrairie.com/editeur/le-polemarque/

Is Europe Too Soft to Fight?

[War on the Rocks, 28.10.2025, Florence Gaub, Roderick Parkes]

Gaub and Parkes warn that as governments see their population as unwilling and too soft to fight, they risk a self-fulfilling prophecy. They argue that instead of a fixed category, the « will to fight » should be treated as societal potential that can be both suppressed or cultivated.

Link: https://warontherocks.com/2025/10/is-europe-too-soft-to-fight/

The Case for Treating Drones as Ammunition

[War on the Rocks, 21.11.2025, Zachary Griffiths, Jeff Ivas]

Griffiths and Ivas argue that the US Army will not scale small drones successfully if it continues to manage them like durable equipment. Drawing on Ukraine’s high consumption rates and rapidly growing production, they frame small quadcopters and first-person view drones as inherently expendable, closer in cost and turnover to mortar rounds than to “aircraft”. The author’s proposal is straightforward: classify small aerial drones as conventional ammunition, switch from brand-based procurement to role-based “drone families” (recon, FPV, etc), standardise controllers, and use simulators in addition to live drones to lower drone attrition during training.

Link: https://warontherocks.com/2025/11/the-case-for-treating-drones-as-ammunition/


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Leader's Digest Leader's Digest #26 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois: «Leadership is Language»

Quel est le message clé du livre ?

Le langage est l’outil le plus important dont dispose un chef, car il influence la manière dont les gens pensent, décident et agissent. Une bonne conduite ne consiste pas à donner des ordres, mais à poser des questions et à amener les autres à réfléchir par eux-mêmes. Les décisions doivent être prises là où se trouve l’expertise, plutôt que d’être simplement imposées par la hiérarchie. Celui qui utilise le langage de manière ciblée favorise la responsabilité, la confiance et une collaboration solide.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Comme dans son premier ouvrage « Turn the Ship Around », Marquet décrit la nouvelle orientation du système Leader-Leader. Il s’agit d’un approfondissement du livre axé sur le langage et, par conséquent, sur la culture des chefs. J’ai effectué mon service practique de commandant de compagnie en suivant les suggestions de Marquet et j’ai été étonné des progrès et des performances réalisés par ma compagnie. Je suis particulièrement fier de l’autonomie et de l’esprit d’initiative de mes subordonnés qui en ont résulté.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Ce livre et le principe « Leader-Leader » reposent sur la compétence et la confiance. Or, ces deux éléments ne sont pas acquis d’emblée dans une école de recrues, et les 18 semaines ne suffisent pas tout à fait pour tout mettre en œuvre. Il peut toutefois servir de guide et inciter les responsables à repenser leur approche et à changer leur façon de voir les choses.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Cela s’adresse avant tout aux chefs qui conduisent d’autres chefs, car la compétence et la confiance sont des conditions indispensables pour que cet effet puisse être pleinement exploité.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

En tant que commandant d’une compagnie de chars, je n’avais pas vraiment la même compréhension du char de combat que mes chefs de section, étant donné que j’occupais un poste d’officier d’état-major. En déléguant délibérément le pouvoir de décision aux personnes les plus compétentes, celles-ci ont pu prendre les décisions nécessaires. Les chefs de section ont ainsi pris davantage de responsabilités et étaient très enthousiastes à l’idée de m’expliquer et de me présenter les particularités techniques. Cela m’a permis de me familiariser très rapidement et en profondeur avec le char de combat Leopard.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Cela allie commandement et leadership. Grâce à une utilisation ciblée du langage et au transfert du pouvoir de décision, le subordonné est mis en situation de responsabilité et est intrinsèquement motivé à l’assumer. Cela libère du temps et de l’espace de réflexion pour le commandant.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Le fait que nous surchargions de responsabilités des personnes dont le temps de formation est insuffisant, ce qui fait qu’elles n’agissent pas vraiment en tant que leaders, mais plutôt en tant que managers.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Que nous offrons à la société un cadre dans lequel les cadres peuvent faire leurs premiers pas et acquérir de l’expérience. Ceux-ci affinent ainsi leurs compétences dans la vie professionnelle et apportent ensuite cette valeur ajoutée aux formations de perfectionnement au sein des formations de milice.


À propos de l’auteur de la recension

Capitaine Timothy Rizza a suivi un apprentissage de boulanger-pâtissier et a été incorporé comme cuisinier de troupe. Au cours de la quatrième semaine de l’école de recrues, il a été affecté à la compagnie d’état-major des blindés, puis a occupé pendant trois ans le poste de chef de section d’échelon de conduite. Après l’Académie militaire, il est devenu officier de carrière au sein de la formation d’application blindée/artillerie et est actuellement détaché au Centre d’instruction des forces spéciales pour le développement des compétences en matière d’échelon de conduite et de transmission, ainsi que pour la constitution d’équipes au sein de la compagnie de soutien logistique de combat.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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EDG Leader's Digest Leader's Digest #26 Newsletter

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #25

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Dr Florian Demont, éthicien militaire à l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #25

Inspiré d’expériences personnelles

Vous êtes officier de l’Armée suisse, avec une expérience opérationnelle à l’étranger, et vous avez été détaché pour une année en Côte d’Ivoire. Vous avez beaucoup voyagé et vous pouvez affirmer que vous savez évoluer, dans des environnements culturels étrangers, avec assurance, courtoisie et sans agitation. Votre activité professionnelle sur place se déroule dans un centre ouest-africain de formation pour la paix et la sécurité. Vous pouvez vous déplacer librement dans le pays et bénéficiez en outre, en raison de votre statut diplomatique, d’une certaine protection. Après quelques semaines dans le pays, vous êtes encore en phase d’adaptation, mais vous vous sentez en sécurité, notamment grâce à l’amabilité des habitants. Malgré tout, les plaques diplomatiques facilitent le passage des postes de contrôle quotidiens (sans quoi il est souvent exigé, illégalement, de l’argent pour pouvoir repartir). La corruption est largement répandue et, du côté de l’ambassade, il n’existe aucune directive concernant les Rules of Behaviour (RoB ; règles de comportement).

Vous décidez d’entreprendre un voyage de reconnaissance dans le pays hôte afin de mieux connaître la culture et les différences locales. Pour des raisons de simplicité, d’accessibilité routière et de flexibilité, vous préférez voyager avec votre véhicule personnel. Vous avez largement pris en compte, dans votre itinéraire, les restrictions de voyage publiées par le DFAE pour certaines petites parties du pays, de sorte que l’évaluation des risques est également respectée. Comme vous collaborez étroitement avec l’ambassade, vous l’avez informée de l’itinéraire, dans l’esprit du « Blue Force Tracking ». L’ambassade a été surprise par l’itinéraire et s’est montrée quelque peu sceptique. Vos collègues ivoiriens au Centre ont pu vous conseiller utilement quant aux objectifs d’étape, et l’un d’entre eux vous accompagnera même durant cette reconnaissance.

En raison des contrôles de police récurrents, vous avez souvent discuté avec votre collègue (collaborateur civil des forces armées ivoiriennes) du comportement des agents corrompus, de l’éthique, de l’intégrité et de l’exemplarité. Vous avez clairement exprimé que, sur la base de vos valeurs, vous ne tolériez aucun acte de corruption ou assimilé.

Après quelques jours de voyage, lorsque vous entrez dans une grande ville située au nord, la circulation et la navigation se révèlent difficiles. Le GPS ne fonctionne pas de manière fiable et la destination ne peut pas être atteinte immédiatement. Vous décidez de faire demi-tour avec votre véhicule afin de vous rapprocher du centre-ville. Peu après votre manœuvre, deux agents en uniforme, vraisemblablement non armés, se placent devant votre voiture et vous empêchent d’avancer. La communication verbale est dure, exigeante, bruyante et nerveuse. Vous avez encore de la peine à interpréter correctement le comportement non verbal des personnes sur place. Vous réfléchissez à la manière de procéder, tandis que l’impatience de l’agent devient manifeste.

Remarques particulières :

  • Vous n’êtes ni l’un ni l’autre en uniforme. Votre collègue dans le véhicule reste calme et se contente d’indiquer qu’avec un peu d’argent liquide, la situation serait rapidement réglée.
  • Votre voiture reste bloquée, et plusieurs hommes, dans les environs, suivent la scène.
  • Vous avez légèrement baissé la vitre et vous tentez d’expliquer que vous travaillez pour l’ambassade de Suisse et que vous possédez un passeport diplomatique. Vous attirez l’attention sur la plaque diplomatique du véhicule. Les agents de sécurité ne comprennent pas ce que vous voulez dire.
  • L’agent exige 300 USD d’amende, sinon son supérieur et d’autres agents seront appelés. Les esprits semblent très échauffés.

Questions

  • Comment procédez-vous ?
  • Quelles sont vos réflexions quant à une possible escalade ?
  • Quelle est votre position face à la corruption illégale, en tant que pratique locale largement répandue ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #25

Le scénario présenté à un poste de contrôle routier ivoirien constitue une situation exigeant un équilibre délicat : préserver son intégrité morale (fidélité aux principes, lutte contre la corruption) tout en garantissant sa sécurité physique dans un environnement volatil et interculturel.

L’analyse du nombre record de 12 contributions montre que ni un relativisme moral aveugle ni un rigorisme éthique rigide ne sont appropriés. Ce qui est requis, c’est une sensibilité situationnelle, une capacité de désescalade et une réflexion moralement fondée et précise.

1re place : capitaine Steven Senn

Synthèse éthique et tactique remarquable

La contribution du cap Senn est évaluée comme la meilleure solution (18/20 points). Il résout le dilemme moral grâce à une différenciation conceptuelle particulièrement fine, combinée à un comportement tactique pertinent.

Justification et points forts :

•   Grande précision moral-philosophique (principe du double effet)

Le cap Senn résout le dilemme de la « corruption illégale » en appliquant implicitement la doctrine du double effet. Il distingue clairement entre corruption active (payer pour obtenir un avantage indu) et paiement sous contrainte (verser une somme pour éviter un dommage physique disproportionné). Par cette distinction, il ne renonce pas à ses principes, mais les adapte à la réalité d’une situation de contrainte.

•   Désescalade tactique («la bureaucratie comme bouclier»)

Au lieu de refuser frontalement, il exige, par l’intermédiaire de son collègue, une quittance officielle. Il s’agit d’un moyen éprouvé et non violent pour contrer des demandes illégales sans accuser directement les agents de corruption.

•   Leadership et délégation exemplaires

Il mobilise activement son collègue ivoirien comme intermédiaire culturel et conseiller (« reality check »), tout en conservant la responsabilité finale de la décision morale.

•   Transparence

Le classement de l’incident comme événement à signaler dans le cadre du « Blue Force Tracking » garantit l’intégrité institutionnelle a posteriori.

Mention spéciale : capitaine Raphael Iselin

Très bonne performance grâce à une pensée latérale

Le cap Iselin propose l’approche la plus créative et intellectuellement stimulante du panel (16/20 points). Sa contribution se distingue par une réflexion approfondie sur le rôle de l’officier suisse.

Points forts de l’approche :

•   Transformation créative du conflit

Le cap Iselin résout le problème de la corruption par une manœuvre interculturelle astucieuse : proposer, via le collègue ivoirien, d’engager spontanément les agents comme « guides » afin de trouver le centre-ville. Il transforme ainsi une extorsion illégale en prestation de service légitime. Les agents reçoivent une rémunération tout en préservant leur face devant les observateurs, tandis qu’Iselin paie pour une contrepartie réelle et préserve son intégrité.

•   Analyse approfondie de l’escalade

Il démontre une excellente compréhension de la dynamique de rue et identifie avec précision que l’objectif principal des agents n’est pas la violence, mais l’intimidation dans une logique économique.

(Remarque : seul point critique, une tolérance au risque personnelle élevée, acceptant potentiellement des violences physiques jusqu’à un seuil dangereux pour préserver ses principes.)

Approches problématiques

Les autres contributions révèlent plusieurs lacunes éthiques, tactiques et interculturelles qui, en situation réelle, pourraient conduire à des escalations critiques ou à une perte de crédibilité du commandement.

Ces approches peuvent être regroupées en plusieurs schémas problématiques :

1. Externalisation morale et faiblesse du leadership

Certaines solutions délèguent entièrement la négociation au collègue ivoirien, avec l’acceptation implicite qu’il paiera probablement un pot-de-vin. L’officier se décharge ainsi de sa responsabilité morale (« je n’ai pas corrompu moi-même »). Il ne s’agit pas d’une répartition culturelle des rôles, mais d’un transfert de responsabilité vers un subordonné.

2. Dogmatisme juridique et arrogance

Une tendance marquée consistait à se retrancher derrière le droit pénal suisse ou à exiger agressivement l’identité des agents afin de les « sortir de l’anonymat ». Cela méconnaît les rapports de force réels, place les agents sous pression devant un public et provoque une perte de face susceptible de dégénérer en violence.

3. Confrontation arrogante (« stratégie d’attente »)

Une autre approche consistait à menacer d’appeler immédiatement l’ambassadeur et à reprocher aux agents de ternir l’image de leur pays. Couplée à l’annonce que l’on pouvait attendre sur place devant la foule, cette posture constitue un jeu de pouvoir risqué, dépourvu de sensibilité interculturelle.

4. Éthique opportuniste et réactions impulsives

Certaines réponses révèlent un opportunisme moral : les principes sont maintenus tant qu’il n’y a pas de pression, puis abandonnés dès que la situation se tend. Particulièrement critique, l’idée d’accélérer brusquement pour fuir avec des personnes autour du véhicule, ce qui constitue une mise en danger irresponsable.

5. Incohérence intellectuelle

Certains ont tenté d’analyser la situation à l’aide de concepts issus de la théorie des jeux (jeu de coordination, maximisation de l’utilité), pour finalement conclure par un absolutisme moral rigide (« je ne pourrais pas vivre avec le fait de payer »). Si le cadre théorique ne soutient pas l’action pratique, la capacité d’agir s’effondre sous stress.

6. Naïveté et mentalité de repli

Parmi les approches les plus faibles figuraient le verrouillage du véhicule tout en plaquant le passeport diplomatique contre la vitre depuis l’intérieur, signalant à la fois peur et arrogance. De même, l’hypothèse selon laquelle des agents corrompus accepteraient volontairement de suivre un véhicule étranger jusqu’à un poste officiel relève d’une appréciation irréaliste de la situation.

Nous remercions tous les participants pour leurs contributions et félicitons le cap Steven Senn pour avoir remporté le livre du mois de mars, « Pearl Harbor: Japans Angriff und der Kriegseintritt der USA » de Takuma Melber.

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Leader's Digest Leader's Digest #25 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Mars 2026

Bulletin 2025 zur Schweizerischen Sicherheitspolitik

[CSS ETH, 2025, Lucas Renaud, Daniel Möckli et al.]

Das Bulletin 2025 zur Schweizerischen Sicherheitspolitik liefert eine Bestandesaufnahme angesichts der aktuellen globalen sicherheitspolitischen Entwicklungen. Es beleuchtet unter anderem die Bedeutung eines «Drohnen-Ökosystems» für die Schweiz, die Notwendigkeit der Weiterentwicklung des Bevölkerungsschutzsystems sowie die Rolle der Schweiz als Vorsitz in der Organisation für Sicherheit und Zusammenarbeit in Europa (OSZE). Zudem analysiert es die Herausforderungen und Chancen, die sich für das Labor Spiez aus dem Wandel des Umfelds und dem technologischen Fortschritt ergeben. Eröffnet wird das Bulletin mit einem Interview mit Bundesrat und VBS-Vorsteher Martin Pfister.

Link: https://css.ethz.ch/publikationen/bulletin-zur-schweizerischen-sicherheitspolitik/details.html?id=/b/u/l/l/bulletin_2025_on_swiss_security_policybu

Realising Societal Resilience for a Whole of Society Approach to Defence

[RUSI, 14.10.2025, Katharine A.M. Wright]

Open and democratic societies are inherently vulnerable to information warfare: influencing citizens’ votes can give foreign actors leverage over what should be domestic decisions. But resilience against disinformation is only one dimension of societal resilience—a broad concept spanning everything from citizens’ critical thinking to universities training enough doctors for potential mass-casualty events, to education that gives young adults a basic grasp of security policy and resilience. Wright argues that effective societal resilience depends on strong trust in government and on people feeling safe rather than preoccupied with other pressures. From this perspective, she highlights the UK’s housing and health crises as key factors undermining societal resilience.

Link: https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/commentary/realising-societal-resilience-whole-society-approach-defence

Why Mechanized Warfare Will Still Be Decisive in the Next Land War

[War on the Rocks, 02.01.2026, Scott Rutter, Matthew C. Paul]

Rutter and Paul argue that the war in Ukraine shows mechanised forces are not obsolete: they remain essential for seizing and holding ground. Their effectiveness, however, depends on operating within a “window of advantage”. On a sensor-saturated, drone-rich battlefield, tanks work only when commanders create brief windows through deception, ISR, electronic warfare, rapid breaching, and tightly synchronised fires. Platform upgrades alone are therefore insufficient. The authors call for shifting emphasis toward unmanned systems, EW, ISR, AI-enabled command and control, and logistics that can sustain short, violent mechanised thrusts.

Link: https://warontherocks.com/2026/01/why-mechanized-warfare-will-still-be-decisive-in-the-next-land-war/

Ten Jolting Takeaways from Trump’s New National Security Strategy

[War on the Rocks, 05.12.2025, Rick Landgraf]

This article gives a quick summary of the new National Security Strategy of the US, released in November 2025. Apart from being influenced by US domestic politics, it highlights how the strategy seeks to prioritise US influence in the Western hemisphere over influence in other regions, in what has been called the Trump Corollary to the Monroe Doctrine, or the “Donroe Doctrine”. In regards to Europe, the prioritisation of the Western hemisphere goes hand-in-hand with the US attitude towards European defence changing from an attempt at burden-sharing to burden-shifting.

Link: https://warontherocks.com/2025/12/ten-jolting-takeaways-from-trumps-new-national-security-strategy/

Faster Wars, Smarter Minds: Driving the Army’s Quiet Cognitive Revolution

[War on the Rocks, 02.09.2025, Milford Beagle Jr.]

Beagle’s core claim is that battlefield technology is advancing faster than human cognition can keep up—so building cognitive capacity is as important as investing in new systems. He frames AI as “additional intelligence”: a tool for synthesis and pattern-finding that expands what staffs can see and process, not an automatic decision-maker or a substitute for responsibility. The article argues that US professional military education is being redesigned to build that cognitive edge—by strengthening adaptive and creative thinking, using AI-enabled tools to personalise learning, and accelerating doctrinal updates. The aim is leaders who ask better questions, critically test machine outputs, and integrate new capabilities ethically and effectively.

Link: https://warontherocks.com/2025/09/faster-wars-smarter-minds-driving-the-armys-quiet-cognitive-revolution/

A Secure Europe Between Gaullism and ‘Daddy’

[CEPA, 08.07.2025, Roland Freudenstein]

Europe faces an aggressive neighbour in the East and a transatlantic partner that is unpredictable at best—and hostile at worst. Against this backdrop, Freudenstein argues that Europe should choose neither an anti-American, Gaullist path nor subservience to the US. Instead, he claims the most responsible course lies between these two extremes.

Link:https://cepa.org/article/a-europe-secure-between-gaullism-and-washington/


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par document.getElementById(« email-obfuscator-leadersdigest »).innerHTML= »r-znvy ».replace(/[a-zA-Z]/g,function(c){return String.fromCharCode((c=(c=c.charCodeAt(0)+13)?c:c-26);});[Activez JavaScript pour voir l’adresse e-mail].

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Leader's Digest Leader's Digest #25 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois: «Pearl Harbor: Japans Angriff und der Kriegseintritt der USA»

Quel est le message clé du livre ?

Melber raconte d’abord l’histoire avant la guerre, avec les longues négociations entre les États-Unis et le Japon et les manœuvres diplomatiques de 1941, puis les conflits politiques à Tokyo entre l’armée, la marine, le ministère des Affaires étrangères et les instances civiles, qui ont mené à une logique d’escalade. Il met ainsi fortement en avant le rôle de la diplomatie et ses limites, mais de manière plus analytique que programmatique, contrairement à la littérature appelant à la paix.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Il montre notamment que ce qu’on voit en ce moment dans la politique géopolitique et de sécurité internationale ressemble beaucoup à ce qui s’est passé à l’époque.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Pas du tout. C’est au lecteur de faire le lien avec la réalité d’aujourd’hui. Par exemple, le sujet de l’utilisation et de la disponibilité des moyens de communication et les possibilités d’échanger à tous les niveaux qui en découlent, c’est un tout autre défi aujourd’hui.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Pour ceux qui veulent comprendre la géopolitique dans son ensemble et la replacer dans un contexte historique.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Ça montre l’importance de la communication entre les départements et m’a fait comprendre à quel point il est important que je comprenne aussi les autres départements.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Même si une bonne partie du livre parle du commandement, je pense que le leadership est au cœur du sujet, parce que la façon de voir et de pratiquer le leadership est vraiment différente entre le gouvernement, la politique, la diplomatie et l’armée.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

La demande en matière de politique de sécurité pour plus de coopération et d’interopérabilité va forcément mener à plus de collaboration internationale et donc à des interdépendances. Ça va demander des efforts de conduite, par exemple pour prioriser les ressources ou le personnel.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Toute collaboration, c’est donner et recevoir. Pour moi, la plus grande opportunité, c’est ce qu’on reçoit, le potentiel (compétences et connaissances) de nos alliés, qui peut renforcer notre capacité de défense.


À propos de l’auteur de la recension

La carrière du lt col EMG André Stirnimann a commencé par un apprentissage de dessinateur en bâtiment, mais depuis l’école de recrues à Isone, il n’a plus voulu quitter sa tenue de combat. Depuis, il a suivi plusieurs cours, missions et détachements à l’étranger en tant qu’officier de carrière. Il est actuellement officier de liaison de l’armée auprès de l’OTAN au Commandement allié Transformation (Norfolk VA, États-Unis). André Stirnimann est marié et père de deux filles. En plus de la moto et du sport, il dessine des meubles et s’est récemment lancé dans l’artisanat du cuir.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #25 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #24

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; lt col EMG Patrick Hofstetter et Maj EMG Florian Schweizer désigneront ensuite les recommandations les plus pertinentes.

Jeu de décision de Leader’s Digest #24

Adversaire dans la zone d’intérêt

Intention présumée du régiment mécanisé 43 (ROUGE) :

  • Défend, sous couverture de combat avec des postes de campagne de la force d’une section sur la ligne WROGE (ND 61 61) – HÄTELER BERG (ND 67 62) – MÜDEN (ND 75 59 en dehors de la carte à l’EST),
  • avec deux bataillons mécanisés côte à côte, le bataillon mécanisé 431 à droite (notre fuseau d’attaque) et le bataillon mécanisé 432 à gauche, ici l’axe principal, en position 1, au nord de la ligne WIETZENDORF -FASSBERG, et deux bataillons en profondeur, le bataillon mécanisé 433 à droite en position 2 et le bataillon blindé 434 à gauche, au nord de la ligne WILDE BERGE (ND 62 69) – SUROIDE (ND 65 68) – OERREL (hors de la carte à l’est),
  • à partir de 020600Z nov xx pendant au moins 84 heures
  • afin de stopper l’attaque de la brigade blindée 13 (BLEU) – condition préalable pour garder ouverts les passages ELBESEITENKANAL (loin au nord-est).

Adversaire dans la zone de responsabilité

Intention présumée du bataillon mécanisé 431 (potentiel de combat restant 35 %, total 8 VCI BMP-2) :

  • Défend avec deux compagnies mécanisées réduites, effort principal à droite, en position 1 du régiment mécanisé 43, dans le secteur de part et d’autre de WIETZENDORF, sous sûreté de combat assurée par des postes avancés près de WROGE et HÄTELER BERG, afin de stopper l’attaque de la brigade de grenadiers mécanisés 13.

Moyens propres

4e compagnie de grenadiers de chars 132

  • 3 sections de grenadiers de chars avec véhicule de combat d’infanterie PUMA et MELLS (MELLS = missile antichar guidé, portée jusqu’à 5 km)
  • Effectif débarqué de 24 militaires par section de grenadiers de chars (le chef de section débarqué commande l’ensemble de la section)

La compagnie est entièrement apte au combat, ravitaillée en munitions, et vient de franchir la ligne de départ.

Mission

4e compagnie du bataillon de grenadiers de chars 132 (à l’EST)

  • Marche d’approche en empruntant l’itinéraire d’approche B.
  • Attaque en tête, effort principal à droite.
  • Perce les éléments de sûreté dans le secteur de HÄTELER BERG.
  • S’empare des franchissements WIETZE.
  • S’empare de l’objectif intermédiaire 1 du bataillon à l’EST de WIETZENDORF.
  • Est ensuite suivie par la 2e compagnie du bataillon de chars 133, effort principal à droite, le long de la ligne HAUSMANNSHÖHE (69/69) – ILSTER (au NORD, hors carte) – EHLBEK (au NORD, hors carte) – REHLINGEN (au NORD, hors carte).
  • Se prépare à arrêter, dans le secteur HAUSMANNSHÖHE, une contre-attaque du régiment mécanisé 43, en coordination avec des feux à trajectoire courbe et des barrages de mines dispersées.
  • S’empare de l’objectif d’attaque du bataillon.
  • Se prépare, sur l’objectif d’attaque du bataillon (AMELINGHAUSEN, loin au NORD), à occuper les positions 3.1 à 3.4.

Environnement

Le secteur au sud de WIETZENDORF est divisé en deux par le WIETZENDORFER MOOR et le GROSSES MOOR. Un axe d’attaque sur routes revêtues n’est possible à l’OUEST que par la B3 (route fédérale 3) et à l’EST que par la K12 (route de district 12) ou la K43 (route de district 43). Deux ponts porteurs se trouvent à l’EST de WIETZENDORF, l’un sur la K12 et l’autre sur la K43, tous deux MLC 100 (classe de charge militaire 100 tonnes). En novembre, en NIEDERSACHSEN, la météo apporte beaucoup de pluie et de brouillard. Le sol est détrempé et les forêts autour du HÄRTELER BERG sont difficilement praticables pour les matériels lourds.

Conditions temporelles

Le commandant de bataillon attend de vous que, dans les 90 prochaines minutes, vous ayez établi les franchissements de la WIETZE et engagé l’attaque sur l’objectif intermédiaire du bataillon.

Question

Quelle est votre décision en tant que commandant de compagnie ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #24

Le Decision Game #24 a reçu un nombre record de huit réponses, même si le sujet était un peu plus compliqué que d’habitude pour beaucoup de lecteurs à cause du terrain allemand et de la terminologie allemande. On n’aurait pas pu faire l’appréciation de toutes les réponses à temps sans l’appui de l’auteur, le Maj EMG Florian Schweizer, qu’on remercie encore une fois.

Comme d’habitude, nous ne donnons pas de « solution d’école », mais nous discutons des trois meilleures réponses. On a divisé la question « Quelle est votre décision ? » en trois parties : la situation a-t-elle été bien comprise ? La décision est-elle faisable sur le plan tactique ? L’intention formulée peut-elle être transformée en un ordre cohérent ?

La première place revient au Cap Damien Bordier. Sa réponse était globalement la plus solide. Ce ne sont pas seulement la concision et la précision qui ont été déterminantes, mais surtout l’appréciation tactique. Il évalue correctement le rapport de forces, tient compte de la capacité de l’adversaire à poser des mines et réfléchit au combat dynamique de l’avant-poste. Son intention est réalisable, compréhensible et cohérente :

Je veux:

  • dans une 1ère phase, avec une section, prendre les hauteurs de HÄTELER BERG et préparer un appui feu sur les ponts 01 et 02
  • Dans une 2ème phase, avec 2 sections en même temps, prendre les ponts 01 et 02
  • Dans une 3ème phase, avec 2 sections, attaquer l’objectif intermédiaire WIETZENDORF depuis l’est en passant le pont 02
  • Dans une dernière phase, laisser passer BRAVO, réorganiser et me préparer à bar-rer à la hauteur de HAUSMANNS HÖHE (nouvelle donnée d’ordre).

Ce qui est particulièrement convaincant, c’est qu’il ne se concentre pas seulement sur la prise des ponts, mais garde aussi à l’esprit la poursuite du combat.

Ses ordres à la compagnie sont aussi clairs et concis. La structure des phases est compréhensible, les ordres et les intentions sont cohérents, le langage tactique est précis. Nous voyons principalement deux points à améliorer : premièrement, l’artillerie aurait pu être mieux intégrée dans sa réflexion. Deuxièmement, il faut noter que prendre deux ponts en même temps avec deux sections représente un défi. Cela ne change toutefois rien au fait qu’il s’agissait de la solution globale la plus convaincante.

Le lieutenant Maxime Rinderknecht arrive en deuxième position. Sa proposition était super courte, presque trop parfois, mais elle a convaincu sur plusieurs points. Les points clés de l’appréciation sont bien compris, et la volonté de développer différentes variantes mérite aussi d’être soulignée. Il faut aussi souligner la créativité de l’approche, le baptême du terrain avec une valeur ajoutée évidente pour les subordonnés et le dialogue tactique intégré à la fin.

En même temps, on voit aussi des limites claires. L’approche d’infiltration choisie peut sembler intéressante à première vue, mais elle ne tient pas assez compte de la pression du temps du commandant de bataillon. Quand on dispose d’environ 90 minutes maximum pour franchir les passages, on ne peut pas se permettre une infiltration à pied qui prend du temps. À cela s’ajoute une analyse insuffisante du terrain. Le combat debarqué proposé sur le terrain ouvert est peu approprié dans ce secteur, c’est pourquoi la division de la compagnie en éléments montés et débarqués n’est guère efficace. Dans l’ensemble, il s’agit d’une contribution intéressante et complète, avec de bonnes idées, mais sans la rigueur tactique du premier classé.

La troisième place revient au capitaine Raphael Iselin. Son travail était très détaillé et il a pris la peine de développer trois variantes et d’étudier activement le terrain. Le point fort choisi est aussi en gros le bon, et certains éléments, comme la demande à l’artillerie, sont bien pensés en soi.

Mais ce qui fait qu’il est moins bien classé, c’est une erreur de base dans l’évaluation de l’adversaire. Il surestime clairement les forces adverses dans le secteur d’engagement. Le bataillon mécanisé ne défend plus WIETZENDORF avec quatre sections, mais seulement avec environ deux sections et demie, selon les pertes supposées. L’avant-poste devrait aussi faire l’objet d’une appréciation plus petite. Cette erreur de départ se retrouve dans toute la solution et ne peut plus être rattrapée par la suite. En plus, le langage tactique reste souvent imprécis et l’intention n’est pas clairement définie. Sa contribution montre un travail de réflexion, mais reste clairement en retrait par rapport aux deux premiers en termes de densité tactique.

Juste derrière le podium, à la quatrième place, on retrouve d’ailleurs un officier de la Bundeswehr qui a travaillé de manière rigoureuse, avec une grande précision linguistique et, dans l’ensemble, de manière très claire. Selon nous, seule l’absence d’ordre complet l’a empêché de remporter ce jeu de décision.

Comme d’habitude, le gagnant remporte le livre du mois, «La règle ? Pas de règles ! Netflix et la culture de la réinvention» de Reed Hastings et Erin Meyer. La première place est également récompensée par un ensemble de symboles tactiques (compagnie de grenadiers de chars). La deuxième place est récompensée par un set de symboles tactiques représentant une section de grenadiers de chars, et la troisième place par un set de véhicules pour la représentation de la situation (section de grenadiers de chars bleue). Les trois prix supplémentaires ont été sponsorisés par TACSYMBOLS.CH – merci beaucoup.

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Leader's Digest Leader's Digest #24 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Février 2026

Stratos 2/2025

[Schweizer Armee, 30.10.2025]

Das neue Stratos ist da! Diese Ausgabe des zweimal jährlich erscheinenden Magazins der Schweizer Armee beschäftigt sich mit Human Security (HUMSEC). Durch die veränderte geopolitische Lage und die zunehmende Urbanisierung der Schweiz gewinnt der Schutz der Zivilbevölkerung in einem potenziellen bewaffneten Konflikt an Bedeutung. Insbesondere lesenswert ist hierzu das Interview mit Brigadier Christian Arioli (S. 88), aber auch die Beiträge zu Führungskonzepten der Schweizer Armee im internationalen Vergleich (S. 43), Leistungsoptimierung und Substanzmissbrauch in der Armee (S. 50), zivil-militärischer Zusammenarbeit (S. 95) sowie Bevölkerungsschutz im bewaffneten Konflikt (S. 102).

Link: https://www.vtg.admin.ch/de/stratos

Sechs Jahre an der Frontlinie der Verantwortung

[Schweizer Armee Podcast, 02.12.2025]

In diesem Gespräch spricht der ehemalige Chef der Armee, KKdt Thomas Süssli, offen darüber, wie er diese Jahre erlebt hat: über Entscheidungen unter Druck, über Kritik und Verantwortung, über Momente der Unsicherheit und darüber, was gute Führung in schwierigen Zeiten ausmacht. KKdt Süssli schildert die grösste Mobilmachung der jüngeren Geschichte der Schweizer Armee, erzählt vom Morgen des 24. Februar 2022, von der Herausforderung, stets präsent zu sein und von der Kunst, im richtigen Moment innezuhalten. Zugleich zeigt er, warum Realismus, Vorbereitung und eine starke Milizarmee unverzichtbar sind.

Link: https://youtube.com/watch?v=eOs0pV3fFTo

Risk and Resilience Report: The Strategic Value of Civil Protection Exercises

[CSS ETH, 09.2025, Jurgena Kamberaj, Simon Aebi]

Civil protection exercises are usually treated as operational training, but this report argues they also have strategic value, for example by creating political momentum for reforms. For the Swiss Armed Forces, exercises are one of the few practical ways to test and improve the state of information sharing, logistics and civil-military cooperation.

Link: https://css.ethz.ch/en/publications/risk-and-resilience-reports.html

The World in 2026

[Chatham House, 15.12.2025, Orysia Lutsevych]

This big-picture report of a British think tank considers 14 factors which are likely to shape 2026. They range from wars and conflicts in Ukraine and the Middle East to AI, Trump, health, nuclear weapons and political polarisation. Without a doubt, reading this wide-angle article will help its reader understand and compartmentalise the developments to occur in 2026.

Link: https://www.chathamhouse.org/publications/the-world-today/2025-12/world-2026

The Battle of Shusha City and the Missed Lessons of the 2020 Nagorno-Karabakh War

[Modern War Institute, 14.07.2021, John Spencer, Harshana Ghoorhoo]

This case study looks at the battles over control of the city of Shusha/Shushi in the Southern Caucasus. The city is situated on a hill and surrounded by mountainous terrain. Both Armenia and Azerbaijan have strong cultural ties to the city. After the Soviet Union broke apart, Armenia took control of the city in 1992. Azerbaijani forces launched an offensive on the Karabakh/Artsakh region in 2020, and the city changed hands. This article investigates the reasons that made the Armenian defences fail and what made the Azerbaijani offensive succeed and thereby provides valuable lessons on the conduct of urban warfare.

Link: https://mwi.westpoint.edu/the-battle-of-shusha-city-and-the-missed-lessons-of-the-2020-nagorno-karabakh-war/

Strategic Competition in the Age of AIEmerging Risks and Opportunities from Military Use of Artificial Intelligence

[RAND, 06.09.2024, James Black et al.]

In this comprehensive, 144-page RAND report, the authors investigate the risks and opportunities that come with integrating AI into the armed forces. The authors note that by facilitating deep fakes, enabling non-state actors and through managing nuclear arsenals, the application of AI in defence could potentially have catastrophic consequences. To guard against this threat, the authors suggests that knowledge of AI’s risks should be more thoroughly researched, and awareness of AI’s risks should be increased. Moreover, reminiscent of arms control, the authors suggest that military AI use should be transparent and regulated on an international scale. The link leads you to a summary page, there you can download the full report.

Link: https://www.rand.org/pubs/research_reports/RRA3295-1.html


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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