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Leader's Digest Leader's Digest #24 Newsletter

Update Conduite : Février 2026

Stratos 2/2025

[Schweizer Armee, 30.10.2025]

Das neue Stratos ist da! Diese Ausgabe des zweimal jährlich erscheinenden Magazins der Schweizer Armee beschäftigt sich mit Human Security (HUMSEC). Durch die veränderte geopolitische Lage und die zunehmende Urbanisierung der Schweiz gewinnt der Schutz der Zivilbevölkerung in einem potenziellen bewaffneten Konflikt an Bedeutung. Insbesondere lesenswert ist hierzu das Interview mit Brigadier Christian Arioli (S. 88), aber auch die Beiträge zu Führungskonzepten der Schweizer Armee im internationalen Vergleich (S. 43), Leistungsoptimierung und Substanzmissbrauch in der Armee (S. 50), zivil-militärischer Zusammenarbeit (S. 95) sowie Bevölkerungsschutz im bewaffneten Konflikt (S. 102).

Link: https://www.vtg.admin.ch/de/stratos

Sechs Jahre an der Frontlinie der Verantwortung

[Schweizer Armee Podcast, 02.12.2025]

In diesem Gespräch spricht der ehemalige Chef der Armee, KKdt Thomas Süssli, offen darüber, wie er diese Jahre erlebt hat: über Entscheidungen unter Druck, über Kritik und Verantwortung, über Momente der Unsicherheit und darüber, was gute Führung in schwierigen Zeiten ausmacht. KKdt Süssli schildert die grösste Mobilmachung der jüngeren Geschichte der Schweizer Armee, erzählt vom Morgen des 24. Februar 2022, von der Herausforderung, stets präsent zu sein und von der Kunst, im richtigen Moment innezuhalten. Zugleich zeigt er, warum Realismus, Vorbereitung und eine starke Milizarmee unverzichtbar sind.

Link: https://youtube.com/watch?v=eOs0pV3fFTo

Risk and Resilience Report: The Strategic Value of Civil Protection Exercises

[CSS ETH, 09.2025, Jurgena Kamberaj, Simon Aebi]

Civil protection exercises are usually treated as operational training, but this report argues they also have strategic value, for example by creating political momentum for reforms. For the Swiss Armed Forces, exercises are one of the few practical ways to test and improve the state of information sharing, logistics and civil-military cooperation.

Link: https://css.ethz.ch/en/publications/risk-and-resilience-reports.html

The World in 2026

[Chatham House, 15.12.2025, Orysia Lutsevych]

This big-picture report of a British think tank considers 14 factors which are likely to shape 2026. They range from wars and conflicts in Ukraine and the Middle East to AI, Trump, health, nuclear weapons and political polarisation. Without a doubt, reading this wide-angle article will help its reader understand and compartmentalise the developments to occur in 2026.

Link: https://www.chathamhouse.org/publications/the-world-today/2025-12/world-2026

The Battle of Shusha City and the Missed Lessons of the 2020 Nagorno-Karabakh War

[Modern War Institute, 14.07.2021, John Spencer, Harshana Ghoorhoo]

This case study looks at the battles over control of the city of Shusha/Shushi in the Southern Caucasus. The city is situated on a hill and surrounded by mountainous terrain. Both Armenia and Azerbaijan have strong cultural ties to the city. After the Soviet Union broke apart, Armenia took control of the city in 1992. Azerbaijani forces launched an offensive on the Karabakh/Artsakh region in 2020, and the city changed hands. This article investigates the reasons that made the Armenian defences fail and what made the Azerbaijani offensive succeed and thereby provides valuable lessons on the conduct of urban warfare.

Link: https://mwi.westpoint.edu/the-battle-of-shusha-city-and-the-missed-lessons-of-the-2020-nagorno-karabakh-war/

Strategic Competition in the Age of AIEmerging Risks and Opportunities from Military Use of Artificial Intelligence

[RAND, 06.09.2024, James Black et al.]

In this comprehensive, 144-page RAND report, the authors investigate the risks and opportunities that come with integrating AI into the armed forces. The authors note that by facilitating deep fakes, enabling non-state actors and through managing nuclear arsenals, the application of AI in defence could potentially have catastrophic consequences. To guard against this threat, the authors suggests that knowledge of AI’s risks should be more thoroughly researched, and awareness of AI’s risks should be increased. Moreover, reminiscent of arms control, the authors suggest that military AI use should be transparent and regulated on an international scale. The link leads you to a summary page, there you can download the full report.

Link: https://www.rand.org/pubs/research_reports/RRA3295-1.html


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par document.getElementById(« email-obfuscator-leadersdigest »).innerHTML= »r-znvy ».replace(/[a-zA-Z]/g,function(c){return String.fromCharCode((c=(c=c.charCodeAt(0)+13)?c:c-26);});[Activez JavaScript pour voir l’adresse e-mail].

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Leader's Digest Leader's Digest #24 Newsletter

Livre du mois: «La règle? Pas de règles! Netflix et la culture de la réinvention»

Quel est le message clé du livre ?

Le livre décrit la culture d’entreprise radicale de Netflix, qui mise sur la liberté, la responsabilité individuelle et la transparence. Au lieu de règles et de processus stricts, Netflix mise sur un environnement dans lequel les collaborateurs disposent d’une grande marge de manœuvre et assument des responsabilités.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Il a le courage de remettre radicalement en question les règles traditionnelles de conduite et fournit des exemples concrets montrant comment une culture de confiance et de responsabilité individuelle favorise l’innovation. Les aspects liés à la culture de confiance sont pour moi particulièrement importants dans le contexte militaire.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Oui, l’accent mis sur l’ouverture et la liberté radicales pourrait ne pas être facilement transposable dans d’autres organisations, en particulier dans les domaines hiérarchiques ou critiques pour la sécurité, comme l’armée.

À qui s’adresse votre recommandation ?

À tous les cadres qui repensent leur culture d’entreprise ou travaillent dans des organisations qui souhaitent devenir plus agiles, innovantes et autonomes.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Cela incite à réfléchir à la mesure dans laquelle on peut accorder une certaine responsabilité individuelle dans le domaine militaire. Tous les principes ne sont pas transposables, mais l’idée fondamentale qui consiste à privilégier la confiance plutôt que le contrôle est également source d’inspiration dans le quotidien du commandement militaire.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Clairement le leadership, car il s’agit de changement culturel, de confiance, de responsabilité et de développement humain.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Trouver le juste milieu entre la hiérarchie/discipline nécessaire et davantage de responsabilité individuelle et d’innovation. Au final, il s’agit de passer du management au leadership dans un champ de bataille en constante évolution.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Dans la possibilité d’exploiter davantage le potentiel et la créativité des membres de l’armée grâce à une confiance ciblée et à moins de micromanagement.


À propos de l’auteur de la recension

Maj EMG Florian Schweizer est un ancien banquier privé. Il a effectué son instruction de base comme grenadier mécanisé de l’Armée suisse. Officier de carrière au sein du Centre d’instruction des troupes blindées et de l’artillerie, il sert actuellement comme officier d’échange à l’École des troupes blindées en Allemagne et poursuit en parallèle un master en gestion des ressources humaines. Pendant ses loisirs, il aime passer du temps avec sa famille avec deux enfants, pratiquer la randonnée, encadrer des groupes de marche, jouer au hockey sur glace et s’adonner à des jeux de stratégie.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #23

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Dr Florian Demont, éthicien militaire à l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #23

Un pays partenaire européen demande à la Suisse de lui apporter son appui à court terme dans le cadre d’un exercice de défense à grande échelle. La situation en matière de politique de sécurité est tendue, les activités hybrides se multiplient et l’opinion publique observe chaque mouvement militaire avec une sensibilité accrue. L’armée dispose des moyens et des compétences nécessaires, mais un engagement entraînerait plusieurs conséquences. Une participation renforcerait la coopération internationale et améliorerait le savoir-faire national. En même temps, elle pourrait susciter la controverse sur le plan intérieur, car une partie de la population voit d’un œil critique une plus grande visibilité de la Suisse en matière de politique de sécurité.

Au niveau du commandement de l’armée, un dilemme se pose. L’armée doit-elle apporter son appui à l’exercice et ainsi envoyer un signal clair de sa disponibilité, comme le demande Bauer dans son livre [If You Want Peace, Prepare for War: A Blueprint for Deterrence] ? Ou doit-elle faire preuve de retenue afin d’éviter des tensions politiques internes et de ne pas peser inutilement sur la conception de la neutralité ?

Questions

Comment justifies-tu ta décision auprès des responsables politiques, de la troupe et du public ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #23

Chères lectrices, chers lecteurs,

Notre EDG #23 a reçu un très bon accueil. Les contributions montrent que la question de la volonté de coopération dans un contexte tendu en matière de politique de sécurité touche au cœur de notre identité actuelle. Le dilemme entre l’appel à la dissuasion (tel que l’amiral Bauer le décrit comme un précieux moteur) et la prise en compte des sensibilités politiques internes a fait l’objet d’une analyse approfondie et plusieurs propositions de solutions d’excellente qualité ont été formulées.

Une chose est claire : dans ce contexte, la conduite ne consiste pas à appliquer un « modèle » statique ou à se cacher derrière des dogmes rigides. Il s’agit plutôt d’une tâche de conduite permanente et très dynamique, qui consiste à rééquilibrer sans cesse les impératifs militaires, notre neutralité politique et l’acceptation sociale dans une situation qui ne cesse de s’aggraver. Aujourd’hui, ceux qui dirigent doivent être capables de concilier les dures réalités opérationnelles – telles que la portée transfrontalière des systèmes d’armes modernes – avec les attentes sensibles d’un public démocratique. Cela nécessite non seulement des compétences tactiques, mais aussi une vision stratégique qui comprenne que la crédibilité militaire à l’extérieur est indissociable de la légitimité politique à l’intérieur. Seule cette gestion active et constante de la marge de manœuvre permet de garantir la capacité de défense sans compromettre le consensus social et la confiance dans l’armée.

Le gagnant : le capitaine Raphael Iselin – l’excellence par la synthèse

Après une évaluation minutieuse, la contribution du capitaine Raphael Iselin s’est avérée la plus convaincante. La qualité de ce projet réside dans la synthèse entre profondeur opérationnelle et maturité institutionnelle. Iselin soutient que la compétence militaire et le sens des responsabilités politiques ne sont pas contradictoires, mais se conditionnent mutuellement afin de rester capable d’agir dans un contexte de menaces complexes.

  • Déduction logique de la coopération : Iselin rompt avec les slogans superficiels et justifie la nécessité de la coopération internationale de manière cohérente à partir de la réalité physique des conflits modernes. À une époque où les armes à longue portée, les cyberopérations et les menaces hybrides ne connaissent plus de frontières nationales au sens classique du terme, la séparation purement géographique est souvent caduque sur le plan opérationnel. Iselin souligne que, par exemple, la défense aérienne moderne ou la protection des infrastructures critiques ne sont efficaces que si elles sont pensées et mises en pratique de manière interconnectée au sein même de l’espace européen. Dans ces conditions, un isolement militaire total ne signifierait pas la souveraineté, mais une perte massive d’efficacité opérationnelle, de profondeur de reconnaissance et de temps d’alerte précoce. Cette analyse honnête des sphères transfrontalières fournit la base technique nécessaire sur laquelle la politique peut et doit s’appuyer pour prendre des décisions viables.
  • La norme de communication de l’honnêteté opérative : un autre aspect central est la compréhension qu’a Iselin de l’interaction entre l’armée et la politique. L’article montre clairement que l’armée n’agit pas de manière autonome, mais doit préparer son expertise de manière à ce que l’exécutif politique – en la personne du conseiller fédéral compétent – soit en mesure d’agir et de communiquer. Iselin définit ici une nouvelle norme d’honnêteté opérationnelle : au lieu de se contenter de rassurer le public ou de présenter les actions militaires comme des actes purement technocratiques, le projet mise sur la transparence et l’exploration active. En fournissant aux responsables politiques les faits et les scénarios nécessaires, les experts militaires peuvent leur permettre de communiquer de manière crédible à la population le sens des exercices et des coopérations. Cette approche renforce la résilience démocratique, car elle fonde la confiance des citoyens sur une compréhension approfondie de la situation en matière de sécurité et positionne l’armée comme un partenaire fiable de la société.

Mention spéciale : rigueur stratégique et innovation pragmatique

Deux autres contributions méritent d’être saluées pour leurs perspectives spécifiques :

  1. Maj EMG Florian Schweizer : Son argument de cohérence est une contribution essentielle à l’ancrage politique. Il souligne qu’il serait stratégiquement contradictoire de soutenir des sanctions économiques, mais de se réfugier dans l’isolement par crainte de la neutralité dans le domaine de la formation militaire, qui est au cœur de notre prévoyance. L’armée est ici considérée comme un élément cohérent de la stratégie globale de la Suisse.
  2. Lt Maxime Rinderknecht : il propose une approche pragmatique en mettant l’accent sur l’aptitude à la milice. La proposition d’organiser la participation sur une base volontaire (en se référant à des exemples tels que TRIAS-25) est un moyen intelligent d’accroître le professionnalisme de nos formations de milice tout en garantissant l’acceptation politique interne par la motivation plutôt que par la contrainte.

Conclusion et réflexion

Ce document n’était pas un simple exercice intellectuel purement académique, mais un petit exercice de communication stratégique axé sur la réalité. Il nous invite à réfléchir au rôle de l’armée suisse dans le débat public et, surtout, à aborder la question de la responsabilité de l’interprétation des impératifs de la politique de sécurité. L’armée suisse ne doit pas se cantonner au rôle d’« artisan de la défense » qui se contente d’exécuter techniquement des ordres. Elle doit plutôt agir en tant que fournisseur indispensable d’expertise, qui traduit et traite les réalités militaires complexes et souvent inconfortables de manière à ce qu’elles puissent être communiquées de manière factuellement correcte dans l’arène politique et largement prises en compte dans la formation de l’opinion publique.

Cette tâche est existentielle : sans une compréhension approfondie de la population quant aux menaces modernes – des attaques hybrides aux systèmes d’armes transfrontaliers –, la base de tout effort de défense s’érode à long terme. Il doit y avoir une compréhension largement partagée du fait que la capacité de défense n’est pas en contradiction avec l’ouverture démocratique, mais qu’elle en est le bouclier.

Il n’existe pas de solution miracle qui permette de résoudre d’un seul coup toutes les tensions entre la tradition de neutralité et la coopération opérationnelle. Mais c’est précisément dans cette incertitude que réside un devoir professionnel : nous devons à l’État et au public une analyse honnête et sans concession de la situation, et aux troupes une capacité d’action rapide et résolue. Seuls ceux qui supportent les contradictions de notre époque et les surmontent par la communication peuvent garantir la sécurité dans un monde instable.

Nous remercions tous les participants pour leurs contributions et félicitons le capitaine Raphael Iselin pour son excellent article. Nous vous souhaitons une agréable lecture de « If you want peace, prepare for war » de l’amiral Rob Bauer.

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Update Conduite : Decembre 2025

Auftrag. Mensch. Organisation. Führung zwischen Chaos und Perfektion.

[Verlag NZZ Folio, Patrick Hofstetter, Thomas Vogel und Reto Wegmann, 8. Dezember 2025]

Unter dem Dreiklang «Auftrag – Mensch – Organisation» verbinden die Autoren militärische Führungsprinzipien mit den Herausforderungen ziviler Organisationen und machen sie für den Alltag von Führungskräften nutzbar. Der kompakte Ratgeber präsentiert ihre persönlichen Erfahrungen anhand eines fiktiven Charakters, dem Oberleutnant Lukas Weber. Lukas ist Startup-Gründer, ETH Zürich-Abgänger, Milizoffizier, Freizeitmusiker. Er nutzt Tipps und Tricks aus seiner Führungsausbildung in der Schweizer Armee, um sich durch das Chaos seines Lebens zu kämpfen. Damit soll das Werk nicht nur hilfreich, sondern auch unterhaltsam zu lesen sein. Das Command-Leadership-Management-Modell und der OODA-Loop dienen dabei als robuste Orientierung: von der Problemerfassung über die Auftragsanalyse bis hin zu Lagemeetings, Kulturarbeit und persönlicher Stressregulation. Wer seine Führung zwischen Chaos und Perfektion bewusster gestalten will, findet in diesem Buch eine verständliche und zugleich anspruchsvolle Grundlage für den eigenen Führungsalltag – egal, ob Bereichsleiterin, Zugführer oder Projektverantwortliche.

Link: https://www.nzz-libro.ch/Auftrag.-Mensch.-Organisation.-978-3-03980-033-9

The Wartech Nexus – Are Military Structures Fit Enough?

[Defence Horizon Journal, 12.06.2025, Bernhard Schulyok, Lukas Grangl]

In this journal article, the authors argue that to stay effective, armed forces need the ability to integrate technological innovation quickly and effectively. Militaries’ institutional tendency to favour a purely conservative approach puts them at risk as they are unprepared if a potential enemy uses technological innovation to his advantage. Therefore, the authors see «institutional fitness», the military’s ability to change, as crucial. Their suggested path towards institutional fitness includes decentralised decision-making, public-private partnerships and cultural transformation. A valuable read.

Link: https://tdhj.org/blog/post/wartech-military-innovation/

Defense Secretary Pete Hegseth’s War with the Rules of Engagement

[Just Security, 09.10.2025, Daniel Maurer]

U.S. defense secretary Pete Hegseth, leader of the renamed Department of War, has repeatedly called for Rules of Engagements to be lifted, so that the hands of U.S. soldiers could be « untied ». He wants the U.S. Armed Forces to focus on lethality to be victorious, ignoring various other factors that contribute to military success, such as having a coherent (military) strategy that meaningfully bridges the existing means to the desired ends. The article notes how Hegseth’s denigration of the RoE risks encouraging lawlessness within the U.S. Armed Forces. As President Trump is deploying the National Guard domestically, such lawlessness can impact U.S. citizens not just peripherally, but directly. 

Link: https://www.justsecurity.org/122191/hegseths-war-rules-engagement/

When the Campaign Meets the City: Urban Battles and the Operational Level of War

[Modern War Institute, Alec Wahlman, 07.09.2020]

The author uses an example of a potential Russian advance on Warsaw to show how seemingly minor tactical successes can have operational-level effects. He then argues that the tactical level is not to be seen as divorced from the operational level of war, but rather that both should be connected meaningfully to serve the broader military strategic goals effectively.

Link: https://mwi.westpoint.edu/when-the-campaign-meets-the-city-urban-battles-and-the-operational-level-of-war/

Building Trust in Military AI Starts with Opening the Black Box

[War on the Rocks, 12.08.2025, Roy Lindelauf & Herwin Meerveld]

As the capabilities of AI are advancing, many pundits have already argued for a rapid integration of AI into the armed forces. Yet the authors of this article argue that if militaries’ AI adoption is hastened, they risk investing into AI-solutions that aren’t a solution at all. Moreover, over-reliance on AI carries its own risks, as does the skipping of answering ethical questions before deploying AI within the armed forces. The authors therefore argue that militaries should adopt AI, yet do so in a systematic and thought-out manner and not in haste. They propose that increasing AI literacy within the armed forces as well as within the defence sector can serve as a first step and will help militaries adopt AI systematically whilst also helping to mitigate the risks associated with AI-use in defence.

Link: https://warontherocks.com/2025/08/building-trust-in-military-ai-starts-with-opening-the-black-box/

Dispersed, Disguised, and Degradable The Implications of the Fighting in Ukraine for Future U.S.-Involved Conflicts

[RAND, 22.05.2025, Mark Hvizda et al.]

The authors of this RAND report look at the Russian War in Ukraine and which lessons can be drawn from it for future conflicts. Both the tactical and the operational level of war are investigated. The report addresses UAS and precision-mass strikes, how the gap between UAS and cruise missiles is shrinking, why offensive operations have become even more challenging, and why air superiority remains critical. The link leads you to a summary page, there you can download the full report.

Link: https://www.rand.org/pubs/research_reports/RRA3141-2.html

Drift or Abandonment? Exploring How US Domestic Politics and External Realities May Affect US Security Engagement in Europe 2025-2029

[Swedish Defence Research Agency, 09.09.2025, Alin Aronsson, Björn Ottosson]

As a reaction to the Trump administration’s chaotic behaviour and ever-changing approach to European security, the authors of this study analyse possible U.S. defence postures in Europe during Trump’s second term (2025–2029). They outline four scenarios: Policy Drift (gradual change), Bilateralisation (fragmented ties to Europe on a country-by-country basis), Asia First (abrupt Indo-Pacific pivot), and Abandonment (U.S. withdrawal from NATO). All scenarios involve reduced American military presence, creating risks for NATO cohesion and European security. The study urges European leaders to address these risks by strengthening interoperability and strategic cooperation to move towards strategic autonomy. A crucial first step towards autonomy would be compensating for existing European capability gaps of capabilities which for now only the U.S. armed forces can adequately provide, such as ISR (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance), missile defence and long-range strike capabilities. The full report can be downloaded on the following page.

Link: https://www.foi.se/en/foi/reports/report-summary.html?reportNo=FOI-R–5777–SE

Breaking NATO’s Cult of the Urban Offense

[Modern War Institute, 16.08.2025, John Spencer et al.]

This article draws an interesting connection between the Allies’ struggle to liberate Nazi-occupied Europe and today’s focus of Western armies on the urban offense. John Spencer, Stuart Lyle and Jayson Geroux argue that this focus on the urban offense is not justified anymore in today’s context, and that training for urban defence should be prioritised. They conclude that “[o]ffense and defense are not opposites. They are interdependent. To focus on only one is to plan for failure.”

Link: https://mwi.westpoint.edu/breaking-natos-cult-of-the-urban-offense/


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Leader's Digest Leader's Digest #23 Newsletter

Livre du mois: «If You Want Peace, Prepare for War»

Quel est le message clé du livre ?

Le livre montre clairement que la paix ne vient pas toute seule. La paix nécessite une préparation. Bauer décrit comment la puissance militaire, la détermination politique et une société résiliente interagissent. Il montre que la sécurité n’est pas uniquement du ressort de l’armée. Toute la société doit être capable et prête à se défendre. Les États doivent prendre les risques au sérieux et agir à temps. C’est la seule façon de préserver la prospérité et la liberté.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Ce qui me convainc le plus, c’est la clarté avec laquelle Bauer expose le lien entre préparation et paix. Il n’édulcore ni la situation en matière de politique de sécurité, ni la responsabilité qui en découle pour les États et les sociétés. J’apprécie particulièrement la manière dont il relie les perspectives militaires, politiques et civiles et montre que la sécurité est un projet commun. Ce lien entre réflexion stratégique et responsabilité sociale rend ce livre particulièrement intéressant à mes yeux.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Un point qui me semble manquer est l’implication encore plus forte des petits États dotés de modèles de sécurité spécifiques. Bauer avance des arguments compréhensibles du point de vue des grandes alliances, mais de nombreux pays, dont la Suisse, doivent assurer leur capacité de défense de manière autonome et utiliser leurs ressources de manière très ciblée.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Je recommanderais ce livre à tous ceux qui souhaitent se pencher sérieusement sur la situation sécuritaire de notre continent. Il offre des pistes de réflexion importantes aux décideurs politiques, administratifs et économiques, car il classe clairement les défis sécuritaires de notre époque.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

J’apprécie particulièrement l’accent mis sur la coopération entre les acteurs militaires et civils. Cela m’a une fois de plus montré l’importance d’une sécurité globale et de la coopération au sein du réseau national de sécurité.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Dans le modèle CLM, je classe ce livre dans la catégorie Commandement et sécurité d’action. Bauer montre à quel point il est important d’avoir une orientation claire, une évaluation réaliste de la situation et une bonne préparation. C’est la seule façon pour une armée de rester opérationnelle en cas d’urgence. Il décrit précisément le domaine dans lequel le commandement clarifie la mission, fixe les priorités et crée les bases nécessaires pour garantir la sécurité de manière fiable.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Ce n’est pas à moi de donner des conseils au nouveau commandement, mon successeur n’en a pas besoin.


À propos de l’auteur de la recension

Le commandant de corps Süssli est responsable pour la conduite de l’armée. Il dirige le domaine départemental de la Défense et est directement subordonné au conseiller fédéral Martin Pfister, chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Le chef de l’Armée a sous ses ordres l’Etat-major de l’armée, le Commandement des opérations, la Base logistique de l’armée, ainsi que le Commandement Cyber et le Commandement de l’instruction.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #23 Newsletter

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #22

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, lt-col EMG Patrick Hofstetter en études conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #22

Adversaire

GARONNIA dispose d’une division mécanisée comportant trois brigades mécanisées, chacune constituée de deux bataillons mécanisés, d’un bataillon de chars et d’un bataillon d’infanterie.
Son intention est de prendre en gage GENÈVE, avec une première brigade depuis sa base d’attaque COLLONGE – PÉRON – THOIRY – SERGY en direction de GENÈVE, en passant par l’axe ST-GENIS-POUILLY, ainsi que d’une poussée secondaire en passant par l’axe CHANCY-BERNEX-LANCY-GENÈVE.

Ressources propres

Bien que les rassemblements de GARONNIA à la frontière laissent présager le pire depuis plusieurs jours, le Conseil fédéral n’a toujours pas autorisé le franchissement de la frontière par des propres troupes. Il faut s’attendre à ce que cela ne soit autorisé qu’après le début de l’attaque adversaire.
La formation d’engagement régiment d’infanterie 8 dispose de trois bataillons d’infanterie, de deux compagnies mécanisées, d’une compagnie du génie, d’une compagnie de sauvetage, d’une section de drones, d’une section d’anti-drones et d’une compagnie d’état-major.
Elle a reçu pour mission d’empêcher la prise de GENÈVE (AÉROPORT exclu) par GARONNIA.
Vous êtes commandant de la compagnie d’infanterie antichars 19/3 (renforcée). Elle comprend
• Une section d’infanterie RGW (arme antichars, portée 200m) ;
• Deux sections d’infanterie NLAW (arme antichars, portée 600m);
• Une section de mortier 8.1cm (portée 5km) ;
• Une section d’éclaireurs (portée du fusil de précision : 1km).
Votre commandant de bataillon vient de faire sa donnée d’ordres. Son intention est simple : il veut barrer avec deux compagnies côte à côte et tenir la plaque tournante sortie Vernier / sortie Meyrin avec une compagnie (voir carte).

Mission

Vous avez reçu pour mission de barrer à BOURDIGNY, au Nord de MEYRIN.

Environnement

Le canton de Genève comporte une importante densité de population en son centre, lequel comprend la Ville de Genève et les communes suburbaines qui l’entourent à la manière d’une couronne (Carouge, Chêne-Bourg, Chêne-Bougeries, Lancy, Meyrin, Onex, Thônex, Vernier). Ce centre urbain comporte une importante région agricole et viticole, le Mandement au Nord-Ouest, la Champagne au Sud-Ouest.
Analysez le milieu au moyen de l’outil www.geo.admin.ch ou d’une carte géographique 1:25’000 ou 1:50’000.

Rapports de temps

Vous n’avez pas besoin de formuler une décision définitive, une intention ou des ordres pour envoyer votre réponse. Répondez simplement aux quatre questions du dialogue tactique.
Analysez le milieu en 5 minutes et après, essayez de répondre à ces quatre questions en 5 minutes (c’est ce qui a été demandé lors d’une inspection de l’état-major général).

Questions

Dans le cadre du dialogue tactique, il vous demande de répondre aux questions suivantes :

  • Quelles infrastructures critiques dans votre secteur devez-vous impérativement prendre en compte dans la conduite de l’action ?
  • Quelles variantes de base envisagez-vous pour le positionnement de vos cinq sections ?
  • Quel est selon vous le terrain-clé ROUGE le long de l’axe ST-GENIS-POUILLY – GENÈVE ?
  • Dans le cadre des préparatifs aux combat, quels appuis demandez-vous de la part des niveaux bataillon et régiment dans l’immédiat pour être en mesure de remplir votre mission?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #22

Pour une fois, le Tactical Decision Game #22 n’exigeait pas une décision tactique, mais la réponse à quatre questions dans le cadre d’un dialogue tactique. Cette forme d’échange est essentielle pour la mise en œuvre de la conduite par objectifs : les missions tactiques ne sont pas une transmission unilatérale. L’implication des subordonnés par le commandant permet la synchronisation des différents échelons. La motivation à cet égard est moins une approche participative de la conduite que la nécessité d’assurer une synchronisation efficace dans des situations complexes. Dans la conduite par ordres (au niveau international : detailed command), cela passe par une planification minutieusement coordonnée, tandis que dans la conduite par objectifs (au niveau international : mission command), cela passe par une compréhension commune de la situation et de la mission. L’histoire de la guerre regorge d’exemples montrant que cette approche est nettement plus prometteuse dans les aléas du combat.

Cinq propositions ont été reçues, dont deux se distinguent et sont très similaires. La discussion se limite à ces deux propositions afin de retracer le débat entre le Maj EMG Schweizer et le Cap Iselin, même si les trois autres propositions présentent également de nombreux éléments similaires.

La première question – quelles sont les variantes fondamentales – revient à déterminer où placer l’effort principal de la troupe. Avant même la question de la réserve (oui/non ; où/quoi) et de l’organisation (articulation), c’est le critère principal qui distingue des variantes. Le secteur d’engagement, très vaste pour une compagnie, peut être divisé en deux parties : la zone étroite et bâti le long de la route principale 101, avec les infrastructures du CERN et la commune de MEYRIN comme agglomération de GENÈVE, et la zone beaucoup plus vaste à l’ouest, caractérisée par la viticulture. Le niveau supérieur (veut dire, le bataillon) s’attend à ce que l’attaque principale ait lieu le long de la route principale 101, et il a de bonnes raisons pour cela : une attaque à travers les vignobles est certes possible, mais seule la route principale 101 offre un axe performant pour l’approvisionnement ultérieur d’une attaque réussie. Le Maj EMG Schweizer décrit les deux variantes comme suit : « 2 sections à l’avant (CHOULLY et CERN) – 1 section à l’arrière (MEYRIN) » ou « un point d’appui dans la zone du CERN ». Le Cap Iselin envisage les mêmes variantes et ajoute la variante « 1 section à l’avant, deux section à l’arrière ». Dans les deux cas et dans toutes les variantes, l’effort principal est, avec au moins 2 sections, clairement mis sur la route principale 101 – la seule question est de savoir s’il faut placer un élément de combat sur la colline de CHOULLY. Égalité des points pour les deux.

La deuxième question – quel est le terrain-clé rouge – reçoit des réponses différentes. Le Maj EMG Schweizer ne mentionne que le CERN, ce qui est compréhensible compte tenu de sa position le long de la route principale. Le Cap Iselin voit non seulement le CERN, mais aussi la colline de CHOULLY, et argue que « les deux, la route principale et la colline, lui [à l’adversaire] permettent de mener à bien son action. Mais l’un des deux suffit, c’est pourquoi il n’y a pas ici de terrain-clé rouge ». Cette réponse est cohérente et dépend sans doute de l’importance que le commandant supérieur accorde à la zone occidentale (d’où le dialogue). Je penche ici pour l’interprétation du Maj EMG Schweizer : si l’adversaire s’empare du secteur CERN, cela est décisif pour le succès de l’opération ; le critère de « terrain-clé » est donc pour moi rempli.

La troisième question – demande d’appui au niveau supérieur – reçoit une réponse exhaustive de la part des deux. Tous deux demandent d’appui de renforcements de terrain le long de la route principale 101 et un appui pour l’évacuation des civils dans la zone de MEYRIN. Le Maj EMG Schweizer mentionne en outre des « ROE claires » concernant les opérations de combat dans la région du CERN, le Cap Iselin des filets anti-drones le long des routes principales et secondaires pour protéger le ravitaillement logistique et, si disponibles, des mines antichars (espérons que la Suisse pourra encore les se procurer ou les produire à temps). Même si je suis d’accord avec les deux, ce point revient au Cap Iselin.

La quatrième question porte enfin sur les infrastructures critiques : ici aussi, les deux contributions mentionnent le CERN et l’hôpital De La Tour à MEYRIN (d’autres contributions ont également mentionné le château de CHOLLY ; il s’agit en effet d’un bien culturel protégé, mais je ne lui attribuerais pas le statut d’infrastructure critique). Le score reste donc à égalité.

On peut me reprocher mon manque de « joie de décision » si je ne vois pas de vainqueur clair dans le TDG#22. Cependant, en référence à la boucle OODA et à John Boyd, je maintiens que l’orientation (Orient) est encore plus importante que la décision (Decide) ; Boyd a ainsi justifié la supériorité de la conduite par objectifs par rapport à la conduite par ordres. À cet égard, je m’exerce aujourd’hui à la « joie d’orientation » : je remercie tous les fidèles lectrices et lecteurs, mais aussi les participantes et participants actifs, et j’espère que l’effet d’apprentissage tactique – la compréhension commune – a été atteint même sans vainqueur explicite. Ainsi, en cette période de l’Avent, le Maj EMG Schweizer et le Cap Iselin recevront en cadeau le livre « Qu’est-ce qu’un chef ? » du Général d’armée Pierre de Villiers. Je vous souhaite une bonne lecture et un joyeux Noël !

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Leader's Digest Leader's Digest #22 Newsletter

Update Conduite : Novembre 2025

Navigating neutrality: How to find the best match between NATO and its four remaining neutral Western European Partners (WEP4)?

[Österreichisches Institut für Internationale Politik, 08.05.2025, Loïc Simonet]

Seit dem Start des umfassenden Russischen Kriegs in der Ukraine konzentriert sich die NATO thematisch auf den Bündnisfall und geografisch insbesondere auf Ost- und Nordeuropa. Die vorherig neutralen Länder Finnland und Schweden sind beide der NATO beigetreten. Der Club der neutralen Länder in Europa wird kleiner, und umfasst nun noch die Schweiz, Österreich, Irland und Malta. Laut der Studie Sicherheit 2025 wünschen sich 53% der Schweizer Bevölkerung eine Annäherung an die NATO. Der Artikel wirft wertvolle Fragen auf, wie diese Kooperation neutraler europäischer Länder mit der NATO aussehen könnte, und welche Herausforderungen dabei bestehen.

Link: https://www.oiip.ac.at/publikation/navigating-neutrality-how-to-find-the-best-match-between-nato-and-its-four-remaining-neutral-western-european-partners-wep4/

From Chechnya to Ukraine: Russian military adaptation in a comparative perspective

[Journal of Strategic Studies, 06.08.2025, Roman Knubel, Marcel Berni, Moritz Nepomuk Kueng]

Comparing the Second Russo-Chechen War with the War in Ukraine, the authors find that in both wars, the Russian Armed Forces demonstrated a capability for wartime adaptation, yet that these lessons are often subsequently forgotten, with institutional knowledge not being retained sufficiently. In both wars, initial Russian plans for a quick overwhelming of the enemy by capturing the opponent’s capital (Grozny/Kyiv) failed, which then led to a focus on attrition. The vast losses Ukrainian soldiers inflicted and are continuing to inflict upon the Russian Army forced it to shorten training durations, essentially sacrificing quality for quantity. Overall, an insightful article striking both the importance of peace- and wartime adaptation and the crucial aspect of institutional memory.

Link: https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/01402390.2025.2538857?src=exp-la#d1e257

Blinding First, Striking Fast: Why the Marine Corps Needs Information Groups

[War on the Rocks, 13.10.2025, Benjamin Jensen & Ian Fletcher]

The increasing quantity and quality of sensors inherently increases the information that is available for any military commander. Nevertheless, this valuable information is often buried below a pile of «noise», irrelevant or wrong information. Jensen and Fletcher suggest that the information space is crucial in modern wars, and that introducing noise and friction into the adversary’s system can open a gap which combat troops can then exploit. They remark: «On a transparent battlefield, the most reliable path to advantage is to disorient the enemy: deny their sensors and signals, feed them false indicators, then strike decisively while they search for ghosts or exhaust themselves chasing phantoms».

Link: https://warontherocks.com/2025/10/blinding-first-striking-fast-why-the-marine-corps-needs-information-groups/

Décider en Zone d’Ombre: Div Raynald Droz

[Schweizer Armee Podcast, 17.07.2025, Raynald Droz]

« Dans le brouillard, la confiance va définitivement plus vite que le Wi-Fi. » Dans cette discours, divisionnaire Raynald Droz, commandant de la division territoriale 1, explore la complexité de la prise de décision dans des environnements incertains, marqués par l’urgence et le besoin d’adaptation rapide. Il souligne l’importance de la technologie, tout en reconnaissant ses limites dans la prise de décision en temps de crise. Dans les moments critiques, le discernement humain reste indispensable, même si la technologie peut s’avérer utile. La confiance, les relations humaines et la capacité à prendre des décisions rapides avec peu d’informations sont déterminantes pour la réussite. Pour faire face à un avenir incertain avec détermination, le divisionnaire Droz appelle à une culture de sécurité collective. Celle-ci doit être fondée sur la coordination de tous les acteurs de la sécurité en Suisse.

Link: https://www.youtube.com/watch?v=d_AQDyaYC3s

The Evolution of Landpower

[CSIS, 16.09.2025, Benjamin Jensen]

The evolution of warfare to include precision strike capabilities and cyber operations has in previous decades led experts to declare that consequently the importance of landpower would decrease. Jensen’s article argues that rather than military technological evolutions making landpower less relevant, its importance rises as it is required to enable other domains. He argues that “[l]andpower remains indispensable as the hub that sustains and integrates operations across air, sea, space, and cyber domains. There is no airpower without airports. There is no seapower with major ports. There is no cyber or space power without digital infrastructure, ground stations, and launch platforms.”

Link: https://www.csis.org/analysis/chapter-5-evolution-landpower

Unshackling Training with Drones in the Army

[RUSI, 17.07.2025, Julian Brazier]

In this article the author strikes the importance of developing aerial drone (UAS) and counter-drone capabilities quickly and competently. To help enable this, Brazier suggests adapting regulations which stifle innovation. For one, he proposes that those who want to become drone pilots and already possess drone skills should only be required to pass an exam, not to undergo basic drone training. Whereas such rules for completed training are perhaps purposeful when training on a MANPAD, their application to dual-use systems can impede the efficiency of the training. Further Brazier suggests to better utilise the enthusiasm of voluntary drone pilots. Instead of forcing soldiers and reservists to complete a one-size-fits-all drone training, drone schools could instead aim to attract drone enthusiasts and provide them training that starts at their skills level. As enthusiasts are likely to continue self-directed work on their drone skills, this further simplifies the army’s need to maintain the drone operator’s skills and saves resources and time. Similarly to the British Army, the Swiss Armed Forces’ drone projects are also being impeded by strict military aviation regulation and can benefit from better using the existing drone talent within its ranks.

Link: https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/commentary/unshackling-training-drones-army

Not Withstanding? An Upbeat Perspective on Societies’ Will to Fight

[NATO Defense College, 29.07.2025, Roderick Parkes]

A multitude of articles have highlighted how Western societies are now «post-heroic» and lack the willingness to fight in case of need. Often these articles were based on surveys, yet those surveys are unlikely to tell the full truth. This paper argues that the willingness to defend cannot be objectively researched, as it is highly context dependent. It suggests that a focus on society’s lack of resilience can be harmful as it risks becoming a self-fulfilling prophecy. By recognising that Western societies’ low willingness to fight might simply stem from the lack of a perceived existential threat, the paper argues that if an existential threat is perceived, societies will likely show remarkable resilience. They therefore argue that this resilience should be accounted for in defence planning, both to utilise its benefits as well as to prevent risking a self-fulfilling prophecy of brittle societies. The full paper can be downloaded with the link on the following website.

Link: https://www.ndc.nato.int/not-withstanding-an-upbeat-perspective-on-societies-will-to-fight/

Leadership, Lethality, and (Data) Literacy: Three Keys to Prepare the Army for the Data-Driven, AI-Enabled Future of War

[Modern War Institute, 07.05.2025, Charlie Phelps]

With satellites, drones and cyber channels recording an increasing amount of data relevant for military operations, AI is necessary to quickly evaluate large amounts of data. Yet to effectively utilise the output of AI, militaries need leaders who are comfortable with data and understand its potential and shortcomings. The authors of this article therefore argue that data-literacy is a critical skill for modern leaders and needs to be prioritised in military education.   

Link: https://mwi.westpoint.edu/leadership-lethality-and-data-literacy-three-keys-to-prepare-the-army-for-the-data-driven-ai-enabled-future-of-war/


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par document.getElementById(« email-obfuscator-leadersdigest »).innerHTML= »r-znvy ».replace(/[a-zA-Z]/g,function(c){return String.fromCharCode((c=(c=c.charCodeAt(0)+13)?c:c-26);});[Activez JavaScript pour voir l’adresse e-mail].

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Leader's Digest Leader's Digest #22 Newsletter

Livre du mois: «Qu’est-ce qu’un chef?»

Quel est le message clé du livre ?

Un chef est d’abord un visionnaire capable de fixer un cap et de donner un sens à l’action. Sa vision doit s’inscrire dans un temps long qui exige de la réflexion, mais aussi des temps de pause. Dans le monde de l’immédiateté technologique dans lequel nous vivons, un chef doit être capable de prendre de la hauteur. Pour susciter la confiance de ses subordonnés, il doit rester naturel, sincère, exemplaire et humain, tout en préservant son propre équilibre personnel. Sa crédibilité et sa légitimité reposent sur ses compétences, ses connaissances et son savoir-être, mais aussi sur son humilité.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

La qualité de sa conception, de sa rédaction et de son contenu.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Non, bien au contraire, il est très agréable de constater qu’il existe dans ce livre de nombreuses similarités avec ce que nous apprenons dans nos écoles de cadres.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Bien que cet ouvrage ait été écrit par un officier général, il s’adresse à toute personne exerçant des responsabilités en tant que cadre, que ce soit dans le domaine militaire, dans la politique, dans l’administration, dans les associations ou dans l’économie.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Le temps est une ressource aussi précieuse que notre santé. Que ce soit dans l’exercice de ma profession, de ma fonction militaire ou dans mes autres engagements, je planifie du temps pour la réflexion, ce qui permet de réduire le temps consacré à la réaction.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Si la dimension Leadership est prépondérante, ce livre comporte également des enseignements que l’on peut attribuer aux aspects Command et Management.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Le plus grand défi auquel notre armée doit faire face, c’est celui de la confiance. La confiance des militaires dans leurs chefs, mais aussi la confiance de la population et de l’économie dans son armée. Ceci implique que les autorités politiques dotent notre armée des effectifs et des moyens dont elle a besoin pour remplir ses missions constitutionnelles.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Le potentiel de notre armée de milice est immense et insoupçonné. Non seulement elle s’enrichit des compétences civiles de chaque militaire, mais elle leur offre en contrepartie une plus-value pour la vie civile grâce aux formations qu’elle dispense, que ce soit en matière de conduite ou dans le domaine technique. Cet enrichissement mutuel permet d’améliorer la compréhension par la population cet par l’économie de ce que nous faisons en tant que militaires, et ainsi, la confiance de ces dernières dans notre armée de milice.


À propos de l’auteur de la recension

Le lt col EMG Murat Alder est un officier de milice. Avocat indépendant au Barreau de Genève depuis 2010, il est également député (PLR) au Grand Conseil de la République et canton de Genève. Il appartient à la dernière génération de chasseurs de chars d’infanterie. Après avoir commandé la compagnie d’appui de carabiniers 14/4, il est devenu officier d’état-major général à l’état-major de la brigade d’infanterie 2, puis à l’état-major de la division territoriale 1. Il commande actuellement le bataillon de carabiniers 14, dont la devise est « FORCE ET VOLONTÉ ».

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #22 Newsletter

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #21

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Dr Florian Demont, éthicien militaire en études conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #21

Scenario « Résistance » 

Personne ne l’aurait imaginé : après une première provocation russe dans les pays baltes, l’OTAN s’est révélée incapable d’agir. L’Europe s’est effondrée en un temps choquant, se scindant en un camp prorusse et un camp antirusse. Le déclin économique et social qui s’ensuivit entraîna de nombreux conflits locaux à travers le continent. La Suisse, d’abord épargnée, suscita la convoitise – et après avoir refusé de prendre clairement position, une partie de son territoire fut occupée à titre de gage.

Depuis lors, Genève et une partie du canton de Vaud sont sous contrôle étranger. Dans cette région, des forces irrégulières se forment et agissent contre les occupants, dans l’esprit du concept de « résistance totale » élaboré par le major Hans von Dach.

Votre compagnie, composée à l’origine de soldats genevois et vaudois, est déployée dans le Pays de Gruyère, qui appartient encore à la Suisse libre. Mais vos officiers ont, par leurs familles et leurs origines, des liens directs avec le territoire occupé. La question de fournir ou non du matériel aux groupes de résistance se pose donc concrètement.

Lors d’un rapport en soirée, une vive discussion éclate entre vos officiers :

  • Lieutenant Rochat, originaire d’Aubonne, est convaincu : « Cent kilos d’explosif plastique sont certainement plus utiles entre les mains de la résistance que dans notre magasin de munitions. Mes cousines pourraient organiser le transfert si nous le fournissons. »
  • Premier-lieutenant Perret, de Cartigny, s’y oppose fermement : « Nous avons à peine assez d’explosifs pour maintenir nos propres barrages. Si nous en cédons, nous compromettons nos missions. Et de toute façon, c’est interdit. »
  • Lieutenant Mayor, de Satigny, affirme : « Justement, et qui nous dit que les irréguliers ne s’en prendront pas à des civils ? Si nous les approvisionnons, nous portons une part de responsabilité dans d’éventuels crimes de guerre. »
  • Enfin, Premier-lieutenant Perret, de Morges, met en garde : « Les occupants exerceraient des représailles, peut-être précisément contre les villages dont nos familles sont issues. Voulons-nous prendre ce risque ? »
  • C’est alors que le lieutenant Favre, de Gland (VD), explose, les larmes aux yeux : « Bande de lâches ! Vous avez seulement entendu ce qui s’est passé la semaine dernière à Nyon ? Vous savez très bien qui commet les crimes de guerre. Et chaque cartouche dans le magasin d’un résistant suisse sert à empêcher de tels crimes »

La dispute devient de plus en plus personnelle, les émotions montent – certains officiers insistent sur la solidarité avec leurs proches de l’autre côté de la ligne, d’autres rappellent le devoir d’accomplir la mission dans la Suisse encore libre.

Questions

Dans ce contexte, trois questions se posent à vous :

    1. Comment apaisez-vous le conflit en tant que commandant de compagnie?

    2. Quelle position de fond adoptez-vous personnellement?

    3. Communiquez-vous cette opinion au sein de vos officiers?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #21

Le scénario « Résistance » confronte un commandant de compagnie à une problématique où devoir légal, responsabilité institutionnelle, morale personnelle et détresse émotionnelle des subordonnés s’entrecroisent. La solution soumise par Markus Heini a été jugée la meilleure, car elle reconnaît ce champ de tension et propose une voie de résolution pertinente sur les plans procédural, éthique et du commandement.

Mise en contexte du scénario: le champ de bataille éthique contemporain

Le scénario projette le commandant dans une situation qui reflète un conflit central de l’éthique militaire actuelle et du droit international humanitaire. Traditionnellement, l’éthique du soldat reposait sur des hiérarchies claires, l’ordre et l’obéissance. La responsabilité incombait d’abord à la conduite politique qui décidait de la guerre, moins au combattant individuel. Ce modèle classique, ancré dans le monopole étatique de la violence, sépare nettement la décision politique d’entrer en guerre (jus ad bellum) et la conduite des opérations (jus in bello). Pour le soldat, cela instaurait un partage clair des responsabilités morales: exécuter les ordres en respectant les lois de la guerre, tandis que l’État assumait la charge morale du recours à la guerre. Un pilier essentiel en est la stricte distinction entre combattants et non-combattants.

Des approches plus récentes, souvent dites « révisionnistes », analysent la légitimité de l’usage de la force au prisme de la légitime défense et de l’assistance à autrui en milieu civil. Elles contestent ce fondement et déplacent l’accent vers la responsabilité morale de l’individu. Associées au poids croissant des droits de l’homme dans les évaluations juridiques internationales, elles soutiennent qu’un soldat combattant pour un agresseur injuste perd son « bouclier moral » et devient une cible légitime. Cette perspective sape l’égalité traditionnelle de tous les combattants et exige de l’individu un examen de conscience allant au-delà de la simple exécution des ordres.

Cette tension est présente dans le scénario:

  • La vision traditionnelle: le premier-lieutenant Perret insiste sur la mission et la réglementation («c’est interdit»).
  • La vision individualiste: le lieutenant Favre invoque sa conscience et le devoir moral d’agir face à des crimes de guerre (« bande de lâches »).

Des critiques pourraient juger le scénario approximatif sur le plan stratégique ou discutable au regard de pratiques éprouvées. Cette critique manque toutefois l’objectif didactique. L’imprécision stratégique n’est pas un défaut, mais un outil délibéré. Elle simule une forme de «brouillard éthique» qui caractérise les conflits hybrides modernes. Dans de telles situations, les lignes de front et les statuts juridiques clairs, qu’il s’agisse d’ami, d’ennemi ou de civil, sont souvent difficiles à discerner. L’isolement du commandant l’oblige à décider sans directive claire venue d’en haut, en rendant justice à la fois à son rôle institutionnel et à sa boussole morale. Il s’agit d’exercer une compétence de commandement intemporelle: le jugement sous pression morale.

Ce « test de commandement dans le brouillard éthique » va bien au-delà d’un exercice intellectuel. Il contraint le chef à pondérer des loyautés contradictoires: loyauté envers la chaîne de commandement, loyauté envers ses soldats et leur détresse émotionnelle, loyauté envers la population civile souffrante, loyauté envers sa propre conscience. Un commandant qui tient sa position dans une telle situation prouve non seulement sa maîtrise des règles, mais aussi son courage moral et sa robustesse de caractère. Il doit adopter une posture de responsabilité lorsque la hiérarchie se tait. Les cadres militaires doivent donc apprendre à aligner décision et action sur les évolutions actuelles de l’éthique militaire et du droit des conflits armés. À ce prix seulement, la crédibilité et la légitimité, internes et externes, peuvent être préservées à tous les échelons. À l’époque où chaque acte tactique peut produire un effet stratégique sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas d’un détail, mais d’une compétence centrale. Une décision éthiquement douteuse, même si elle est motivée par de bonnes intentions, peut saper la confiance de la population dans l’ensemble de l’armée et provoquer un dommage stratégique très supérieur au bénéfice immédiat. Les débats contemporains sur ces thèmes, dans les sphères politiques et académiques, témoignent de leur acuité.

La solution de Markus Heini

La proposition d’Heini convainc, car elle appréhende le problème de façon globale et le résout en quatre volets: processus, commandement, contenu et opération.

a) Le processus: une désescalade souveraine

Heini identifie d’emblée le danger immédiat: « de manière générale, les émotions sont de mauvais guides ». Sa priorité est de mettre un terme à la polémique irrationnelle et à l’escalade, afin d’instaurer un processus décisionnel rationnel. En reportant la décision au lendemain, il gagne du temps, apaise les esprits et réaffirme son autorité comme maître du processus. Cette étape est la condition sine qua non d’une solution durable.

b) Le commandement: l’art de la communication

Le cœur de l’approche d’Heini réside dans l’allocution qu’il formule mot pour mot à l’adresse de ses officiers. Cette « battle speech » illustre un commandement équilibré:

  • Lien émotionnel: il commence par exprimer sa propre atteinte personnelle (« en tant que Thurgovien [Markus Heini a répondu au scénario en allemand qui se déroulait en Suisse orientale] d’origine, je souffre avec vous »), crée une base commune et valide les émotions de ses subordonnés. Il montre qu’il les comprend.
  • Autorité sans ambiguïté: il trace ensuite une ligne claire et motive son ordre de manière rationnelle et compréhensible: « nous ne pouvons pas envoyer d’explosifs à la résistance ».

Il démontre ainsi le principe «comprendre sans approuver». Il rejoint ses hommes sur le plan émotionnel, sans concéder quoi que ce soit sur le fond.

c) Le contenu: la troisième voie, éthiquement supérieure

C’est ici que réside la substance éthique de sa solution. Heini ne tombe pas dans un schéma binaire oui/non. Il refuse clairement la livraison d’explosifs, non seulement pour des raisons juridiques formelles. Sa motivation éthique principale est la protection de la population civile contre des représailles brutales prévisibles, application directe des principes de proportionnalité et de protection des non-combattants.

Son « option 3 » – soutien par médicaments, données de renseignement et savoir-faire – est décisive. Cette troisième voie résout la problématique:

  • Elle respecte la responsabilité institutionnelle: pas d’infraction aux prescriptions, pas de mise en péril de la mission propre.
  • Elle honore le devoir moral: il ne laisse pas ses compatriotes livrés à eux-mêmes et apporte une aide.
  • Elle protège la population civile: en évitant de transformer les résistants en combattants à part entière, elle réduit la spirale d’escalade.

d) L’opération: autonomie proactive et responsable

Heini ne s’arrête pas à la décision, il conçoit un plan clair de mise en œuvre. Il n’attend pas passivement des ordres, mais exerce son autonomie de commandant. Son « étape 6 » – informer proactivement l’état-major et demander l’autorisation de mettre en œuvre son plan – traduit une compréhension moderne de la conduite par mission. Il agit dans l’esprit de l’échelon supérieur, tout en prenant l’initiative pour résoudre le problème sur le terrain. C’est ce qui distingue un chef d’un simple gestionnaire.

  1. Conclusion

La proposition de Markus Heini est la meilleure contribution, car elle apporte une réponse complète à un problème complexe. Elle montre non seulement quelle est la bonne décision, mais encore comment un commandant la lance sur le plan procédural, la communique en termes de commandement et l’exécute sur le plan opérationnel. Il navigue dans le champ de tension entre droit, morale et émotions et fournit un modèle de conduite face à un dilemme éthique militaire contemporain. Nous félicitons Markus Heini pour le gain de l’ouvrage « Grunts: Inside the American Infantry Combat Experience » de John McManus.

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Update Conduite : Octobre 2025

Geistige Landesverteidigung als Teil der Gesamtverteidigung

[Defence Horizon Journal, 15.09.2025, Sarah von Felten & Jonas Ch. Frey]

Wörter wie «hybride Kriegsführung» und «Desinformation» sind zurzeit in aller Munde, und auf Antwort darauf ist oft von «Resilienz» die Rede. Sei es societal resilience, mental resilience, informational resilience oder supply chain resilience, die Kombinationen scheinen endlos. Eine Art umfassende Resilienz beschreibt auch der Begriff der Geistigen Landesverteidigung, welcher zurzeit entstaubt wird. Denn: ursprünglich als Schutz vor totalitären Ideologien gedacht, eignet sich Geistige Landesverteidigung auch heute noch als Antwort auf Desinformation und hybride Bedrohungen. Von Felten und Frey argumentieren, dass die Geistige Landesverteidigung trotz deren teilweisen Stigmatisierung in den Schweizer Institutionen weiterlebt. Der Beitrag entwickelt auf Basis eines österreichischen Referenzmodells ein Schweizer Funktionsmodell, das die sieben Bundesdepartemente und die Bundeskanzlei einbindet und die Rolle der Zivilgesellschaft in der Geistigen Landesverteidigung hervorhebt. Das Konzept der Geistigen Landesverteidigung sollte entstigmatisiert werden und wieder in die Mitte der Gesellschaft finden.

Link: https://tdhj.org/de/post/geistige-landesverteidigung-gesamtverteidigung/

The Impact of Artificial Intelligence on the Military Decision-Making Process and Mission Command

[Defence Horizon Journal, 11.09.2025, Patrick Hofstetter et al.]

This article explores how artificial intelligence is reshaping military command, using John Boyd’s OODA Loop to analyse impacts across observation, orientation, decision, and action. AI can accelerate data processing, decision support, and execution, but also risks over-centralisation and automation bias. Written by Patrick Hofstetter, Marius Geller, and Florian Gerster, it argues that Western militaries should align AI with Mission Command’s decentralised philosophy, empowering subordinates while preserving accountability. The authors propose a continuum between centralisation and decentralisation, where doctrine, culture, and structures adapt flexibly according to the situation at hand.

Link: https://tdhj.org/blog/post/ai-military-decision-making/#:~:text=The%20Impact%20Of%20Artificial%20Intelligence,Making%20Process%20And%20Mission%20Command

Risiko- und Krisenmanagement und Armee

[Stratos 1-25, 04.07.2025, Schweizer Armee]

Stratos ist wieder da! Die im Juli erschienene Edition 1-25 beschäftigt sich mit dem Beitrag, welchen die Armee für das Risiko- und Krisenmanagement auf nationaler und kantonaler Ebene leistet, und den Voraussetzungen dafür, dass sie diesen Beitrag auch in Zukunft weiterhin erbringen kann. Insbesondere lesenswert sind die Artikel Cognitive Warfare: Die Schweizer Armee – Herausforderungen in der kognitiven Dimension (S. 135+) und  Kämpfen – schützen (– helfen); gleichzeitig und im gleichen Raum (S. 167+).

Link: https://www.vtg.admin.ch/de/stratos

NATO Should Not Replace Traditional Firepower with ‘Drones’

[RUSI, 04.08.2025, Prof. Justin Bronk]

The extent of the use of UAS (Unmanned Aerial Systems) in the Russian-Ukrainian War has led some commentators to announce that cheap UAS will complement or even replace expensive legacy systems in the future. In this article published by the British think tank RUSI, Justin Bronk argues that even as UAS see heavy use in the Russian-Ukrainian War, one must be careful not to draw the wrong conclusions. For one, the Ukrainian way of war is by no means ideal, as Ukraine’s capabilities are limited by financial and industrial limits. It is instead focused on utilising the available limited resources to the best extent possible. Secondly, NATO has different strength than Ukraine and should make sure to capitalise on its strengths. Overall it’s an interesting report which argues that NATO should complement yet not replace its legacy systems with UAS.

Link: https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/rusi-defence-systems/nato-should-not-replace-traditional-firepower-drones

An AI Revolution in Military Affairs?

[RAND Corporation, 03.07.2025, Zachary Burdette et al.]

This report of the US-think tank RAND offers a comprehensive analysis of how AI will likely change warfare, and what this means for militaries. Their findings are relevant from the tactical level all the way up to the military-strategic level. In summary, the report suggest that as the capabilities of relatively cheap systems increase, mass may become more important relative to quality. This doesn’t suggest that high-end systems will become irrelevant, rather it means that to maximise the effectiveness of the armed forces, a part of military funding that currently funds high-end systems in low numbers will have to be re-allocated towards financing mass constituted by cheaper systems. The authors further suggest that in AI-enabled warfare mission command will stay relevant and that deception (i.e. through decoys) will gain importance. Download the full report on the link below.

Link: https://www.rand.org/pubs/working_papers/WRA4004-1.html

Urban Warfare Project Case Study #13 ─ Hadrut

[Modern War Institute, 25.04.2025, Liam Collins & John Spencer]

In this case study, the authors look at the Second Karabakh/Artsakh War of September 2020, and investigate the reasons why in the battle for the provincial capital Hadrut the Armenian Armed Forces failed to put up an adequate defence, and why the Azerbaijani Armed Forces succeeded in taking the city. The war ended in a decisive Azerbaijani victory, with Azerbaijan (re-)integrating the internationally recognized Azerbaijani, yet Armenian-inhabited territory of Karabakh/Artsakh into Azerbaijan.

Link: https://mwi.westpoint.edu/urban-warfare-project-case-study-13-battle-of-hadrut/

More highly valuable case studies can be found here: https://mwi.westpoint.edu/urban-warfare-project/

A Clausewitzian Lens on Modern Urban Warfare

[Modern War Institute, 13.05.2025, John Spencer]

In this article, the author takes the 2-century-old wisdom of Carl von Clausewitz and applies it to modern urban warfare in Iraq, Ukraine and Gaza. He closes this valuable read by pointing to the continued relevance of Clausewitzian concepts such as the nature of war, “a contest of wills, shaped by politics, distorted by chance, and fought in the dense, contested, and morally fraught terrain of the modern city”.

Link: https://mwi.westpoint.edu/a-clausewitzian-lens-on-modern-urban-warfare/

The Dialectic of Deception: John Boyd and the Cognitive Battlefield

[War on the Rocks, 04.09.2025, J. William DeMarco]

This fascinating article applies John Boyd’s OODA-Loop (Observe – Orient – Decide – Act) theory to society. The paper argue that nowadays “the center of gravity is no longer fleets or factories but the shared grasp of reality itself”. A society where facts are seen as opinion and opinions are seen as facts will become unable to coordinate effective resistance against any threat, as it lacks a shared understanding of the threat and the common purpose to address it. Open societies where ideas can freely circulate are an especially worthwhile target, with Russia having perfected the method of using lies not for the sake of offering an alternative reality, but for damaging the very idea of truth itself.

Link: https://warontherocks.com/2025/09/the-dialectic-of-deception-john-boyd-and-the-cognitive-battlefield/


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Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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