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EDG Leader's Digest Leader's Digest #22 Newsletter

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #21

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Dr Florian Demont, éthicien militaire en études conduite et de communication à l’Académie militaire de l’EPF de Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #21

Scenario « Résistance » 

Personne ne l’aurait imaginé : après une première provocation russe dans les pays baltes, l’OTAN s’est révélée incapable d’agir. L’Europe s’est effondrée en un temps choquant, se scindant en un camp prorusse et un camp antirusse. Le déclin économique et social qui s’ensuivit entraîna de nombreux conflits locaux à travers le continent. La Suisse, d’abord épargnée, suscita la convoitise – et après avoir refusé de prendre clairement position, une partie de son territoire fut occupée à titre de gage.

Depuis lors, Genève et une partie du canton de Vaud sont sous contrôle étranger. Dans cette région, des forces irrégulières se forment et agissent contre les occupants, dans l’esprit du concept de « résistance totale » élaboré par le major Hans von Dach.

Votre compagnie, composée à l’origine de soldats genevois et vaudois, est déployée dans le Pays de Gruyère, qui appartient encore à la Suisse libre. Mais vos officiers ont, par leurs familles et leurs origines, des liens directs avec le territoire occupé. La question de fournir ou non du matériel aux groupes de résistance se pose donc concrètement.

Lors d’un rapport en soirée, une vive discussion éclate entre vos officiers :

  • Lieutenant Rochat, originaire d’Aubonne, est convaincu : « Cent kilos d’explosif plastique sont certainement plus utiles entre les mains de la résistance que dans notre magasin de munitions. Mes cousines pourraient organiser le transfert si nous le fournissons. »
  • Premier-lieutenant Perret, de Cartigny, s’y oppose fermement : « Nous avons à peine assez d’explosifs pour maintenir nos propres barrages. Si nous en cédons, nous compromettons nos missions. Et de toute façon, c’est interdit. »
  • Lieutenant Mayor, de Satigny, affirme : « Justement, et qui nous dit que les irréguliers ne s’en prendront pas à des civils ? Si nous les approvisionnons, nous portons une part de responsabilité dans d’éventuels crimes de guerre. »
  • Enfin, Premier-lieutenant Perret, de Morges, met en garde : « Les occupants exerceraient des représailles, peut-être précisément contre les villages dont nos familles sont issues. Voulons-nous prendre ce risque ? »
  • C’est alors que le lieutenant Favre, de Gland (VD), explose, les larmes aux yeux : « Bande de lâches ! Vous avez seulement entendu ce qui s’est passé la semaine dernière à Nyon ? Vous savez très bien qui commet les crimes de guerre. Et chaque cartouche dans le magasin d’un résistant suisse sert à empêcher de tels crimes »

La dispute devient de plus en plus personnelle, les émotions montent – certains officiers insistent sur la solidarité avec leurs proches de l’autre côté de la ligne, d’autres rappellent le devoir d’accomplir la mission dans la Suisse encore libre.

Questions

Dans ce contexte, trois questions se posent à vous :

    1. Comment apaisez-vous le conflit en tant que commandant de compagnie?

    2. Quelle position de fond adoptez-vous personnellement?

    3. Communiquez-vous cette opinion au sein de vos officiers?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #21

Le scénario « Résistance » confronte un commandant de compagnie à une problématique où devoir légal, responsabilité institutionnelle, morale personnelle et détresse émotionnelle des subordonnés s’entrecroisent. La solution soumise par Markus Heini a été jugée la meilleure, car elle reconnaît ce champ de tension et propose une voie de résolution pertinente sur les plans procédural, éthique et du commandement.

Mise en contexte du scénario: le champ de bataille éthique contemporain

Le scénario projette le commandant dans une situation qui reflète un conflit central de l’éthique militaire actuelle et du droit international humanitaire. Traditionnellement, l’éthique du soldat reposait sur des hiérarchies claires, l’ordre et l’obéissance. La responsabilité incombait d’abord à la conduite politique qui décidait de la guerre, moins au combattant individuel. Ce modèle classique, ancré dans le monopole étatique de la violence, sépare nettement la décision politique d’entrer en guerre (jus ad bellum) et la conduite des opérations (jus in bello). Pour le soldat, cela instaurait un partage clair des responsabilités morales: exécuter les ordres en respectant les lois de la guerre, tandis que l’État assumait la charge morale du recours à la guerre. Un pilier essentiel en est la stricte distinction entre combattants et non-combattants.

Des approches plus récentes, souvent dites « révisionnistes », analysent la légitimité de l’usage de la force au prisme de la légitime défense et de l’assistance à autrui en milieu civil. Elles contestent ce fondement et déplacent l’accent vers la responsabilité morale de l’individu. Associées au poids croissant des droits de l’homme dans les évaluations juridiques internationales, elles soutiennent qu’un soldat combattant pour un agresseur injuste perd son « bouclier moral » et devient une cible légitime. Cette perspective sape l’égalité traditionnelle de tous les combattants et exige de l’individu un examen de conscience allant au-delà de la simple exécution des ordres.

Cette tension est présente dans le scénario:

  • La vision traditionnelle: le premier-lieutenant Perret insiste sur la mission et la réglementation («c’est interdit»).
  • La vision individualiste: le lieutenant Favre invoque sa conscience et le devoir moral d’agir face à des crimes de guerre (« bande de lâches »).

Des critiques pourraient juger le scénario approximatif sur le plan stratégique ou discutable au regard de pratiques éprouvées. Cette critique manque toutefois l’objectif didactique. L’imprécision stratégique n’est pas un défaut, mais un outil délibéré. Elle simule une forme de «brouillard éthique» qui caractérise les conflits hybrides modernes. Dans de telles situations, les lignes de front et les statuts juridiques clairs, qu’il s’agisse d’ami, d’ennemi ou de civil, sont souvent difficiles à discerner. L’isolement du commandant l’oblige à décider sans directive claire venue d’en haut, en rendant justice à la fois à son rôle institutionnel et à sa boussole morale. Il s’agit d’exercer une compétence de commandement intemporelle: le jugement sous pression morale.

Ce « test de commandement dans le brouillard éthique » va bien au-delà d’un exercice intellectuel. Il contraint le chef à pondérer des loyautés contradictoires: loyauté envers la chaîne de commandement, loyauté envers ses soldats et leur détresse émotionnelle, loyauté envers la population civile souffrante, loyauté envers sa propre conscience. Un commandant qui tient sa position dans une telle situation prouve non seulement sa maîtrise des règles, mais aussi son courage moral et sa robustesse de caractère. Il doit adopter une posture de responsabilité lorsque la hiérarchie se tait. Les cadres militaires doivent donc apprendre à aligner décision et action sur les évolutions actuelles de l’éthique militaire et du droit des conflits armés. À ce prix seulement, la crédibilité et la légitimité, internes et externes, peuvent être préservées à tous les échelons. À l’époque où chaque acte tactique peut produire un effet stratégique sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas d’un détail, mais d’une compétence centrale. Une décision éthiquement douteuse, même si elle est motivée par de bonnes intentions, peut saper la confiance de la population dans l’ensemble de l’armée et provoquer un dommage stratégique très supérieur au bénéfice immédiat. Les débats contemporains sur ces thèmes, dans les sphères politiques et académiques, témoignent de leur acuité.

La solution de Markus Heini

La proposition d’Heini convainc, car elle appréhende le problème de façon globale et le résout en quatre volets: processus, commandement, contenu et opération.

a) Le processus: une désescalade souveraine

Heini identifie d’emblée le danger immédiat: « de manière générale, les émotions sont de mauvais guides ». Sa priorité est de mettre un terme à la polémique irrationnelle et à l’escalade, afin d’instaurer un processus décisionnel rationnel. En reportant la décision au lendemain, il gagne du temps, apaise les esprits et réaffirme son autorité comme maître du processus. Cette étape est la condition sine qua non d’une solution durable.

b) Le commandement: l’art de la communication

Le cœur de l’approche d’Heini réside dans l’allocution qu’il formule mot pour mot à l’adresse de ses officiers. Cette « battle speech » illustre un commandement équilibré:

  • Lien émotionnel: il commence par exprimer sa propre atteinte personnelle (« en tant que Thurgovien [Markus Heini a répondu au scénario en allemand qui se déroulait en Suisse orientale] d’origine, je souffre avec vous »), crée une base commune et valide les émotions de ses subordonnés. Il montre qu’il les comprend.
  • Autorité sans ambiguïté: il trace ensuite une ligne claire et motive son ordre de manière rationnelle et compréhensible: « nous ne pouvons pas envoyer d’explosifs à la résistance ».

Il démontre ainsi le principe «comprendre sans approuver». Il rejoint ses hommes sur le plan émotionnel, sans concéder quoi que ce soit sur le fond.

c) Le contenu: la troisième voie, éthiquement supérieure

C’est ici que réside la substance éthique de sa solution. Heini ne tombe pas dans un schéma binaire oui/non. Il refuse clairement la livraison d’explosifs, non seulement pour des raisons juridiques formelles. Sa motivation éthique principale est la protection de la population civile contre des représailles brutales prévisibles, application directe des principes de proportionnalité et de protection des non-combattants.

Son « option 3 » – soutien par médicaments, données de renseignement et savoir-faire – est décisive. Cette troisième voie résout la problématique:

  • Elle respecte la responsabilité institutionnelle: pas d’infraction aux prescriptions, pas de mise en péril de la mission propre.
  • Elle honore le devoir moral: il ne laisse pas ses compatriotes livrés à eux-mêmes et apporte une aide.
  • Elle protège la population civile: en évitant de transformer les résistants en combattants à part entière, elle réduit la spirale d’escalade.

d) L’opération: autonomie proactive et responsable

Heini ne s’arrête pas à la décision, il conçoit un plan clair de mise en œuvre. Il n’attend pas passivement des ordres, mais exerce son autonomie de commandant. Son « étape 6 » – informer proactivement l’état-major et demander l’autorisation de mettre en œuvre son plan – traduit une compréhension moderne de la conduite par mission. Il agit dans l’esprit de l’échelon supérieur, tout en prenant l’initiative pour résoudre le problème sur le terrain. C’est ce qui distingue un chef d’un simple gestionnaire.

  1. Conclusion

La proposition de Markus Heini est la meilleure contribution, car elle apporte une réponse complète à un problème complexe. Elle montre non seulement quelle est la bonne décision, mais encore comment un commandant la lance sur le plan procédural, la communique en termes de commandement et l’exécute sur le plan opérationnel. Il navigue dans le champ de tension entre droit, morale et émotions et fournit un modèle de conduite face à un dilemme éthique militaire contemporain. Nous félicitons Markus Heini pour le gain de l’ouvrage « Grunts: Inside the American Infantry Combat Experience » de John McManus.

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Leader's Digest Leader's Digest #21 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Octobre 2025

Geistige Landesverteidigung als Teil der Gesamtverteidigung

[Defence Horizon Journal, 15.09.2025, Sarah von Felten & Jonas Ch. Frey]

Wörter wie «hybride Kriegsführung» und «Desinformation» sind zurzeit in aller Munde, und auf Antwort darauf ist oft von «Resilienz» die Rede. Sei es societal resilience, mental resilience, informational resilience oder supply chain resilience, die Kombinationen scheinen endlos. Eine Art umfassende Resilienz beschreibt auch der Begriff der Geistigen Landesverteidigung, welcher zurzeit entstaubt wird. Denn: ursprünglich als Schutz vor totalitären Ideologien gedacht, eignet sich Geistige Landesverteidigung auch heute noch als Antwort auf Desinformation und hybride Bedrohungen. Von Felten und Frey argumentieren, dass die Geistige Landesverteidigung trotz deren teilweisen Stigmatisierung in den Schweizer Institutionen weiterlebt. Der Beitrag entwickelt auf Basis eines österreichischen Referenzmodells ein Schweizer Funktionsmodell, das die sieben Bundesdepartemente und die Bundeskanzlei einbindet und die Rolle der Zivilgesellschaft in der Geistigen Landesverteidigung hervorhebt. Das Konzept der Geistigen Landesverteidigung sollte entstigmatisiert werden und wieder in die Mitte der Gesellschaft finden.

Link: https://tdhj.org/de/post/geistige-landesverteidigung-gesamtverteidigung/

The Impact of Artificial Intelligence on the Military Decision-Making Process and Mission Command

[Defence Horizon Journal, 11.09.2025, Patrick Hofstetter et al.]

This article explores how artificial intelligence is reshaping military command, using John Boyd’s OODA Loop to analyse impacts across observation, orientation, decision, and action. AI can accelerate data processing, decision support, and execution, but also risks over-centralisation and automation bias. Written by Patrick Hofstetter, Marius Geller, and Florian Gerster, it argues that Western militaries should align AI with Mission Command’s decentralised philosophy, empowering subordinates while preserving accountability. The authors propose a continuum between centralisation and decentralisation, where doctrine, culture, and structures adapt flexibly according to the situation at hand.

Link: https://tdhj.org/blog/post/ai-military-decision-making/#:~:text=The%20Impact%20Of%20Artificial%20Intelligence,Making%20Process%20And%20Mission%20Command

Risiko- und Krisenmanagement und Armee

[Stratos 1-25, 04.07.2025, Schweizer Armee]

Stratos ist wieder da! Die im Juli erschienene Edition 1-25 beschäftigt sich mit dem Beitrag, welchen die Armee für das Risiko- und Krisenmanagement auf nationaler und kantonaler Ebene leistet, und den Voraussetzungen dafür, dass sie diesen Beitrag auch in Zukunft weiterhin erbringen kann. Insbesondere lesenswert sind die Artikel Cognitive Warfare: Die Schweizer Armee – Herausforderungen in der kognitiven Dimension (S. 135+) und  Kämpfen – schützen (– helfen); gleichzeitig und im gleichen Raum (S. 167+).

Link: https://www.vtg.admin.ch/de/stratos

NATO Should Not Replace Traditional Firepower with ‘Drones’

[RUSI, 04.08.2025, Prof. Justin Bronk]

The extent of the use of UAS (Unmanned Aerial Systems) in the Russian-Ukrainian War has led some commentators to announce that cheap UAS will complement or even replace expensive legacy systems in the future. In this article published by the British think tank RUSI, Justin Bronk argues that even as UAS see heavy use in the Russian-Ukrainian War, one must be careful not to draw the wrong conclusions. For one, the Ukrainian way of war is by no means ideal, as Ukraine’s capabilities are limited by financial and industrial limits. It is instead focused on utilising the available limited resources to the best extent possible. Secondly, NATO has different strength than Ukraine and should make sure to capitalise on its strengths. Overall it’s an interesting report which argues that NATO should complement yet not replace its legacy systems with UAS.

Link: https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/rusi-defence-systems/nato-should-not-replace-traditional-firepower-drones

An AI Revolution in Military Affairs?

[RAND Corporation, 03.07.2025, Zachary Burdette et al.]

This report of the US-think tank RAND offers a comprehensive analysis of how AI will likely change warfare, and what this means for militaries. Their findings are relevant from the tactical level all the way up to the military-strategic level. In summary, the report suggest that as the capabilities of relatively cheap systems increase, mass may become more important relative to quality. This doesn’t suggest that high-end systems will become irrelevant, rather it means that to maximise the effectiveness of the armed forces, a part of military funding that currently funds high-end systems in low numbers will have to be re-allocated towards financing mass constituted by cheaper systems. The authors further suggest that in AI-enabled warfare mission command will stay relevant and that deception (i.e. through decoys) will gain importance. Download the full report on the link below.

Link: https://www.rand.org/pubs/working_papers/WRA4004-1.html

Urban Warfare Project Case Study #13 ─ Hadrut

[Modern War Institute, 25.04.2025, Liam Collins & John Spencer]

In this case study, the authors look at the Second Karabakh/Artsakh War of September 2020, and investigate the reasons why in the battle for the provincial capital Hadrut the Armenian Armed Forces failed to put up an adequate defence, and why the Azerbaijani Armed Forces succeeded in taking the city. The war ended in a decisive Azerbaijani victory, with Azerbaijan (re-)integrating the internationally recognized Azerbaijani, yet Armenian-inhabited territory of Karabakh/Artsakh into Azerbaijan.

Link: https://mwi.westpoint.edu/urban-warfare-project-case-study-13-battle-of-hadrut/

More highly valuable case studies can be found here: https://mwi.westpoint.edu/urban-warfare-project/

A Clausewitzian Lens on Modern Urban Warfare

[Modern War Institute, 13.05.2025, John Spencer]

In this article, the author takes the 2-century-old wisdom of Carl von Clausewitz and applies it to modern urban warfare in Iraq, Ukraine and Gaza. He closes this valuable read by pointing to the continued relevance of Clausewitzian concepts such as the nature of war, “a contest of wills, shaped by politics, distorted by chance, and fought in the dense, contested, and morally fraught terrain of the modern city”.

Link: https://mwi.westpoint.edu/a-clausewitzian-lens-on-modern-urban-warfare/

The Dialectic of Deception: John Boyd and the Cognitive Battlefield

[War on the Rocks, 04.09.2025, J. William DeMarco]

This fascinating article applies John Boyd’s OODA-Loop (Observe – Orient – Decide – Act) theory to society. The paper argue that nowadays “the center of gravity is no longer fleets or factories but the shared grasp of reality itself”. A society where facts are seen as opinion and opinions are seen as facts will become unable to coordinate effective resistance against any threat, as it lacks a shared understanding of the threat and the common purpose to address it. Open societies where ideas can freely circulate are an especially worthwhile target, with Russia having perfected the method of using lies not for the sake of offering an alternative reality, but for damaging the very idea of truth itself.

Link: https://warontherocks.com/2025/09/the-dialectic-of-deception-john-boyd-and-the-cognitive-battlefield/


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par document.getElementById(« email-obfuscator-leadersdigest »).innerHTML= »r-znvy ».replace(/[a-zA-Z]/g,function(c){return String.fromCharCode((c=(c=c.charCodeAt(0)+13)?c:c-26);});[Activez JavaScript pour voir l’adresse e-mail].

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Leader's Digest Leader's Digest #21 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois: «Grunts: Inside the American Infantry Experience»

Quel est le message clé du livre ?

Ce livre offre un regard sans concession sur la réalité vécue par les fantassins américains, de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’époque contemporaine. McManus décrit les expériences des soldats en première ligne – avec toutes les duretés, les peurs, les privations et aussi la camaraderie qui marquent le combat d’infanterie. Il montre ainsi que le commandement au combat ne se définit pas uniquement par des tactiques, mais avant tout par l’action humaine directe dans des situations extrêmes.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

McManus relate les faits, s’appuyant sur des centaines de témoignages personnelles. Il n’idéalise rien, mais décrit le quotidien des « grunts » dans toutes ses tensions: bravoure et désespoir, professionnalisme et dépassement, héroïsme et échec. C’est justement cette complexité qui rend le livre authentique et précieux.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

L’ouvrage se concentre, comme le titre l’indique, sur les forces armées américaines. Mais au fond, l’infanterie reste l’infanterie – à travers les époques et les espaces.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Je le recommande à tous ceux qui veulent se faire une idée de ce que peut signifier le commandement en situation extrême.

En quoi ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Ce livre me rappelle que derrière chaque considération tactique se trouvent des soldats qui doivent exécuter la mission sous de fortes contraintes.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Leadership – car l’élément central est la relation avec les personnes en état d’exception.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Le défi majeur consiste à motiver les jeunes, même dans des conditions difficiles, et à développer leur résilience non seulement sur le plan technique, mais aussi sur le plan humain.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

La grande opportunité réside dans la possibilité de créer la confiance à travers des modèles crédibles – car la confiance est le fondement de la disponibilité opérationnelle, et cela vaut particulièrement pour l’infanterie.


À propos de l’auteur de la recension

Patrick Hofstetter, docteur en économie, est depuis le 1er janvier 2023 chargé de cours en leadership et communication à l’Académie militaire (MILAK) de l’EPF Zurich. Auparavant, il a été officier de carrière pendant 11 ans et fondateur et directeur de l’Académie de formation continue de l’Université de Lucerne pendant 3 ans. Il est actuellement affecté à l’état-major d’instruction opérative de l’armée suisse.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #20 Newsletter

Interview Ukraine

About the Interviewee

Callsign Khodor served as a machine gunner in a separate sniper company of the 36th Marine Brigade. His main tasks included conducting counter-sniper operations, engaging enemy infantry, and providing support to adjacent units. Later, Khodor was assigned to an assault company within the same brigade. In this role, his main task was to assault enemy positions and hold captured ground. He was deployed to the Eastern front (Donetsk & Luhansk regions) and later deployed to the Southern front (Zaporizhzhia & Kherson regions) and served from 2022-2024. He was wounded in Zaporizhzhia region, which later led to his discharge from service. In July 2025 he lives a quiet life with his family, somewhere else in Ukraine.

How did your unit tactically adapt during the war?

At the beginning of the full-scale war, we mainly practiced sniper pair or trio tactics: a pair is a sniper and a spotter, a trio is a sniper, a spotter, and a machine gunner (which was my role). We constantly had to adapt to the terrain, which was mostly villages and tree lines, where combat is very different. Over time, drones appeared more frequently, completely changing the nature of the war. Camouflage became almost useless because drones have thermal and night vision cameras, making it hard to hide. Buildings we occupied were constantly monitored by drones, which complicated our tasks. Now, modern technologies—especially FPV and reconnaissance drones—have a huge impact, more so than infantry. For striking heavy equipment, we used drones capable of carrying significant payloads.

Also, never play dead under a drone—run to cover with all your strength. I survived once by running after playing dead, seconds before a grenade exploded where I had been lying.

What mistakes did you or your unit make during your deployment, and how did you correct them?

We constantly had logistical problems, especially accessing combat positions, which complicated infantry work. On one mission at night, we had to cross a dangerous area under enemy machine-gun fire. We moved in a column of about 10 people, fully loaded with ammunition and supplies. When we had to run 100 meters across the danger zone, a man in front of me tripped and fell. My mistake was helping him up instead of running ahead, but I helped, and four of us moved forward. Soon, we realised we were separated from the group in unfamiliar terrain with no communication devices except turned-off phones. I decided we should wait off the road rather than move forward or call (which could reveal our position). After about 20 minutes, a scout from our group found us and led us to safety. My decision was confirmed as correct: moving forward or calling would have led to death. Also, never play dead under a drone—run to cover with all your strength. I survived once by running after playing dead, seconds before a grenade exploded where I had been lying.

Has your perception of the battlefield changed over time? If so, how?

Over time, I got used to everything and instinctively knew how to act in any situation. I was constantly tense, and after a long time at the front, a sense of safety and deep fatigue set in.

In your experience, what are the most important qualities of a good officer or senior NCO?

Responsibility for personnel, an established evacuation point, reliable communication and reconnaissance, control of all personal equipment and medical kits, and monitoring the emotional state of the unit. These are essential qualities in my opinion.

How did you and your unit maintain morale during especially difficult or psychologically challenging periods?

To calm myself and the guys during tough times, I read Andrzej Sapkowski’s « The Witcher » on an e-reader, sang songs, and told jokes. I always thought about my family waiting for me and knew that units like mine were not taken prisoner but tortured and killed. I always had to be decisive.

Can you give an example where leadership determined success or failure?

Take my example from that mission at night. Also, when I joined another unit with many skills, I wanted to share them with new soldiers, but no one listened because of my low rank and their fatalistic attitudes.

How have drones changed your unit’s actions on the battlefield?

Drones provided us with a lot of information over the radio, warned us when enemy equipment approached, destroyed enemy vehicles and soldiers, and thus saved our lives.

What lessons have you learned about effective drone use—and about protection from enemy drones?

You must run; electronic warfare (EW) doesn’t always help. We have very few anti-drone rifles. Now, it’s a drone war, and infantry must be very lucky to survive a drone encounter.

Which commercial technologies (civilian drones, apps, radios, etc.) turned out to be surprisingly useful?

Homemade drones made by volunteers, homemade electronic warfare devices, and various munitions crafted by the guys to destroy fortifications, equipment, and soldiers.

What difficulties did you face in training or quickly implementing new technologies?

We mostly didn’t have these technologies, or only in very limited numbers. A young person can learn new technologies easily if he or she wants to.

How did you ensure communication in combat conditions, especially considering jamming or limited infrastructure?

Radios, or runners delivering information to positions. All information was encrypted and everyone had to know what to say; codes were changed constantly.

What were the biggest logistical challenges you faced, and how did you overcome them?

We overcame them with a cool head and a lot of luck.

How did you balance central command directives with decentralized decision-making?

The commander must decide, and whoever takes command must consider whether it’s worth it and what the consequences will be.

What do you consider the greatest strengths of the Armed Forces of Ukraine?

Rapid adaptation, unbreakable spirit, maximum use of available opportunities, well-thought-out tactics, and devotion to family.

What vulnerabilities or structural problems have you observed in the Armed Forces of Ukraine that should be addressed?

Corruption, logistics, armaments, and the need to regulate service terms—which would motivate people to join. Salaries must be properly organised; the current system is terrible.

Which practices or habits of Ukrainian soldiers might be useful for other armed forces, such as Switzerland?

Tactics, combat skills, survival skills, adaptability, and stress resistance.

In which environments did you mostly operate, and what were your key takeaways from these different environments (e.g., forest, city, steppe, industrial zones)?

The city is the worst because there’s no visibility and assaults are extremely difficult—a skilled sapper means death in the city. Tree lines can be held for a long time by digging trenches and bunkers.

What most surprised you about your own psychological resilience or that of your comrades?

That I haven’t lost my mind, and did not become aggressive and easily irritable in civilian life, and that I try to live life even though after my injury the state left me without financial support for 8 months (only $15 per month), didn’t let me resign, and kept me in the field even though I was useless. My efforts to keep myself mentally sane were mostly self-directed. Apart from your comrades, no one will truly understand you.

Is there anything else you would like to share?

I wish everyone peaceful skies and wait for my comrades to return home alive.

Leader’s Digest thanks Khodor for the interview.
An orthodox church after Russian shelling. It lays in Bohorodychne, a village 20km northwest of Kramatorsk, Donetsk region. © Violeta Santos Moura/Reuters

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Leader's Digest Leader's Digest #20 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Septembre 2025

Rapport de situation de SRC: «La sécurité de la Suisse 2025»

[Service de renseignement de la Confédération, 02.07.2025]

Le rapport de situation annuel du SRC évalue et commente les menaces actuelles pertinentes pour la Suisse. Il souligne la menace d’espionnage aiguë qui pèse sur l’armée, notamment de la part de la Russie, mais aussi de la Chine. L’accent est mis sur les biens d’armement en possession de la Suisse qui, pour des raisons de sécurité, ne sont livrés ni à la Russie ni à la Chine par leurs fabricants. Certains de ces moyens, comme le char allemand Leopard 2, sont déjà utilisés par l’Ukraine, tandis que d’autres, comme l’avion de combat F-35A, seraient utilisés dans un conflit potentiel entre les États-Unis et la Chine. Il en résulte un vif intérêt de la part des États non occidentaux pour obtenir des informations sur ces systèmes d’armes en Suisse. Le rapport complet, qui traite de nombreux thèmes, est disponible via les liens ci-dessous.

Link Fr: https://www.news.admin.ch/fr/newnsb/XW_TSsOgTLf0-xDTA5RAp

The Wartech Nexus – Are Military Structures Fit Enough?

[Defence Horizon Journal, 12.06.2025, Bernhard Schulyok, Lukas Grangl]

In this journal article, the authors argue that to stay effective, armed forces need the ability to integrate technological innovation quickly and effectively. Militaries’ institutional tendency to favour a purely conservative approach puts them at risk as they are unprepared if a potential enemy uses technological innovation to his advantage. Therefore, the authors see « institutional fitness », the military’s ability to change, as crucial. Their suggested path towards institutional fitness includes decentralised decision-making, public-private partnerships and cultural transformation. A valuable read.

Link: https://tdhj.org/blog/post/wartech-military-innovation/

Mass Precision Strike: Designing UAV Complexes for Land Forces

[RUSI, 11.04.2024, Justin Bronk & Jack Watling]

This report of a renowned British think-tank addresses the utility of aerial drones and the caution required in integrating them within the armed forces. Whilst the report highlights how cheap UAVs can destroy substantially more expensive enemy equipment and complicate enemy logistics, it cautions against seeing UAVs as the one solution for all military challenges, as UAVs still face trade-offs in the field of range, pay-load capacity, speed, size etc. Regarding the distribution of UAVs within armed forces, the report concludes that “UAVs may be [widely] distributed to provide units with situational awareness, but mass precision strike should be managed by a specialist formation”.

Link: https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/occasional-papers/mass-precision-strike-designing-uav-complexes-land-forces

The Age of Answers Is Over: Training Adaptive Thinkers for Modern Military Realities

[Modern War Institute, 23.05.2025, Jeff DeGraff]

An innovation professor who helped the U.S. military adapt now, in a time of rapid technological change, sees the need for military education to embrace ambiguity, incongruity, and paradox. He suggests that operating in such an environment requires adaptive thinkers who can learn faster than they plan and don’t freeze when they find themselves in such an ambiguous, incongruent and paradox environment.

Link: https://mwi.westpoint.edu/the-age-of-answers-is-over-training-adaptive-thinkers-for-modern-military-realities/

Schiessen

[Y—Das Magazin der Bundeswehr, 2/2025]

Diese Ausgabe des Bundeswehrmagazin widmet sich ganz dem Hauptinstrument der Infantrie — der persönlichen Waffe. Verschiedene Artikel beleuchten Häuserkampf, Drohnenabwehr und den Bundeswehreinsatz in Afghanistan.

Link: https://www.bundeswehr.de/de/publikationen/y-magazin-der-bundeswehr

Attacking Schnöggersburg

[Modern War Institute, 11.02.2025, Ilhan Akcay]

In this report, the author summarises the lessons learned from a two-week exercise of the German Armed Forces that simulated a complex urban assault on the urban training city of Schnöggersburg. Among the key lessons learned were how well-integrated tactical reconnaissance serves as a strong force multiplier, how quickly an attacking force needs to shift from an aggressive assault to rapid maneuvering, and how crucial concealment is in an urban warfare setting.

Link: https://mwi.westpoint.edu/attacking-schnoggersburg/


À propos de « Update Conduite »

Le « Update Conduite » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

Si vous découvrez des choses intéressantes à lire sur Command, Leadership ou Management, nous serions heureux que vous les partagiez avec nous. Nous serions heureux de recevoir des conseils pour le prochain numéro du Leader’s Digest par document.getElementById(« email-obfuscator-leadersdigest »).innerHTML= »r-znvy ».replace(/[a-zA-Z]/g,function(c){return String.fromCharCode((c=(c=c.charCodeAt(0)+13)?c:c-26);});[Activez JavaScript pour voir l’adresse e-mail].

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Leader's Digest Leader's Digest #20 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois : «Skunk Works»

Quel est le message clé du livre ?

Le livre traite des mémoires de l’ancien directeur des projets de développement avancé de Lockheed (Skunk Works), notamment de son expérience avec les anciennes méthodes de gestion, les processus et le développement d’équipements aériens de pointe. Une carrière qui a culminé avec la conception, les essais et l’exploitation du F-117 Nighthawk.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

J’ai trouvé très intéressant de découvrir les processus et les coulisses du travail des meilleurs ingénieurs du monde à l’époque.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Non, le livre est constitué de mémoires personnelles. La seule chose qui m’a donné envie, c’est d’en savoir plus sur les processus avant que Ben Rich ne devienne le chef, qui n’ont été que brièvement mentionnés.

À qui s’adresse votre recommandation ?

À tous ceux qui s’intéressent à la technologie militaire, à la gestion et aux projets à grande échelle.

Comment ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Ce livre m’a aidé d’une certaine manière à comprendre que, même si les systèmes gouvernementaux complexes et de grande envergure sont rigides, il existe souvent des moyens de faire preuve de souplesse au sein même de ces systèmes.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Bien que le livre traite des processus de gestion dans la recherche avancée, je le diviserais comme suit :

  • 30 % commandement : le livre décrit comment prendre des décisions efficaces, souvent à la demande d’autres priorités.
  • 50 % leadership : le livre décrit les techniques de leadership et de motivation, ainsi que la forte pression exercée sur les employés et leurs familles.
  • 20 % management : exemples de processus et de gestion de projet.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Dans les armées où le service militaire est obligatoire, il est toujours particulièrement difficile de motiver les jeunes à s’engager et de les intégrer efficacement dans l’armée.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Ce livre sera très utile pour réfléchir aux styles de leadership adaptatifs permettant de motiver les subordonnés et les personnes intéressées.


À propos de l’auteur de la recension

André Korsmo Berntsen, titulaire d’un master en philosophie, est chercheur à l’Académie militaire à l’EPF Zurich, où ses travaux portent sur les styles cognitifs et les processus décisionnels au sein des unités militaires tactiques. Parallèlement à ses responsabilités de recherche, il prépare un doctorat en psychologie opérationnelle à l’université de Bergen. Fort de son expérience antérieure en tant que sous-officier logistique dans l’armée norvégienne, il apporte une vision pratique à ses travaux universitaires. Sa vie personnelle est tout aussi dynamique : sa femme et son enfant résident en Norvège, ce qui l’oblige à faire chaque semaine la navette entre Oslo et Zurich.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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Leader's Digest Leader's Digest #20 Newsletter TDG

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #19

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Lt-col EMG Patrick Hofstetter à la chaire de conduite et de communication de l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #19

Contexte:

Votre unité fait partie d’une opération plus large visant à reprendre une ville stratégique occupée par une force ennemie bien retranchée. Le quartier que vous devez sécuriser est vital pour contrôler les voies de communication dans la ville. L’ennemi, composé de combattants irréguliers et d’unités spécialisées, utilise des tactiques de guérilla urbaine, incluant des embuscades et des pièges explosifs. En outre, le quartier est densément peuplé, et des civils sont encore présents dans de nombreux bâtiments, certains étant utilisés comme boucliers humains par les forces ennemies.

Objectif de la mission:

Sécuriser le quartier urbain tout en minimisant les pertes civiles et les dommages aux infrastructures critiques.

Briefing

  • Localisation: quartier urbain avec un mélange de bâtiments résidentiels, commerciaux, et industriels.
  • Forces ennemies: estimées à environ 200 combattants, armés d’armes légères, de lance-roquettes, et de mortiers. L’ennemi a également posé des mines et des IED (engins explosifs improvisés) dans plusieurs rues clés.
  • Forces amies: votre unité se compose de 150 soldats d’infanterie, soutenus par deux véhicules blindés légers et une équipe de démineurs.
  • Civils: environ 500 civils sont encore présents, avec certains bâtiments abritant des familles, des hôpitaux de fortune, et des réfugiés.
  • Ressources: munitions limitées. Appui de l’artillerie disponible.
  • Contraintes logistiques: routes principales minées ou bloquées par des débris, rendant difficile l’approvisionnement et le mouvement rapide des troupes.

Considérations supplémentaires

Règles d’engagement et éthique: respect des règles d’engagement, qui interdisent les attaques délibérées contre les civils ou les infrastructures civiles, et ils doivent constamment évaluer les choix en fonction des considérations éthiques et humanitaires.

Conséquences à long terme: Les décisions affecteront non seulement la situation tactique immédiate, mais aussi les relations avec la population locale, la perception internationale, et la dynamique stratégique globale.

Options de décision

Option A: Assaut rapide et frontal

Lancez une attaque frontale immédiate avec toute la force disponible, en utilisant les véhicules blindés pour percer les défenses ennemies. Les démineurs déploient des équipes pour dégager les routes principales sous la couverture de tirs.

Avantages: l’attaque rapide pourrait prendre l’ennemi par surprise et permettre de sécuriser rapidement le quartier, limitant ainsi le temps d’exposition aux tirs ennemis.

Inconvénients: risque élevé de pertes parmi les troupes et les civils. Potentiel de destruction massive des infrastructures en raison des combats intenses. Les pièges explosifs non neutralisés pourraient causer des pertes supplémentaires.

Conséquences possibles: la prise rapide du quartier, mais avec des pertes civiles et militaires significatives, et des dégâts importants aux infrastructures. Possibilité de générer de la haine parmi les civils, pouvant conduire à une résistance accrue ou à une perte de soutien populaire.

Option B: Frappes d’artillerie ciblées

Utilisez des frappes d’artillerie ciblées pour neutraliser les positions ennemies connues et dégager les principales zones d’approche avant de lancer une avance au sol.

Avantages: réduction des risques pour les forces au sol. Peut désorganiser l’ennemi et éliminer des positions clés sans engager directement les troupes au sol.

Inconvénients: risque élevé de pertes civiles si l’ennemi utilise des boucliers humains. Destruction potentielle de bâtiments critiques tels que des hôpitaux ou des écoles. Risque de réduire la mobilité des troupes si des débris bloquent les routes.

Conséquences possibles: neutralisation initiale des défenses ennemies, mais augmentation potentielle de la haine civile contre les forces amies, pouvant entraîner des tensions politiques et des complications humanitaires.

Option C: Approche discrète et infiltration

Utilisez des formations pour infiltrer le quartier, identifier les positions ennemies, et organiser des assauts ciblés avec de petits éléments pour minimiser les pertes civiles et les destructions.

Avantages: minimisation des pertes civiles et des dommages aux infrastructures. Possibilité de capturer des combattants ennemis et de recueillir des renseignements précieux.

Inconvénients: opération lente, risquant de donner à l’ennemi le temps de se renforcer ou d’évacuer les civils en otage. Augmentation des risques pour les petites équipes de en cas de découverte par l’ennemi.

Conséquences possibles: prise progressive du quartier avec des pertes limitées, mais risque de prolongation de l’opération et d’escalade de la situation, rendant le quartier plus difficile à contrôler à long terme.

Questions

  • Analyser les 3 options et ensuite choisissez l’une d’elle en la justifiant.

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #19

Ce Decision Game était en quelque sorte inhabituel : l’énoncé de la problematique est resté générique, ni la mission n’était formulée de manière précise ni la situation tactique détaillée. Or, cette incertitude correspond souvent à la réalité du commandement militaire : les décisions doivent être prises sous pression temporelle et avec des informations incomplètes. C’est pourquoi les trois options proposées pouvaient néanmoins être évaluées de manière pertinente.

Option A – Attaque frontale a été rejetée par toutes les contributions. Une telle approche, dans un environnement urbain contre un adversaire préparé et numériquement supérieur, a été jugée suicidaire, avec un risque élevé pour les troupes, la population civile et les infrastructures.

Option B – Emploi de l’artillerie n’a été envisagée comme approche principale que par une seule contribution. Certes, elle aurait permis de protéger davantage les propres forces, mais le risque de pertes massives parmi les civils, ainsi que son caractère politiquement et éthiquement problematique, ont été jugés déterminants contre cette option.

Option C – Infiltration s’est finalement imposée comme le choix le plus convaincant. Quatre des cinq contributions se sont prononcées en sa faveur – avec des nuances différentes : d’une approche méthodique de type bite and hold jusqu’à un déroulement prudent et progressif avec une attention particulière portée à la population civile.

Nous constatons que toutes les contributions ont fait preuve d’une bonne à très bonne profondeur analytique : les auteurs ont pris en compte des dimensions tactiques, éthiques et politico-stratégiques – un signe réjouissant du niveau élevé de la réflexion.

La solution de premier-lieutenant Damien Bordier s’est cependant distinguée. Sa recommandation se résumait ainsi : faire l’un sans négliger l’autre. Il ne s’est pas dérobé à la tâche, mais a clairement opté pour l’option C – tout en y intégrant des éléments des options A et B. Par l’intégration de l’option A, il a suivi le principe tactique de la « Procéder de manière ouverte et discrète » (Conduite tactique 17, chiffre 5069), qui accroît la sécurité d’une action. Par l’emploi ciblé de l’option B, il a tenu compte du principe « feu et mouvement » (chiffres 5057–5059), qui constitue la clé du succès lors de l’attaque.

Nous adressons toutes nos félicitations au plt Damien Bordier et lui souhaitons beaucoup de plaisir à la lecture de Urban Warfare in the 21st Century d’Anthony King.

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Leader's Digest Leader's Digest #19 Newsletter Update Conduite

Update Conduite : Août 2025

Sicherheit 2025

[Publikation MILAK & CSS ETH, 2025, Tibor Szvircsev Tresch et al.]

Die Studie Sicherheit ermittelt jährlich das Stimmungsbild der Schweizer Bevölkerung in Themen der Aussen-, Sicherheits- und Verteidigungspolitik. Die diesjährige Ausgabe zeigt, dass eine Mehrheit der Schweizer Bevölkerung:

  • sich sicher fühlt (86%);
  • die weltpolitische Lage pessimistisch einschätzt (81%);
  • sich eine Annäherung an die NATO wünscht (53%);
  • die Armee als notwendig erachtet (80%);

Das Vertrauen in die Armee ist im Vergleich zum letzten Jahr gesunken (6.5/10 in 2025 vs. 6.8/10 in 2024).

Link: https://css.ethz.ch/publikationen/studie-sicherheit/details.html?id=/s/i/c/h/sicherheit_2025

Crucibles, Not Comfort, Shape Future Military Leaders

[War on the Rocks, 07.05.2025, J. William DeMarco]

DeMarco examines the challenge of having a U.S. military leadership culture that simultaneously cares for its members whilst preparing them for warfare. He highlights that «the shift toward compassion, emotional intelligence, and holistic leadership was needed». But «somewhere along the way, the military began to mistake comfort for care». As an answer to this lack of inner resilience he suggests structured hardship, as a tree only puts down strong roots when there is strong wind.

Link: https://warontherocks.com/2025/05/crucibles-not-comfort-shape-future-military-leaders/

Learning to Learn: Lessons for the US Army from the Israel Defense Forces’ Wartime Adaption

[Modern War Institute, 21.05.2025, John Spencer]

Whereas other studies tend to focus on what other armed forces can learn from the Russian-Ukrainian War and the War in Gaza, this report is centered around the question what other armed forces can learn from the IDF’s ability to learn. By employing innovative means, the IDF aims to foster an environment where (potential) issues are quickly identified, their solutions quickly developed, and where finally that knowledge of both the issue and its solution quickly reaches all the soldiers that will benefit from it. The paper concludes poignantly: «Urban combat will not slow down for PowerPoint» and suggests that «adaptation must move at the speed of battle». «For the US Army [and the Swiss Armed Forces; editor’s note], this means rethinking how it institutionalizes learning—not just in after-action reviews, but in the fight itself.«

Link: https://mwi.westpoint.edu/learning-to-learn-lessons-for-the-us-army-from-the-israel-defense-forces-wartime-adaption/

Wandel

[Zeitschrift Innere Führung 2/25, Bundeswehr]

Diese Ausgabe der Bundeswehrzeitschrift IF befasst sich mit Wandel und der gleichzeitigen Kontinuität der Inneren Führung. Insbesonders empfehlenswert ist der Artikel Neutralität mit Ausnahmen  – Die Schweiz und die NATO (S. 48+). Ebenso spannend sind die Artikel Gelebte Innere Führung (S. 24+), Wandel braucht Führung (S. 30+) und Wege der Inneren Führung (S. 36+).

Link: https://www.bundeswehr.de/de/organisation/weitere-bmvg-dienststellen/zentrum-innere-fuehrung/unsere-angebote/if-zeitschrift-fuer-innere-fuehrung

What Ukraine Can Teach Europe and the World about Innovation in Modern Warfare

[Chatham House, 05.03.2025, Joyce Hakmeh]

This concise article of a British think tank describes the factors that allow the Armed Forces of Ukraine to quickly innovate and adapt. These findings, of course, can similarly be applied to other militaries such as the Swiss Armed Forces. Amongst others, the article describes the importance of the government enabling innovation and not impeding it.

Link: https://www.chathamhouse.org/2025/03/what-ukraine-can-teach-europe-and-world-about-innovation-modern-warfare

Military AI: Angel of our Better Nature or Tool of Control?

[War on the Rocks, 09.05.2025, Emelia Probasco, Minji Jang]

In this commentary, the authors come up with an interesting distinction for the roles of AI-enabled military systems. These systems can be used as tools, coaches or enforcers. Whereas as tools they simply help a human operator achieve a straight-forward goal, as coaches they provide advice for the operator who needs to take decisions in order to solve a more complex problem. As enforcers, the AI-enabled systems decide themselves. The authors discuss these three roles in the context of military ethics and the laws of war, yet the concept of the three roles of AI-enabled systems can be applied to a broad military and civilian context.

Link: https://warontherocks.com/2025/05/military-ai-angel-of-our-better-nature-or-tool-of-control/


À propos de « Update Conduite »

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Leader's Digest Leader's Digest #19 Livre du Mois Newsletter

Livre du mois : «Urban Warfare in the 21st Century»

Quel est le message clé du livre ?

«Urban Warfare in the Twenty-First Century» examine les complexités et les défis des opérations militaires en milieu urbain. À mesure que les villes grandissent en taille et en importance, elles deviennent des champs de bataille cruciaux dans les conflits modernes. Le livre aborde les difficultés uniques auxquelles les soldats sont confrontés dans les environnements urbains, telles que la densité de population, les infrastructures complexes et la présence de civils, qui rendent les stratégies de combat traditionnelles moins efficaces. L’ouvrage couvre l’évolution de la guerre urbaine, en mettant l’accent sur la manière dont la technologie moderne et la nature changeante de la guerre ont influencé les tactiques et les stratégies. Il examine également des études de cas de conflits récents, soulignant comment diverses forces militaires se sont adaptées au terrain urbain. Le combat urbain représente un défi unique et complexe dans les conflits modernes, nécessitant une adaptation stratégique et tactique particulière des forces armées. Le livre met en lumière l’importance de développer des compétences spécifiques, d’utiliser des technologies modernes, et de comprendre les dynamiques uniques des environnements urbains pour réussir dans ces contextes. Il met également l’accent sur la nécessité de concilier les objectifs militaires avec les impératifs humanitaires, comme la protection des civils et la minimisation des dommages collatéraux. En somme, le livre prône une approche holistique et adaptée du combat urbain, qui intègre à la fois l’efficacité militaire et la responsabilité éthique.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce livre ?

Ce livre me plaît pour sa combinaison d’analyse rigoureuse, d’approche pratique, de réflexions éthiques et stratégiques, et de style accessible, le tout soutenu par l’expérience et le savoir-faire de l’auteur dans le domaine militaire.

Y a-t-il des points sur lesquels vous ne soutenez pas l’argumentation du livre ou des domaines qui, selon vous, ne sont pas assez développés ?

Le livre aborde les défis techniques et tactiques du combat urbain, mais selon moi, n’approfondit pas suffisamment les aspects psychologiques et sociologiques du combat en ville. Le stress des soldats, l’impact sur les populations civiles, les conséquences à long terme sur les communautés urbaines, et la résilience des combattants dans des environnements hostiles sont des thèmes qui pourraient être davantage explorés pour offrir une perspective plus complète du sujet.

À qui s’adresse votre recommandation ?

Urban Warfare in the Twenty-First Century s’adresse à un public varié, allant des professionnels du secteur de la défense aux chercheurs académiques et aux acteurs de la société civile, tous ceux qui sont concernés ou intéressés par la guerre urbaine et ses multiples facettes.

Comment ce livre vous a-t-il aidé dans votre quotidien de chef militaire ?

Cet ouvrage peut être un guide précieux pour un chef militaire, offrant des outils pratiques, des tactiques éprouvées, et des connaissances approfondies pour conduire avec succès dans les défis complexes du combat urbain tout en maintenant la sécurité et l’efficacité de ses troupes.

À quel aspect du modèle Command-Leadership-Management attribuez-vous votre livre ?

Au Command. Le combat urbain exige une prise de décision rapide et efficace en raison de la rapidité avec laquelle les situations peuvent changer. Le livre aide à renforcer ces compétences en fournissant des cadres de réflexion et des approches analytiques pour évaluer les situations rapidement et prendre des décisions fondées sur les meilleures pratiques.

Où voyez-vous les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée suisse ?

Selon moi, les plus grands défis à venir pour la conduite dans l’armée, en relation avec le livre résident dans la capacité à s’adapter aux environnements urbains complexes, à gérer des opérations multidimensionnelles, à intégrer des considérations éthiques, et à utiliser des technologies avancées tout en maintenant le moral et la résilience des troupes face à des adversaires de plus en plus sophistiqués et imprévisibles.

Et où voyez-vous les plus grandes chances à cet égard ?

Les plus grandes opportunités pour l’armée résident dans l’intégration de nouvelles technologies, l’innovation tactique, l’amélioration de la formation et de la préparation. En tirant parti de ces opportunités, l’armée peut se préparer à relever les défis complexes des opérations urbaines futures tout en maximisant l’efficacité et en minimisant les risques.


À propos de l’auteur de la recension

Lt-col EMG Edouard Vifian, officier de carrière, engagé au sein cellule doctrine de forces terrestres comme responsable des directives en matière d’opérations en zones urbaines. Auparavant, il a été officier de carrière pendant onze ans au sein de l’infanterie et auteur de deux ouvrages sur l’histoire militaire dans le canton du Jura. Sa devise de prédilection « Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs. » attribuée au général Jean de Lattre de Tassigny. Cette devise souligne l’importance du leadership et de la responsabilité des officiers dans la formation et la motivation des troupes. Elle reflète également la conviction qu’avec un bon commandement, les troupes peuvent accomplir de grandes choses, indépendamment des circonstances ou des difficultés.

À propos du « Livre du mois »

Le « livre du mois » est une rubrique récurrente de la newsletter Leader’s Digest. Cette newsletter est le fruit d’une coopération entre le Leadership Campus de l’Armée suisse et les études conduite et communication de l’Académie militaire à l’EPF de Zurich. Si vous n’êtes pas encore abonné au Leader’s Digest, vous trouverez de plus amples informations ainsi que le formulaire d’inscription en cliquant sur ce lien.

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EDG Leader's Digest Leader's Digest #19 Newsletter

Jeu de décision et recommandations d’action de Leader’s Digest #18

Les jeux de décision de Leader’s Digest vise à inciter les abonnés de cette newsletter à de se mettre – dans le cadre de scénarios – dans le rôle de personnes qui se trouvent confrontées à des défis éthiques ou tactiques.

Nous reprenons d’abord le dernier scénario présenté ; ensuite, Dr Florian Demont, éthicien militaire à la chaire de conduite et de communication de l’Académie militaire de l’EPF Zurich, présente les recommandations d’action que nous avons reçues.

Jeu de décision de Leader’s Digest #18

Scénario

(basée sur des faits réels)

Vous êtes un observateur militaire non armé des Nations Unies, au grade de capitaine, déployé dans le cadre de la promotion militaire de la paix suisse auprès de l’Organisation des Nations Unies pour la supervision de la trêve (UNTSO) au Moyen-Orient. Votre mission consiste à surveiller la trêve entre Israël et la Syrie dans la zone démilitarisée (Area of Separation – AoS) sur les hauteurs du Golan. Vous êtes positionné sur l’un des postes d’observation fixes sur le côté syrien de l’AoS. Dans votre zone d’opération, en plus des dix autres postes d’observation et patrouilles de l’UNTSO, se trouve également la Force d’observation de désengagement des Nations Unies (UNDOF) avec deux bataillons d’infanterie et un bataillon logistique.

Depuis quelque temps, une guerre civile fait rage en Syrie. Les rapports de force dans les hauteurs du Golan sont dynamiques, et dans diverses localités et régions de l’AoS, le contrôle change chaque semaine entre les forces gouvernementales et les groupes d’opposition. Ces derniers se distinguent souvent à peine de la population locale, hormis par leurs armes. En raison du conflit, des systèmes d’armes légers et lourds sont désormais constamment utilisés dans l’AoS, ce qui menace l’accord entre la Syrie et Israël. Israël surveille étroitement l’AoS depuis ses propres postes d’observation, et chaque « spill-over » est répondu par des frappes aériennes contre des positions syriennes.

La nuit dernière, de violents combats ont eu lieu près de votre poste d’observation, où vous êtes stationné avec un officier d’un autre pays. À l’aube, vous entendez des appels à l’aide à l’extérieur de la porte de votre poste. En regardant par la fente de parole, vous voyez deux hommes en vêtements civils, dont l’un porte un fusil de type Kalachnikov. Les deux semblent blessés. En anglais et en arabe approximatifs, les hommes indiquent qu’ils ont besoin de soins médicaux urgents.

Questions

  • Votre mandat à l’ONU vous oblige à la neutralité et à l’impartialité. Que faites-vous dans cette situation ?

Recommandation d’action du jeu de décision de Leader’s Digest #18

Plaidoyer pour la profondeur analytique et le pragmatisme humanitaire

Le scénario des deux hommes blessés devant le poste de l’ONU a confronté les participants à l’un des problèmes normatifs les plus difficiles auxquels le personnel militaire peut être confronté dans le cadre de missions de promotion de la paix : le conflit entre l’impératif humanitaire, le mandat strict et la nécessité d’assurer sa propre sécurité. Les réponses reçues ont montré toute la gamme des réactions possibles, allant de la non-ingérence stricte à des interventions très risquées.

Après un examen attentif de toutes les réponses, j’ai le plaisir de désigner le capitaine Nicolas Muzzetto comme lauréat de ce Decision Game. Sa solution se distingue par une profondeur analytique exceptionnelle, qui débouche directement sur un plan d’action aussi pragmatique que professionnel.

Ce qui distingue l’approche du cap Muzzetto

De nombreuses solutions ont esquissé des plans d’action corrects. Mais le cap Muzzetto va encore plus loin. Il ne se contente pas de fournir une solution, mais aussi une analyse approfondie. Il commence par « cartographier » (selon ses propres termes) le dilemme dans toute sa complexité. Il identifie avec précision les tensions qui agissent dans cette situation :

  1. Le conflit personnel : sa propre « boussole morale » et les valeurs humanistes qui poussent à venir en aide.
  2. Le conflit professionnel : la loyauté envers la mission, l’armée et le pays, qui interdit de mettre la mission en danger.
  3. Le conflit juridique : le mandat de neutralité et d’impartialité face au devoir général de porter assistance.

Cette analyse approfondie est la pierre angulaire de sa solution et la distingue des autres. Alors que certaines propositions se concentraient sur une liste de contrôle procédurale, le cap Muzzetto a mis en évidence le cœur du problème éthique. Il reconnaît qu’une bonne décision dans ce cas ne consiste pas seulement à suivre des règles, mais aussi à mettre en balance des valeurs concurrentes.

De la réflexion à l’action : la solution supérieure

À partir de cette analyse claire, il élabore un plan d’action qui se distingue par son équilibre. Sa décision de considérer l’ouverture de la porte comme un « NO GO » absolu respecte le principe fondamental de l’autoprotection. Mais au lieu de sombrer dans la passivité, il propose une approche active, contrôlée et humanitaire :

  • Négocier depuis une position sûre : la condition préalable est que les armes soient déposées et neutralisées.
  • Aide calculée : remettre une trousse de premiers secours par une ouverture sans compromettre l’intégrité physique du poste.
  • Escalade professionnelle : alerter simultanément la FNUOD afin de transmettre la situation à l’instance compétente et équipée pour y faire face.

Cette approche l’emporte car elle combine le meilleur de différentes perspectives : elle est humaine sans être naïve, elle est soucieuse de la sécurité sans être cynique, et elle est conforme au mandat sans ignorer la responsabilité humanitaire. Elle évite les erreurs d’autres propositions, qu’il s’agisse du dangereux dépassement du mandat, du traitement des hommes comme des prisonniers de guerre ou de l’attitude moralement insatisfaisante consistant à attendre passivement des instructions.

Le capitaine Muzzetto montre que dans l’éthique militaire, la meilleure action découle parfois de l’analyse la plus approfondie. Nous le félicitons pour cette performance et lui souhaitons une bonne lecture de «My War Gone By, I Miss It So» d’Anthony Loyd.